Bukavu  1958 - 1959
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La Rhétorique ! Deuxième Trimestre

15 Suite des vacances de Noël et soucis budgétaires.
16 Bukavu, villa magnifique et maîtresse de maison exceptionnelle!
17 Et ce fut la rentrée.
18 Ah cette retraite !
19 Vamos à la " SUCRAF " !
20 L'APEKA ! (Association des Parents et Educateurs du Kivu)
21 Intensification des études !
22 Cowboys d'opérette et routiers sérieux
23 Des Rhétos fatigués sans doute !
24 Essais à l'autonomie et au travail d'équipe
25 FLASHBACK !
26 Routine de luxe !
27 La Culture nous rattrape !
28 La famille et les jeunes filles ou les jeunes filles de bonne famille !?
29 L'aventure ougandaise
30 Vive la Route ! IBANDA nous voilà !
31 Soirs de PÂQUES : deux pour le prix d'un !
32 Apprentis " Robinson CRUSOË " ou Apprentis " COUSTEAU " ?
33 Le retour à la normale.

 

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15 Suite des vacances de Noël et soucis budgétaires.

Comme signalé ci-avant, ces vacances furent surtout l'occasion de rencontres familiales pour les externes, mais au collège, les pères toujours à l'ouvre, encadraient les internes n'ayant pas eu l'occasion de rentrer chez eux. Comme les années antérieures, moult activités furent organisées mais cette année, plus à l'intérieur au collège. Pas de courses comme en 1955, mais plutôt de petites excursions dans les environs immédiats de Bukavu.
Toutefois, bien avant ces vacances, les routiers durent se rendre à l'évidence, les caisses étaient vides ! Or comme chacun sait, quelle que soit l'ouvre entreprise, si fric y a pas, ça va pas ! Prenant son sort en main le Clan du Feu décréta : " Puisqu'il y a bien eu une 'Soirée du Tonnerre', des 'Soirées Goutte de Lait' pourquoi n'y aurait-il pas une 'Soirée des Routiers' ! C'est beau, c'est magnifique comme envolée lyrique mais : il faut le faire ! Et on le fit.

Christakis (Topi Ardent) prit les choses en main et nous relate dans son article d'Orientation ( 10ème année, n°3, mars 59) comment cela s'est passé. Je cite:

" En hommes posés et déjà coriaces à toutes épreuves, nous avons - ne riez pas - pensé et repensé la chose un trimestre bien tapé. Enfin, un soir au début des vacances de Noël tout le clan se réunit pour mettre les points sur les i, ou si vous préférez sur les nombreux 'hic' ! ".

Et notre ami de nous démontrer qu'après avoir beaucoup palabré, nous pouvions parvenir à élaborer un programme convenable, surtout que les vacances de Noël nous offraient 15 jours de préparation pour mettre au point cette soirée. Ce fut dur car les deux réveillons et les gentes demoiselles désagrégèrent nos belles promesses comme le dit Topi !
Enfin, sursaut d'énergie aidant, les journées du 2 et 3 janvier se passèrent dans une fièvre indescriptible, encombrés de fausses notes, bruits caverneux de micros et sketches boiteux. Heureusement, notre ardeur et notre expérience des feux de camp de grande envergure vinrent à la rescousse. De plus, nous eûmes l'aide de Hibou, chef d'unité, accompagné de malabars de sa plantation qui se firent un plaisir de nous transbahuter le matériel lourd. De leur côté, nos sœurs " guides ", au bar, firent des miracles. Monsieur et madame BISSCHOPS mirent la main à la pâte aussi. Tant et si bien que le dimanche 4 janvier à 17h00, la soirée démarra. Je redonne la parole à Topi :

" Quelle inénarrable soirée ! Jamais nous ne nous serions cru capables de tant de verve et d'improvisation ! ça coulait, coulait . ! Parfois il y eut des ratés, mais ce n'était que pour varier les plaisirs. Ce soir fut même un jour favorable à nos amis Xavier DELVILLE, Pierre VAN KERKVOORDE et PERSOONS les champions du HULA HOOP !"

La représentation vira à la grosse réussite et Topi relate dans son article :

" Un chahut monstre à travers la ville, non prévu au programme, clôtura le tout. Bientôt (entendez par là plus ou moins 23 heures) les routiers dormaient à poing fermés. Et dire que le lendemain ., il y avait classe ! ". (Le lendemain, lundi 5, nous étions effectivement tous présents pour la rentrée du second trimestre.)

 

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16 Bukavu, villa magnifique et maîtresse de maison exceptionnelle!

De son côté, mon père avait toujours son petit succès auprès de nombreux parents alors qu'il avait une discipline très stricte (mais juste). Madame ORTMANS, ex-épouse de monsieur DIERKX (un des premiers bukaviens belges), venait assez souvent le consulter à propos de son fils Christian qui terminait ses préparatoires. Cette dame habitait sur la presqu'île de NYALUKEMBA, presque en face de son ex-époux, et sa maison était assez remarquable. Nous aimions nous y rendre tellement le cadre était splendide (voir photo 1700). Durant ces vacances de Noël nous y allâmes plusieurs fois et j'y retournai chaque fois avec plaisir durant les quelques mois qui me restaient et que mes parents émettaient l'idée d'y aller. Ce havre de paix et de détente eut malheureusement à souffrir après l'indépendance.

Une petite parenthèse pour le souvenir : si monsieur DIERKX fut l'un des premiers à s'établir à Bukavu, son ex-épouse l'épousa peu après ses 18 ans et vint le rejoindre dans les conditions les plus dignes d'un film de type " MOGAMBO ". Elle partit seule d'Anvers après la guerre de 14-18, passa par les escales traditionnelles de l'époque et fit le périple LÉOPOLDVILLE - STANLEYVILLE par le fleuve. De là elle gagna Bukavu par tous les moyens possibles et imaginables, le plus souvent, d'après son témoignage, en typoï ! Quelle aventure pour une jeune dame de 18 ans ; il faut dire que Madame ORTMANS était une personne de caractère qui savait ce qu'elle voulait. Elle faisait partie de cette race d'épouses de coloniaux qui savaient faire face aux aléas de la vie. Quand nous l'avons connue, elle conduisait de main de maître une superbe DODGE verte automatique full options, comme on dirait maintenant.

 

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17 Et ce fut la rentrée.

La tradition fut respectée et nous eûmes droit aux commentaires sur les résultats du trimestre passé et les exhortations au travail restant, le diplôme d'humanités étant vraiment en vue.
Le mercredi 7 nous bénéficiâmes d'une soirée exploration du monde spectaculaire sur le thème des aurores boréales. Le samedi 10, nos collègues flamands purent assister à une pièce de théâtre " Kinderen van ons volk " de Antoon COOLEN et interprétée par le talentueux VLAAMSE VRIENDEKRING. Comme souvent, mon père s'occupa de les grimer.
Le dimanche 11, le collège exulta devant la victoire de notre VICTORY sur le Racing " 6 - 0 " ! Pour ma part, j'avais un regain d'intérêt plus sensible envers le VICTORY car l'équipe comptait plusieurs copains de rhéto ! André BOLLO et ses revers de jambes, Yvon BULTOT et ses accélérations foudroyantes, Gustave FABRIZI et sa souplesse de chat. tous nous motivaient tant et plus. Les plus sérieux d'entre nous assistèrent au ciné forum du mardi 13 sur le sujet brûlant de Lourdes. Enfin, il fallait bien cela pour nous préparer à la retraite spéciale réservée aux rhétoriciens du mercredi 14 au samedi 17 janvier 1959 et ce à KABARE et non à SHANGUGU comme d'habitude.

 

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18 Ah cette retraite !

À la fois redoutée pour sa discipline, mais attendue avec impatience ! Ne parlerait-on pas des grands problèmes propres aux adolescents de notre âge à savoir : relations garçons - filles, mariage, responsabilités familiales, vocations éventuelles. Enfin, connaissant notre Mimil, nous savions que nous vivrions des moments importants. Et ce fut le cas !
Le départ avec le camion de Félix nous emporta dans cette belle nature du Kivu et l'installation chez les sœurs de KABARE ne posa aucun problème. Après un excellent repas, mise au point de Mimil ! Du lever au déjeuner, conversation réduite au minimum pour besoins de services. Durant les exposés : pas un mot, aux interruptions : pas un mot ; on pouvait s'oxygéner et piquer un mégot, mais sans un mot. Au repas de midi, les conversations devaient être minimales, mais une demi-heure avant la reprise des conférences, elles pouvaient être normales. Fin d'après-midi, suite aux conférences : promenade silencieuse dans la magnifique propriété des sœurs. Au souper, tout redevenait normal : conversations, blagues, chants, guitare, etc.
Bien que pas facile à supporter pour des collégiens turbulents, ce traitement de silence fut bien accepté car en compensation nous avions des conférences bien structurées et surtout dépourvues de faux-fuyant. L'honnêteté et la délicatesse propre au père Janssens firent que les sujets les plus osés furent abordés et ce en appelant un chat " un chat ", mais toujours sans choquer. Quelle ne fut pas d'ailleurs notre surprise en voyant arriver un monsieur de Bukavu, marié depuis quelques années, jeune père de famille et venant toute une après midi nous parler et témoigner de sa situation d'époux et de père avec les joies , les peines, les difficultés mais aussi les satisfactions rencontrées dans sa situation. Cerise sur le gâteau, ce monsieur, bon guitariste et spécialiste de Georges BRASSENS, nous fit un récital le soir après souper des chansons en vogue à l'époque de l'ami Georges.
Dans ces conditions de grandes qualités d'exposés, la discipline imposée nous parut plus légère. D'ailleurs, sur les photos, on voit bien à nos binettes que ce n'était pas du tout un ambiance " stalag " ! Sur la photo
1701, Gustave FABRIZI et moi usons de notre instrument, soutenu par Christakis et Henri PIETERS (†).La photo suivante (1702) nous représente tous à la grotte de la mission. A l'arrière de gauche à droite : Henri PIETERS (†), Joseph MOUBAX (†), Willy CLAESSENS, Gustave FABRIZI, Alain DELVILLE, la tête de Jean Pierre LAURENT (†), Pierre SAILLEZ, Auguste FABRIZI (†), Pierre VANKERKVOORDE (†), Marc VERBOIS qui se baisse, le père JANSSENS (†), Charles de SEMMERIES. Au milieu, une petite rangée d'accroupis : Jean Pierre SUTTOR, Robert MORTIERS, Charles BORGERS, Yves GILON.
Enfin, assis à l'avant de gauche à droite : Pol DELIL, Victor HERMAN (†), Klaus HUYS, Franz ANSIEAU, Jean DEPELCHIN, André BOLLO, Yvon BULTOT (†) et Christakis CHARALAMBIDIS.
Sur la photo
1703 vous pouvez constater l'ambiance joyeuse du repas !
La suivante (
1704) montre que plusieurs d'entre nous savions admirer, palper, apprécier la camionnette retapée par des p'tits gars du collège et tout à fait en ordre pour le service. Elle devait servir à ramener du matériel. On voit dans la benne Joseph, Auguste, Yves et Henri ; à terre : Jean Pierre, Klaus et Willy.
Sur la photo
1705 on peut voir quelle fière allure a ce pick-up comme on appelait ce genre de véhicule ! A son volant, Charles très fier s'apprête à nous balader. Henri, un pied sur le " marchepied ", attend que la photo soit prise ; dans la benne on trouve VK (diminutif que nous utilisions pour appeler Pierre VANKERKVOORDE), Willy, Yves, moi, Pol, Jean Pierre et Charles B. Enfin, sur la photo 1706 nous sommes tous agglutinés sur le " STUDBAKER " de Félix dont on aperçoit la tête au-dessus de celle de Jean-Pierre SUTTOR, entre le père JANSSENS et la Mère supérieure qui nous a si bien accueillis et dont les consœurs nous ont si bien rassasiés durant les 4 jours.
Ce samedi 17 janvier 1959, fin d'après midi, nous étions tous prêts à rembarquer pour Bukavu, très heureux d'avoir passé ces quelques jours dans une atmosphère à la fois de recueillement et de grande joie. Pas mal de réponses furent données à nos questions d'adolescents. Deux d'entre nous se sentirent sans doute appelés cette fois-là ! Alain est père jésuite et revint longtemps au collège ; Christakis, évêque, est actuellement en poste à la tête de l'Eglise Orthodoxe de Estonie !
Le soir, ceux qui n'étaient pas trop fatigués purent assister au film " La cuisine des Anges " film réservé aux grands !

Dans le numéro spécial " RHETO 59 " d'Orientation, Charles de SEMMERIES relate à sa manière notre fameuse retraite.

La vie studieuse reprit le lundi 19. Les bonnes choses ne viennent jamais seules et le mardi 20, en supplément des thèmes de la retraite, nous eûmes droit à une " initiation au mariage " par notre cher docteur SCHYNS ! Nous étions vraiment gâtés, les autres classes eurent droit à la conférence du père Charles sur la congrégation du père Charles de Foucauld !
En fin de semaine, match nul du VICTORY face à l'ARC . (3 - 3). Ce dimanche 25, Topi, (alias Christakis) commence avec les aînés des troupes du camp militaire (SAYO) et du camp des policiers, le nouveau camp de BAGIRA.

 

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19 Vamos à la " SUCRAF " !

Mardi 27 janvier, jour de la Saint Jean CHRYSOSTHOME et du coup, voyage d'études! Le but : visite de la SUCRAF à UVIRA ! Et en avant pour une belle virée.
Cette fois, pas de Félix, pas de camions : les cinq " scientifs " eurent droit à la Chevrolet 56 de Gaston. Alors là, mes amis, je ne vous dis pas ! Ayant l'habitude de la banquette arrière de la Chevy 56, bien calé entre les filles VERBOVEN et bercé par la conduite calme du père VERBOVEN, je fus assez surpris de la manière forte avec laquelle notre prof de math mettait à l'épreuve les pièces savamment calculées par les ingénieurs de la GM. Pire que Fangio, notre Gaston national ne tolérait personne devant lui. Nous battîmes tous les records pour arriver à Uvira. Fonçant à toute allure, la Chevy vibrait de tous ses boulons, et rares furent les conversations durant une heure. Si dans les escarpements la vitesse fut raisonnable, quand nous arrivâmes dans la plaine de la Ruzizi, le moindre morceau de cheval du moteur fut sollicité et à de nombreux moments, l'aiguille du tachymètre oscillait entre 150 et 160 ! Je n'avais jamais roulé aussi vite de ma petite vie. Avec la VW du paternel, moi qui commençais à conduire, je n'osais pas dépasser le 90. Enfin, arrivés à bon port, on visita l'usine avec l'aide d'un ingénieur très motivé. La photo
1707 nous montre près de l'usine, pas loin du parking. De gauche à droite on voit Jean Pierre SUTTOR, Albert QUINTENS, moi-même, André BOLLO (appelé Jonathan le veinard) et Yvon BULTOT (appelé Donald). Complexés, quelques latines se figèrent au garde à vous devant notre carrosse avec le Congolais gardien du parking (photo 1708). On y voit de gauche à droite Alain, Marc, Pierre, Jean Pierre, Victor, Willy et le garde. Pour nous élèves de première scientifique, cette visite nous intéressa au plus haut point. Quatre d'entre nous firent des études d'ingénieur, un seul (Yvon) se dirigea vers le commercial. Ce fut une journée inoubliable de bonne humeur, d'amitiés et de découvertes.
Les cours reprirent le lendemain et le jeudi 29 nous eûmes une conférence sur la beauté des îles HAWAÏ.

 

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20 L'APEKA ! (Association des Parents et Educateurs du Kivu)

Le samedi 31 janvier fut déclaré par tous les rhétos 'jour privilégié' ! Ce soir là, deux activités étaient prévues et laissées à notre choix ! Soit le théâtre avec les " Fourberies de Scapin " de MOLIERE et l' " Arlequin poli par l'amour " de MARIVAUX ; soit la soirée dansante réservée aux terminales du pensionnat et du collège, organisée et autorisée par l'APEKA ! Vous comprendrez aisément que le choix ne fut point cornélien et que, costar dénaphtalisé, c'est plein d'énergie que nous affrontâmes rocks et cha-cha-cha divers, sans compter les slows langoureux chantés par les PLATTERS et autres crooners du moment.
Je crois qu'il est temps maintenant de vous présenter quelques unes de ces grandes filles qui partagèrent avec nous ces soirées mémorables et que ces chères sœurs de la Sainte Famille nous amenaient sur le coup de 19h00 pour nous les reprendre vers les 00h30 et les ramener au bercail. Sur la photo
1709, vous trouvez debout Nicole et Huguette LEBRUN, Annie THYS, Catherine DECROËS, Michèle THULY, et Yvonne van RYMENANT. Accroupies, vous voyez d'abord Martine CAUWE puis, Monique MARSIGNY, Betsy WYNANDI, Sabine BRIBOSIA et Monique GENIS. Sur la suivante (la n°1710), en tenue de gymnastique, vous voyez Monique, Michèle, Huguette, Annie, Yvonne, Monique MARSIGNY et Catherine DECROËS. Derrière, un genou au sol Martine , Nicole et Betsy.
Bien sûr, en plus de ces demoiselles internes au pensionnat, leurs consœurs externes participaient aussi à ces soirées, mais c'est alors leurs parents qui les amenaient et les reprenaient. Un peu plus moderne que Cendrillon, notre conte de fée prenait fin à minuit trente lorsque les " station - wagons " de la mère supérieure rappliquaient.
Ces soirées sont restées inoubliables et lors de rencontres actuelles avec ces amies et amis de l'époque, on sent très bien que ces moments merveilleux passés ensemble sont restés bien vivants dans nos esprits.

 

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21 Intensification des études !

Inexorablement, le temps avance, janvier est derrière nous et février ne démarre pas trop mal avec la victoire au basket du VICTORY sur l'ARC (35-18) ce dimanche 01-02. Le soir, il y eut la projection du film " L'espion GIMPEL ".
Les études aussi s'approfondissent et les équations du père Gaston pèsent de plus en plus. Nos collègues de gréco-latines se débrouillent tant bien que mal avec Cicéron et les autres. On se prépare dur et sec, on sait que dans quelques mois ce sera fini. Ce terme " fini " prend une signification particulière tout à coup !
Fini la rhéto donc retour en Belgique ou déplacement vers Léo pour LOVANIUM ; fini l'encadrement jésuite et ses interros régulières, on devra jouer tout seul ; fini les super excursions ; fini la vie en brousse et les voyages. En plus, les rumeurs d'indépendance ne flairaient rien de bon. Aussi, inconsciemment à certains moments et très consciemment à d'autres, j'ai gravé profondément tous ces moments vécus au sein de cette région idyllique de Bukavu. A maintes reprises, je me surprenais en plein cours à observer par la porte (très souvent ouverte pour permettre une bonne ventilation de la classe) les rapaces plongeant sur leurs proies dans la vallée séparant le collège du camp militaire situé sur la colline d'en face. Je scrutais au loin les montagnes de ce Sud-Kivu au climat agréable.
Le 4 février, le match de volley fut remporté par le VICTORY contre l'équipe de PANZI et les activités culturelles reprenant bon train, on put se laisser emporter par les chants et danses du groupe JALAKAT d'Elisabethville et le dimanche 8, les jeunesses musicales apprécièrent le récital de piano de Franz BROUW.

 

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22 Cowboys d'opérette et routiers sérieux

Le samedi 7 février au matin débutait le congé trimestriel et celui-ci compta particulièrement pour moi. En effet, il était prévu qu'aux vacances de Pâques, un tout grand camp scout serait organisé, réunissant la troupe de la cathédrale (constituée principalement d'européens et de quelques congolais) et de trois troupes composées uniquement de jeunes gens congolais : celle du Camp SAYO, celle de KATUTU et celle de BAGIRA. Rappelons-nous que le clan du feu, dont je faisais partie, réunissait tous les routiers ayant des responsabilités au sein de ces 3 troupes. Christakis s'occupait plus spécialement de la troupe du camp SAYO, Gustave de celle de BAGIRA et moi de celle de KATUTU. Les autres routiers s'occupaient de la troupe de la cathédrale mais une fois sur le terrain, une entraide de tous se fit partout. En temps ordinaire, comme nos amis congolais avaient leur propre staff bien structuré, un seul routier belge était désigné comme conseiller technique par troupe. Il se fait que le chef de la troupe de la Cathédrale était aussi gérant d'une splendide plantation à IBANDA, sur la route de MWENGA, au-delà de NYA NGEZI. C'est là que devait se réaliser le camp et il fallait tout mettre au point, tout préparer : endroits valables pour installer les 4 troupes, matériel nécessaire, alimentation adéquate, espace vital pour chaque troupe et point commun de rencontre.
Voici comment en partie Criquet relate les choses dans son article " Colt, 22 pigeons etc. " de l'Orientation n°3 de mars 59 (10ème année)

" Dimanche 8 février : le départ est prévu pour 20h00, mais les palabres, la paresse et le tempérament corse de certains aidant, le départ effectif eut lieu à 21H00 ! Pedibus cum jambis, cinq gars du Clan du Feu s'en allaient à l'aventure : Topi, Daguet, Puma, Pécari et Eric accompagné de l'aumônier Renne. Destination IBANDA (47 km). Evidemment, ils comptaient y arriver le plus tôt possible. Avec du 10 km à l'heure de moyenne (optimisme béat ndlr.) on s'y voyait vers 2 ou 3 heures du matin !... En fait, après quelques km, les pick-up de Hibou nous rattrapèrent. Nous étions au km 12 de la route de NYANGEZI et aux dires de notre Hibou compatissant Daguet (Alain) avait les pieds en compote, Topi (Christakis) soufflait comme une chaudière à pression, Puma (Guy) râlait dans un caniveau, Eric et Renne (le père VIVEX), plus qu'évanouis, semblaient déjà d'un autre monde. Seul, Pécari (c'est moi !) placide un mégot au coin du bec, surveillait ce petit monde avec un air sadique malgré tout !
Appliquant l'article 11 : le scout est un grand débrouillard et l'article 12 : le scout n'est pas un imbécile, nous décidâmes de sauter dans le second pick-up et de réduire les 47 km en 12 déjà accomplis ! On remarque tout de suite que ces types avaient le sens inné du scoutisme car, d'après l'article 7 : le scout ne fait rien à moitié, ils ont fait le quart ! L'embarquement se fit en moins de deux, pêle-mêle. A ces moments-là, on ne s'en fait pas trop lorsque la godasse du voisin vient chatouiller votre nez. ". (Mon ami André Bonsang cherche encore à comprendre !)

Hibou retourna à l'entrée de Bukavu pour attendre Criquet qui devait revenir d'Usa après avoir disputé un match de foot. (Un petit mot d'explication quant à mon totem, car à 17 ans, mon profil ne présentait pas comme aujourd'hui d'excès pondéral mais était relativement svelte, et pourtant je reçus ce totem " Pécari ". En fait cela était du au fait que ce sanglier d'Amérique du Sud présentait comme caractéristique d'être un fonceur ne craignant pas de rentrer dans le lard de plus fort que lui et dans les forêts amazoniennes il faisait des ravages quand il se sentait menacé.)

Nous voilà donc embarqués avant NYA NGEZI et un peu avant ce centre, après avoir franchi la petite rivière NAKAMISA, on bifurque vers la droite à MUNYA vers TSHIBEKE (ou la route se sépare : vers le sud MWENGA, vers l'ouest SHABUNDA). En fait, IBANDA se trouve à une bonne quinzaine de km de NYA NGEZI sur cette route. Sur les photos 1711 et 1712 on voit des extraits de la carte du territoire de KABARE, mise à jour AT 1958 et ordonnancée n°21/396 du 29/03/1958. IBANDA y est repérée ainsi que la route pour y arriver au départ de Bukavu.
Arrivés tard tout alla mieux après un bon bain et un repas réparateur arrosé de vin portugais qui pour nous était digne d'un grand cru. Toutes poussières de la route éliminées de nos gosiers par ce précieux breuvage, on décida de loger dans le grenier de l'habitation pour ne pas perdre de temps à monter et démonter des tentes. Nos estomacs bien remplis par les préparations de Jean et Wilfried, les deux boys inséparables de Hibou, nous montâmes tant bien que mal au grenier. J'eus le malheur de dire nostalgiquement : le grenier, c'est le coin aux souvenirs ! Je croyais que sur ces bonnes paroles nous allions nous endormir en rêvassant ! C'était sans compter sans l'esprit de fouineur de notre ami Puma (Guy) qui trouva la malle de jeux des enfants du propriétaire de la plantation rentrés en congé en Belgique et en fait de souvenirs, cela dépassait l'imagination. Comme le décrit Criquet dans ce même article : " Il y avait des colts, des brownings, des casques, des munitions. à tout craquer ! En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire une bataille rangée s'organisa. Heureusement pour eux que la première balle se logea dans un distributeur électrique : cela provoqua une panne de courant. et on put dormir ! " En fait, les grands gamins que nous étions malgré tout restés cédèrent à la tentation et ce fut le départ de combats fictifs et de règlement de compte à la John Wayne. Sur la photo
1713 on assiste à un de ces combats où Guy avec son tomawak voulait absolument me scalper !
Le lendemain, ces jouets ne nous ont plus quittés et tout en travaillant d'arrache pied à la préparation du camp, nous avions l'air fin avec nos ceinturons ! Lors des poses, au détour d'un massif, on se trouvait nez à nez avec des routiers, colts de plastique en main en train de discuter de la qualité des fruits ou de la philosophie à adopter en cas de " tourista " chez les scouts. La photo
1714 montre ainsi Gustave FABRIZI (Criquet) qui avait fini par nous rejoindre, en train de me vanter les délices d'un maracuja bien juteux !
Après une journée bien remplie, nous décomprimâmes autour d'un bon feu de camp. Sur la photo
1715, le père VIVEX (Renne) est assis à côté de Hibou qui nous apprend toute une série de chansons; Jean le plus grand des boys est derrière lui avec Wilfried et un autre copain venu les rejoindre. Pour agrémenter la soirée, nous avions essayé de nous déguiser en cowboys ou indiens ou autre chose ! C'est comme cela que vous voyez Christakis de dos, chantant avec ardeur accompagné d'Alain " Ouch " grand chef pseudo cheyenne. Avec ma guitare, face au photographe, j'essaie de suivre les enseignements de Hibou, car si les autres n'avaient que les chansons à apprendre, moi j'apprenais en plus les accords et les battements !
Au cours de cette soirée mémorable, Eric fut totémisé " Okapi dégourdi " ; quant à moi, je fus sacré shériff . et dans son article Criquet me croqua d'un croquis repris sur la photo
1716 !
Le lendemain, mardi 10, un bon petit déjeuner nous rassembla avant le bel avant-midi de travail qui nous attendait ; sur la photo
1717 on retrouve de gauche à droite et assis : moi-même, le père VIVEX, Alain, Hibou, Christakis, Guy et Gustave. Notre ami Eric MOUBAX, alias Okapi, derrière l'appareil photo se sacrifiait comme toujours. La dernière photo (1718) nous montre lors d'une pause et si vous y voyez deux d'entre nous avec des fusils en mains, c'est parce que pendant les temps libres, nous chassions les ramiers dans la plantation. De gauche à droite vous trouvez Alain, Christakis, Hibou et Gustave. Plus bas, le père VIVEX caresse le chien de la plantation. A droite, moi-même et à mes côtés Guy Notté qui tient le second fusil.
Ces jours de préparation m'ont réellement imbibé de la notion de responsabilité car quand j'ai vu tout ce qui était à faire pour prévoir un camp sans 'couac' pour environ 160 scouts repartis en 4 camps, j'en suis resté baba ! C'est là aussi que j'ai commencé sérieusement à apprécier le travail en équipe.
Le retour se fit comme d'habitude dans la joie et nous mîmes à profit les deux jours restant pour les études. Ce mardi-là, 10 février, avait été choisi comme jour de congé en l'honneur de notre nouveau pape Jean 23 !

 

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23 Des Rhétos fatigués sans doute !

Ce même congé trimestriel fut mis à profit par 1a 1ère Kivu pour faire un camp au domaine de MUTESA (de HEMPTINNE). Les grands du collège quant à eux escaladèrent le NYAMUMLAGIRA; les moyens firent l'ascension du KAHUZI et purent admirer les chutes de NAKALONGA. Les petits se rendirent au domaine de Rota et SHANGUGU. Les photos 1719, 1720, 1721 et 1722 montrent bien que ces " petits " n'avaient pas froid aux yeux.
Les rhétos devaient traditionnellement rencontrer ceux qu'on appelait " les autres " cette semaine-là le 12. Dans notre équipe, figuraient plusieurs vedettes du VICTORY ; on se voyait déjà vainqueur mais le match se solda par une leçon d'humilité car nous perdîmes 2 - 3 ! Sur la photo
1723, vous découvrez ces rhétos fatigués par une semaine chargée en mouvement ! L'équipe est au grand complet : de gauche à droite et debout Alain, le père Janssens, Marc VERBOIS, Pierre SAILLEZ, Victor HERMAN, Jean Pierre SUTTOR et Yvon BULTOT. Accroupi, nous voyons de gauche à droite Gustave FABRIZI, Jean DEPELCHIN, Auguste FABRIZI, André BOLLO et Christakis CHARALAMBIDIS. Enfin, nous avions perdu, mais tous (les rhétos) nous savions que l'arbitre avait été acheté !
Le 13 février nous eûmes comme consolation la conférence de l'avocat BEYAERT sur " La déclaration gouvernementale aux classes supérieures ! " Je vous avouerai que je ne sais plus du tout de quoi ce monsieur est venu nous parler. La fatigue nous submergeait !
Le samedi 14, la 1ère Kivu présenta son feu de camp préparé le week-end précédent à MUTESA. Le dimanche 15 se passa paisiblement et le collège nous offrit le film " Whisky et Vodka " ! Le mardi 17, le père Janssens ramena le sérieux parmi ses troupes avec le ciné-forum ANASTASIA d'Anatole LITVAK, avec Ingrid BERGMAN et Yul BRYNNER. Ingrid BERGMAN décrocha avec ce rôle l'oscar de la meilleure interprétation féminine en 1957.
Le père Janssens termina son introduction par cette phrase marquant son admiration :
" Ce film est un divertissement de première qualité. Sa construction est essentiellement dramatique ; on y retrouve en même temps les éléments du film policier et du film psychologique, et cela dans le cadre historique du 'Paris 1928' ! "

 

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24 Essais à l'autonomie et au travail d'équipe

Comme je vous l'ai laissé sous-entendre précédemment, notre ami Gaston, (le prof de math grand pourfendeur de ceux des latinistes présentant une allergie profonde aux maths) chouchoutait ses scientifs en douce.! Pour ces deux derniers trimestres, il avait décroché, pour les internes de la première scientifique, la possibilité de ne plus aller à l'étude du soir mais de se regrouper en classe et d'étudier en équipe, ou seul, suivant les nécessités. Le système m'intéressait particulièrement et je parvins à convaincre mon père de me laisser rejoindre le groupe durant les heures imparties aux études du soir. Bilulu (le père CLAES), responsable de l'étude des grands me donna aussi sa bénédiction et c'est ainsi que de février à juin nous avons formé André BOLLO, Yvon BULTOT, Jean Pierre SUTTOR et moi une équipe soudée travaillant d'arrache-pied toutes les matières ardues et débroussaillant les équations les plus folles. Albert QUINTENS, habitant de l'autre côté de la ville, nous rejoignit bientôt conscient de l'intérêt du système. Il restait avec nous une bonne partie de la soirée et nous quittait lorsque sa maman klaxonnait sous les fenêtres de notre classe. Il arriva rapidement toutefois qu'il reste avec nous toute la soirée et qu'il revienne chez moi (j'habitais à 2 pas du collège) où sa maman l'attendait. La photo 1724 nous montre réunis en classe, on y voit de gauche à droite André BOLLO, JP SUTTOR, moi-même, Yvon BULTOT et Albert QUINTENS.
C'est là aussi que j'appréciai la chance que j'eus d'avoir été formé à la responsabilité de soi, à respecter le contrat entre enseignants - enseignés. Les profs et les pères jésuites ont cru en nous et jamais ils ne vinrent inspecter si nous étions sérieux. Les rares fois ou l'un d'eux se pointait c'était pour demander l'aide de quelqu'un ou pour poser l'une ou l'autre question personnelle à l'un des membres de l'équipe. Les plus forts dans une matière expliquaient aux autres les points non compris et inversément. Une franche collaboration s'établit très vite entre nous, ce qui resserra encore plus les liens qui nous unissaient. Je suis persuadé que notre année qui eut 100 % de réussite en juillet, le doit à cette cohésion et à ce labeur en commun. Sur la photo
1725, Yvon, André et Albert s'oxygènent avant de reprendre une suite de démonstrations de plus en plus bizarroïdes !
Allant de pair avec cette autonomie d'étude, nous avions une deuxième autonomie : celle de ne pas respecter les moments d'interruptions officiels, mais de gérer les nôtres. Résultats, mis à part les moments où la nature reprenant se droits, nous n'y pensions pas.
Toutefois, André BOLLO, s'autorisait immanquablement un sprint de notre classe à la fenêtre de la salle de jeux des internes lorsqu'il entendait les premières notes de " Sail along a silvery Moon " et ce en plein milieu de n'importe qu'elle démonstration. Bien sûr, nous suivions ! L'air terminé, on revenait au pas de course vers notre tanière où le sieur BOLLO, très fort en math, reprenait sa démo, l'air de rien !
Une petite parenthèse : vous avez peut-être remarqué sur certaines photos que Jean-Pierre et moi portions des lunettes fumées. En fait, depuis quelques temps, nous avions de petits problèmes de photophobie et pour calmer cela, des verres à dioptrie fumés dans la masse nous furent conseillés. Les appliques plastiques me donnaient des maux de tête fous. Bien adaptés, ces verres me donnèrent satisfaction et c'est bien deux ans après que je repassai aux verres normaux.

 

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25 FLASHBACK !

Pour être tout à fait correct, je dois préciser qu'un premier essai à l'autonomie avait été entrepris et fut concluant d'ailleurs, lorsque nous étions en troisième scientifique, mais ce fut uniquement pour les externes de cette classe. De ce fait, certains soirs , pour préparer les examens de math ou de sciences, Gérard DELHAYE, Albert QUINTENS et moi, nous retrouvions dans une classe près de l'étude des externes avec craies, éponges et seau d'eau et nous démontrions à qui mieux mieux théorèmes de géométrie et formules à rallonge de l'arithmétique. C'est durant une de ces soirées que nous ressentîmes un terrible tremblement de terre et que nous tenant vaille que vaille au mur et à ce qu'on pouvait, nous parvînmes à la barza d'où nous vîmes les salles d'études se vider en catastrophe et les élèves envahir en courant la grande plaine de foot devant la préfecture pour s'éloigner des bâtiments. Inutile de vous dire qu'une fois la secousse passée, les sifflets des surveillants surchauffèrent pour faire rentrer les étudiants dans les études respectives. Nous qui n'avions pas été plus loin que devant la porte de la classe nous n'eûmes qu'à y rentrer ! Il faut rappeler que fort heureusement, les tremblements de terre fréquents de la région n'occasionnaient que rarement des dégâts au collège. Monsieur NEEF, l'architecte avait prévu le coup et notre collège était conçu comme la juxtaposition de blocs ne se touchant pas. Les torsions d'un bâtiment n'affectaient donc pas les autres.

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26 Routine de luxe !

Enfin, la vie continue et le mercredi 18, le match inter-collège réunit sur le terrain nos moyens et ceux du collège Saint Paul. Nos valeureux adversaires congolais bien entraînés par les pères Barnabites, nous pilaient de 5 à 2 ! Heureusement le goût amer de la défaite disparut le dimanche 22 grâce au match CFC - VICTORY ou nous exultâmes devant le résultat ahurissant de notre équipe CFC 0 et VICTORY 9 !
Le samedi suivant (28/2) grand jour également, mais les matches se suivent et ne se ressemblent pas ! La coupe SABENA nous passa sous le nez au profit de l'athénée qui gagna 3 à 1.
Entre ces deux dates de délires, nous pûmes laisser nos âmes rêver car le 24/2 un récital du groupe " Wesminter Singers " sous la direction de John FINLEY nous fut proposé. Alternance de chants profanes et religieux, ce récital fut un réel succès.
La boucle du mois de février est enfin bouclée. Bien remplis à la fois de chants, de scoutisme, de culture et surtout de beaucoup d'études, il me laisse le souvenir du mois ou " responsabilité " est devenue pour moi un mot important.
Pour démarrer ce mois de mars, le film américain de Lewis Allen, 1952: " Les Fils de Mousquetaires " et surtout la fille d'ATHOS nous firent rêver et les commentaires sur la plastique de l'actrice (la très belle Maureen O'HARA) s'épanchèrent bon train sur la balustrade de la maison, le long de l'avenue du Prince Régent entre Didier, Albert et moi. En fait, nous repassions souvent par la maison après le film et savourions nos 'belgas', assis sur cette balustrade, goûtant la douceur du soir tombé après une journée bien ensoleillée.
Une excellente semaine d'étude nous attendait ; on ne s'en priva point ! Pour une fois, une semaine pleine s'ouvrait à nous sans rien d'autres que les récréations normales !!! C'est assez surprenant pour être cité.

 

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27 La Culture nous rattrape !

Le samedi 7 mars, réouverture des festivités avec la fête de la division des grands. La salle de jeux des grands fut transformée en cirque. Ce fut un merveilleux exemple démontrant comment les pères permettaient aux internes, sous leur responsabilité, de se prendre en charge et de ne pas sombrer dans la déprime loin de la famille. Je laisse ici la place au chroniqueur semi-anonyme d'Orientation (car l'article est signé " Spectator " ; si l'auteur se reconnaît qu'il se donne à connaître, cela nous ferait plaisir !) [Orientation n°3, 10ème année, mars 1959]. Photo 1779)
. " Rien ne manqua à cette agréable soirée pour créer l'ambiance. Les clowns BYCICLETTE (JOANIDÈS) et Totomobil (BELLARD) déridèrent le public par leurs tours et cabrioles, sans lasser un instant. Le manager THIEL, présenta les vedettes tandis que l'orchestre des " Star Boys " jouaient ses numéros les plus sensas ! Le trapéziste " Le grand Sébastian " (COUILLIER), les clowns SOF (Xavier DELVILLE) et FIF (Jean LEBRUN), STROUMPF (CARPENTIER) et PATOCHE (BELLARD), un prestidigitateur ABRACADABRA , MATAMORO, le toréador (BORGERS) et son taureau (BONAFONTE), Estikatchi SOULKOF (Jean Pierre SUTTOR) avec son lion Belzebub (COUILLIER) amusèrent successivement les spectateurs. Une pièce policière " 16 millions " et un drame héroïco - comique " Sin Sin Jack " procurèrent à tous une heure de détente et leur fit oublier un instant les soucis des examens.
Le buffet-froid et le bar réunirent professeurs et étudiants autour des tables dans une atmosphère de grande cordialité. Un concours de boîtes à conserves 'Tour de BABEL', des jeux de dextérité, une chanteuse du tonnerre " Marie José Neuville ", quelques blagues et le toujours désopilant " Bicyclette " assuraient les intermèdes et permettaient aux artistes de se préparer à divertir le public. (note : si celui qui imitait Marie José NEUVILLE lit ces lignes qu'il se fasse connaître afin que nous précisions son identité)
La soirée se termina par une tombola et le " Bonsoir " de l'orchestre.
Un grand merci à tous ceux qui collaborèrent à la réussite de cette agréable soirée et en particulier à monsieur BUISSERET, le toujours souriant et dévoué grimeur, qui sut donner une expression si folichonne aux clowns et transformer des gars de 4ème en vieux messieurs. "

 

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28. La famille et les jeunes filles ou les jeunes filles de bonne famille !?

A la maison, mise à profit du week-end pour rencontrer les familles VERBOVEN et DOTREMENT. Depuis plusieurs mois déjà, la famille ROBINSON venait aussi se joindre à nous. Monsieur et madame avaient 3 grandes filles et un garçon, c'est vous dire qu'avec les 5 filles et le garçon de la famille VERBOVEN, l'environnement féminin répondait à toutes nos aspirations. Que de soirées agréables, conversations romantiques, danses langoureuses. !
Enfin, reprenons-nous : le dimanche 8 mars, grand jour au collège pour deux raisons. La première fut la grande cérémonie de " première communion " de 80 enfants ! Il fut aussi annoncé à cette occasion une messe communautaire le mercredi pour les enfants. La seconde raison fut la double victoire du VICTORY. L'équipe II vainquit les " Colons " 5 à 0 et le VICTORY I remporta le match contre le VFC par 3 à 0 ! Ce dimanche fut l'occasion dans beaucoup de familles de faire la fête et je me souviens que mes parents furent invités chez monsieur COLIN (magistrat à BUKAVU) car leur fils qui faisait sa communion était dans la classe de mon père. Inutile de vous dire qu'esseulés mon frère et moi, nous consolions évidemment dans les familles précitées.ou nos amies nous attendaient ( en tout bien tout honneur s'entend !).

Un nouveau film de ciné-club nous subjugua le mardi 10 mars : " LE 41e". On n'entendit pas une mouche voler dans toute la salle. L'exposé du père Janssens fut brillant et la discussion qui s'en suivit très appréciée. Ce drame russe nous avait pris à la gorge et de plus, nous avions enfin autre chose que des metteurs en scène américains ; on découvrait tout l'art de ces soviétiques, on aspirait à voir l'autre drame célèbre : " QUAND PASSENT LES CIGONES ".
Fin de semaine, ce fut la fête des moyens le samedi 14 pendant que le futur VICTORY (la relève quoi !) effectuait un match d'entraînement contre l'Amicale Sportive de BUKAVU (KFC - BFC - CFC). La victoire était au rendez-vous : 3 à 2.
Le dimanche 15 le collège nous proposa un excellent film de guerre : " Le Vainqueur du Ciel : DOUGLAS BADER " Le matin, jeunes gens et jeunes filles s'étaient retrouvés aux jeunesses musicales pour apprécier " Le Quatuor Belge ". Nous sommes le nez sur les vacances de Pâques. Pour nous rhétos, ce fut une semaine inoubliable : le départ pour un périple en OUGANDA ! Mais, une chose à la fois, pensons d'abord à ceux qui restaient à Bukavu. Guignol débarqua chez les petits et leur apprit un chant que longtemps après ils reprenaient encore en chœur : " Minastembéa pole pole ! " c'est-à-dire : " Je me promène lentement, lentement. ". Ils eurent droit aussi à deux grandes aventures : L'Hôtel du Lapin Blanc et Maison à louer !
Quant à nous, nous vécûmes 4 jours inoubliables. En fait, ce fut le début pour moi de vacances de Pâques comme plus jamais je n'en ferais. La succession d'événements, d'aventures et de rencontres fut telle durant les trois semaines qui suivirent ce 18 mars, que plus de 50 ans après, j'en suis encore marqué !
Prenons les choses dans l'ordre.

 

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29 L'aventure ougandaise

Comme prévu chaque année, la rhétorique avait son voyage traditionnel vers l'Ouganda. C'est donc avec ardeur que nous nous embarquâmes ce mercredi 18 mars très tôt pour la grande aventure. Une grande nouveauté quant au transport : contrairement aux années précédentes, nous n'irions point dans le " STUDBAKER " de Félix mais bien en voitures mises à notre disposition par quelques parents charmants. Honneur aux dames : Madame QUINTENS mis sa FIAT 500 à notre disposition et comme j'avais l'habitude de jolies promenades avec les QUINTENS, nous nous retrouvâmes Madame, Albert et moi dans la Fiat. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, le fait d'être à l'arrière de ce petit véhicule fut une grande chance pour moi. En effet, j'eus l'occasion de disposer les divers bagages et sacs à ma façon et tel un pacha, je fus transporté tout le voyage sur un sofa inégalable. Décapotée en plus, cette voiture m'offrait une visibilité qui rendait jaloux tous les autres. Enfin, après avoir réparti les autres participants et leurs bagages dans les autres véhicules, le départ fut donné. Une caravane formée de 6 voitures s'ébranla vers la route de GOMA, déjà décrite à plusieurs reprises. Toujours aussi magnifiques les divers paysages idylliques des bords du lac Kivu défilaient et c'est sans peine que nous pointâmes GOMA où l'on bifurqua, après les classiques casse-croûtes et rinces-dalles, vers RUTSHURU. Quelques km avant le poste, nous fîmes l'immanquable visite aux splendides chutes de la RUTSHURU, occasion pour Albert de prendre quelques diapositives. Grâce à son épouse et à sa fille, j'ai pu reproduire celles-ci et vous les proposer. Sur la photo 1726, on voit les chutes entourées d'une nature luxuriante. Sur la 1727, Jean Pierre LAURENT et Albert posent pour la postérité ; sur la 1728, c'est Albert et sa maman qui se laisse rafraîchir par les gouttelettes pulvérisées par la chute; enfin, sur la 1729 je suis en compagnie de Mme QUINTENS et du père JANSSENS. Sur la 1730, prise en 1989 lors de mon voyage au Congo, vous pouvez constater que la RUTSHURU est toujours aussi belle.

Comme signalé plus haut, Mr et Mme Lebrun, parents d'Olivier, nous avaient réservé un accueil des plus chaleureux et un souper succulent accompagné d'un petit vin rouge que nous avons dégusté modérément mais avec amour. Ce fut une soirée inoubliable dans une ambiance de franche camaraderie. Le vin aidant, nous glissâmes dans un sommeil libérateur.
Le lendemain, après un solide petit déjeuner et quelques derniers réglages d'appareils, (photo
1732 avec de g. à d. Yvon tripotant un appareil sous les yeux d'Yves, Henri fait de même et Klaus a déjà remballé le sien ; de dos, je parle avec Joseph tandis que Gustave arrive.) nous attendîmes le démontage du pot d'échappement d'une des voitures qui avait rendu l'âme la veille et risquait de provoquer des dégâts supplémentaires s'il restait brinqueballant sous le véhicule (photo 1733 un peu floue malheureusement). Cela permit de nous voir fièrement porter l'ustensile (photo 1734) et comme seuls des scientifs et des économiques sont sur la photo, les latinistes ne manquèrent pas de nous dire que la malédiction nous tenait car nous tenions la " buse " en main. De gauche à droite, on voit Albert Quintens, André BOLLO, Jean DEPELCHIN, Jean Pierre SUTTOR, Yvon BULTOT, Charles BORGERS et moi-même. Sur la 1735, Mr et Mme Lebrun sont venus voir comment je pouvais tenir dans l'habitacle de la FIAT 500 ; je suis accoudé au véhicule, le père Janssens est en retrait, Jean Pierre, Auguste et Pierre se relaxent contre la carrosserie et Albert contemple le tout ! Sur la photo 1736 Madame QUINTENS est venue nous rejoindre ; je garde jalousement ma place et j'ai à coté de moi Albert, Alain et Henry. Un peu en arrière, Victor, Pierre et Auguste. Nous sommes prêts à partir, mais avant, on tint à prendre la photo de famille avec les LEBRUN : photo 1737, surtout qu'ils nous avaient promis qu'au retour, nous aurions de l'antilope au menu !

Nous prîmes pleins d'entrain la route d'ISHASHA, nouvelle et donc assez agréable à parcourir surtout en voiture (note : cette nouvelle route pour arriver au Queen Elisabeth National Park fut ouverte en 1958 et la rhéto précédant la nôtre l'avait plus ou moins inaugurée) . Si vous vous référez à la photo 1731, vous verrez qu'ISHASHA est proche de la frontière et que de là, on oblique vers la droite pour rejoindre (une fois passée cette frontière) la route venant de KABALE : la photo 1738 montre les choses du côté OUGANDA. A partir de cette frontière, changement de taille : on roule à gauche ! Fort heureusement nos chauffeurs d'adaptèrent très vite et bon train fut tenu vers la partie assez fournie du parc. Cette route, nouvelle et bien élaborée, avait le grand défaut pendant de sa qualité : elle permettait d'appuyer sur le champignon. C'est ainsi que malheureusement, quelque jours avant notre passage, un jeune couple y avait eu un accident à l'issue duquel la jeune dame n'avait pas survécu. La consigne du père JANSSENS fut donc stricte : pas de course et faire preuve de maturité. Encore merci à tous les chauffeurs car ce mot d'ordre fut bien respecté. Pour l'anecdote, l'un d'entre nous, sur les lieux de l'accident retrouva dans le caniveau une chaussure à haut talon quasi neuve de l'occupante de la voiture, cette découverte nous laissa un goût amer en travers de la gorge. Enfin, le voyage se poursuivit sans anicroches et à gauche comme à droite apparaissait de temps à autre animal. Nous étions au bord du parc et c'est surtout dans le nord dans la région de KATWE que la concentration en animaux était importante. Sur la photo 1739 une vue d'ensemble montre dans le coin inférieur gauche la route venant d'ISHASHA et au dessus vers le milieu, pointée par un trait rouge, la presqu'île où nous devions loger " MWEYA LODGE ". De la frontière au pont permettant de traverser le " Channel KAZINGA " reliant le lac GEORGES au lac EDOUARD au lieu dit " KATUNGUMU ", il y a environ 75km, ce qui nous permit d'arriver assez tôt au lodge et de repartir gaiement sur toutes les pistes possibles.

Sur la photo 1740, on voit mieux ces diverses pistes ainsi que les animaux le plus souvent rencontrés. Un trait rouge signale l'endroit de l'équateur et la route la plus septentrionale de la photo s'appelle " Equator Road ".
C'est sur cette route que nous fîmes les photos traditionnelles ; la dia d'Albert (photo
1741), très bien conservée nous permet de voir immortalisé ce grand moment en couleurs !

En noir et blanc, la photo 1742 détaille mieux les physionomies. On y voit Charles de SEMMERIES la tête coincée entre EQUATOR et OUGANDA et se tenant à la traverse EQUATOR : Albert à gauche et moi à droite. A côté de moi, Auguste s'appuie sur la circonférence. A la ligne en dessous, de g. à d. Alain DELVILLE s'interroge sur la qualité de son appareil ; le père JANSSENS tout sourire masque un peu Pol DELIL ; par contre Pierre VANKERKVOORDE (VK) soutient l'édifice ! A ses côtés, André BOLLO, Jean DEPELCHIN, Madame QUINTENS, Yves GILON, Pierre SAILLEZ, Jean Pierre SUTTOR (dit PIET) sur lequel s'appuie Charles BORGERS lequel à son tour sert de reposoir à Yvon BULTOT. Entre la tête d'Yvon et de Charles, apparaît celle de Joseph MOUBAX. Accroupi à gauche, Jean Pierre LAURENT et Klaus HUYS. Marc VERBOIS et Victor HERMAN ont jugé préférable de s'asseoir sur le béton. La tête de Gustave FABRIZI dépasse derrière Victor. Henri PIETERS et Willy CLAESSENS terminent le cheptel ! Sur la photo 1743 les attardés du " station-wagon " immortalisent leur présence.
Continuant notre route, nous croisâmes la plupart des animaux classiques en quantité honorable. La fiat décapotée nous donnait une sensation de liberté non négligeable. Divers arrêts immortalisèrent notre joie de vivre. Sur la
1744, Yvon joue au propriétaire des lieux. Au gré des choix, les voitures ne restaient pas toutes à la queue leu leu, ce qui permettait après quelques tours de se retrouver en donnant l'impression qu'on s'était quitté depuis " zamani " ! (photo 1745 avec VK, JP, Pierre et Alain).
Pas loin d'un croisement, on se retrouva et quoi de mieux pour authentifier notre présence que de se faire photographier sous un panneau routier très explicite : sur la photo
1746, on voit de g. à d. Albert QUINETNS debout, accroupis, Henri PIETERS, Pol DELIL, Franz ANSIEAU, Gustave FABRIZI, Joseph MOUBAX et Klaus HUYS.

Une petite remarque. vous aurez pu constater qu'Albert est souvent debout sur les photos. En fait, suite à sa chute de l'euphorbe, il portait un corset de plâtre et avait donc trop de difficulté pour s'accroupir toutes les fois.
Un dernier conciliabule vers la fin de l'après-midi, (photo
1747) et l'on se retrouve sur la route du retour ; nous filons vers MWEYA LODGE où des gîtes plus que rudimentaires mais agréables nous attendaient. Le repas du soir au restaurant typiquement " english " assez guindé ne nous a pas laissé un souvenir impérissable surtout que l'accès au guest-house ne nous fut accordé que du bout des lèvres, car nous n'avions ni cravate ni smoking ! On nous planqua dans un coin où on serait le moins vus et le moins dérangeant pour les aristos ougandais-british. On reçut l'ordre de réfréner nos éclats de voix habituels et nos fous rires fréquents. On ne pouvait pas troubler la quiétude des mémés anglaises en vacances ! Aussi la rapidité avec laquelle nous engouffrâmes ce que les englishes proposaient comme menu nous permit d'en finir assez vite et de ressortir pour exploser en fous rires divers. Le soir était très doux sous l'équateur et de belga en belga, d'histoire en anecdote nous atteignîmes une heure respectable qui nous invitait au dodo !
Le lendemain, 20 mars, la gastronomie anglaise remonta dans notre estime, rapport à leur petit déjeuner légendaire qui était au rendez-vous. La grosse vingtaine de gars que nous étions dévalisa la réserve d'œufs et de bacon .
Bourrés d'énergie, nous reprîmes les pistes après le briefing improvisé de Piet (Jean Pierre SUTTOR) : photo
1748.

Nous commençâmes la matinée par la piste longeant le lac KATWE puis en sillonnant toutes les pistes et sentiers possibles autour des salines (photo 1749). Sur cette photo, on voit avec précision le chemin venant de MWEYA LODGE et qui passant par KABATORO nous amène près des " Salt Works " et de là, sur les hauteurs du lac. Ce lac est en fait un cratère plein d'eau. C'était assez impressionnant ; un des points culminants de ce volcan éteint est à 3235 m. Les dias d'Albert nous montrent différents paysages arides des environs de KATWE ; sur la 1750 on discerne entre les 3 arbres quelques éléphants ; la 1751 montre la découpe des multiples cratères de l'endroit. La 1752 montre un coin moins accidenté et l'on devine au loin juste un peu avant les premiers buissons verts, un petit troupeau d'antilopes. Nous arrivons enfin au sommet du cratère du lac KATWE dont nous pouvons découvrir l'étendue : photo 1753. Un peu à la fois le groupe se reforme et sur la 1754, un peu floue, on peut voir les premiers arrivés ! On y distingue Albert à gauche, un monsieur qui nous accompagna tout le voyage en nous faisant bénéficier de sa voiture, le père JANSSENS, Charles, assis sur un rocher et Joseph, jumelles en main. Enfin, sur la 1755 tout le groupe est réuni pour la photo souvenir. S'en suit alors une balade à travers les pistes qui se croisent et nous permettent de voir à nouveau des animaux. A peine repartis, une magnifique antilope s'offre à nos yeux : photo 1756. Redescendus dans la plaine, ce sont des races différentes qui nous accueillent : photo 1757. Enfin, un peu plus loin, monsieur " TEMBO " daigne se montrer : photo 1758.
Après un casse-croûte requinquant, nous voila en forme pour le dernier volet de notre séjour : l'excursion en bateau sur le " KAZIMA CHANNEL " reliant le lac GEORGES au lac EDOUARD. On voit nettement cette jonction en bleu sur la photo
1759. Sur la photo 1760, une carte plus détaillée montre le parcours de Mweya Lodge jusqu'aux abords du lac GEORGES en passant par le pont de KATUNGURU. Les copains ont tiré pas mal de photos et comme je ne disposais pas de l'appareil familial, je me suis empressé de racheter des copies en rentrant à Bukavu. Les dias d'Albert sont, je vous le rappelle les originaux scannés.
Ce fut une merveilleuse promenade, antilopes (photo
1761), hippos (photo 1762) et d'autres animaux furent au rendez-vous. Quelques photos du bateau mouche (résistant tout de même aux hippos) montrent comment nous étions installés. Sur la photo 1763, Willy et moi, devant le père Janssens goûtons de la douceur du déplacement à l'ombre et rafraîchis par la présence de l'eau qui nous entoure. Jean Pierre sur la photo 1764 interpelle l'un d'entre nous situé sur la plat-bord tribord. Derrière lui Victor profite du bon temps alors que Charles BORGERS scrute les rives.
16h30 ! Il est temps de repartir, les yeux et la mémoire bourrés de souvenirs. Sur la photo
1765, on pratique une dernière pose pour le regroupement ; la 1766 un peu floue monte déjà quelques voitures au sortir d'une piste. La 1767 regroupe tous les participants avant le grand retour. Mme QUINTENS, à l'extrême gauche était déjà le pied sur le champignon. Viennent ensuite : Gustave, Henri, Pol, Joseph, Alain, Victor, Albert toujours debout, Pierre, un monsieur accompagnant le père JANSSENS, Jean Pierre, Franz, Klaus avec son keffieh, le père JANSSENS, Charles, Jean D, Jean Pierre S, Willy ; au-dessus : André et Auguste, assis par terre à côté de Willy : Yvon BULTOT puis VK, Yves GILON, Marc VERBOIS sur lequel s'appuie Charles de SEMMERIES.
La caravane s'ébranle enfin et c'est la route du retour (photo
1768) avec quelques poses pipi et de relaxation. (photos 1769 et 1770).

Nous arrivâmes à la frontière au coucher du soleil qui fut d'ailleurs des plus beaux. Les formalités prirent tout de même une grosse demi heure et c'est dans le noir que nous fîmes les derniers 50 miles vers SINDA. Dans la fiat, le silence était tombé, chacun méditait aux choses splendides vues, vécues, entendues, senties . ! Malgré l'estomac vide, l'humeur restait excellente surtout que nous savions qu'un banquet à l'antilope nous attendait chez Mr et Mme LEBRUN. Ils tinrent promesse : ce fut pantagruélique et le vin toujours aussi capiteux. Nous prîmes enfin possession de nos quartiers de nuit que vous découvrez sur la photo 1771. On y voit Pierre, Willy et Victor à l'avant plan, Alain est derrière eux et avec Jean-Pierre dans le box d'à côté. Ils avaient l'air si sage !
Pourtant, quelques instants plus tard, sous l'inspiration de Charles BORGERS et d'Yvon BULTOT, une initiation à la bagarre de type " Eddie Constantine " fut déclenchée. Pendant près de 20 minutes, ils imitèrent avec précision, mais sans jamais se toucher, des scènes de pugilats ahurissantes. Naturellement, l'énorme couche de lamelles sèches de feuilles de bananiers, qui nous servait de matelas à travers toute la pièce amortissait leurs chutes. Nous étions subjugués de voir nos amis si bien jouer les cascadeurs de combat. Cela dut s'arrêter car, sans s'être jamais touchés une seule fois, l'un d'entre eux se mit à saigner abondamment car, sans s'en rendre compte, il s'était éraflé le cuir chevelu sur les briques du mur. Enfin, on fit l'extinction des feux car toutes nos fariboles nous avaient entraînés fort tard ! Aussi au petit matin, après messe et déjeuner copieux, nos joyeux drilles s'empressèrent de se coucher dans l'herbe accueillante de la plantation de SINDA et ils eurent peine à se relever pour gagner les voitures qui vrombissaient déjà. (Photo
1772)

Après un grand " au revoir " et moults remerciements, nous prîmes congé de nos hôtes, et nous fonçâmes vers KYSENYI pour la pose idyllique dans le lac Kivu qui nous tendait les bras. Les photos 1773, 1774 et 1775 nous montrent les belles avenues nous amenant au lac qui nous apparut toujours plus bleu malgré les nuages (photo 1776). Une bonne baignade au bon air, une restauration de fortune mais bien " calante ", nous reprîmes la route pour la dernière étape : KYSENYI, GOMA, SAKE, . BUKAVU ! Longeant le lac, nous sommes retombés dans un silence de circonstances, admirant une dernière fois le lac avant la nuit (photos 1777 et 1778).
C'est vers 20h30 que Mme QUINTENS et Albert me déposèrent à la maison après le crochet par le collège pour y déposer le matériel accessoire emporté et chanter le traditionnel " Ce n'est qu'un au revoir, mes frères ! " .

Et dire que les vacances de Pâques commençaient seulement ! Nous étions le samedi 21 mars au soir.

 

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30 Vive la Route ! IBANDA nous voilà !

Comme d'habitude, ma mère avait prévu le coup et mon sac à dos était prêt ainsi que mes uniformes. Il faut savoir que depuis le 21 au matin, un défilé de camions était parti l'un de la cure, l'autre de BAGIRA un troisième de KATUTU et un quatrième du camp SAYO ; Ces quatre troupes filaient bon train vers IBANDA pour un immense camp dans la plantation gérée par HIBOU. Rappelez-vous, nous avions préparé ce camp en février (revoir les photos de 1713 à 1718).

Evidemment, rentrés le 21 au soir, il nous fut impossible à Gustave et moi de partir avec les autres. Heureusement, revenu le dimanche à Bukavu pour redescendre du matériel, Hibou avec pick-up nous prit et nous amena dare-dare à IBANDA. Nous allions vivre un camp vraiment spécial car cette fois, nous étions, Gustave, Christakis et moi responsables et conseillers techniques pour 3 troupes congolaises et nous campions dans la même plantation que la troupe européenne de la cure ! Noirs et blancs réunis sur le même site : signe des temps ! Toujours est-il que si chaque troupe avait ses activités propres, des activités communes nous rassemblaient. Jeux de nuits, constructions, stalking . : autant d'occasions de se voir de se rencontrer de " faire ensemble ".La photo 1780 montre un de ces 4 camps ; ils étaient tous bâtis sur le même modèle. Sur la 1781, Hibou et un chef scout congolais parient sur le démarrage d'un feu allumé par un scout ! Sur la photo 1782, Guy NOTTE et moi ramenons vers notre lieu de campement quelques victuailles.
Cette fois c'est du sérieux ; plus question de se balader avec colts en plastique et ceinturons rutilants comme en février ! Sur la photo
1783, lors d'une inspection on peut admirer diverses constructions. Ici, Didier van de WERVE, entouré de ses ouailles nous attend. On reconnaît à droite de Didier, Jacques GÉNIS de l'avenue du Plateau. En fait, un bruit s'était répandu ou plutôt, une odeur audacieuse chatouillait les narines de certains nez : Les scouts de la cure rechignaient quant à des ablutions systématiques de leur moyen de locomotion càd : leurs pieds ! Aussi, une vaste opération de contrôle d'hygiène pédestre fut entreprise. Sur la photo 1784, mon frère se rechausse après avoir démontré qu'il était innocent de toute production d'effluves nauséabonds ! De toute façon, cela se termina dans la rivière pour tout le monde.

Pour éprouver la solidité des constructions, les chefs testaient d'abord eux-mêmes le résultat de celles-ci. C'est ainsi que vous me voyez à l'aise sur la tour érigée par nos scouts sur la photo 1785. Sur les photos 1786 et 1787, vous trouvez l'illustration d'autres activités. Sur la 1788, admirez la préparation d'une activité commune aux scouts noirs et blancs.

Une des plus belles actions communes entreprises fut une folle équipée : les 4 troupes réunissant leurs efforts pour escalader le mont LUHANGA à 2269 mètres, y transporter 2 troncs d'arbre déjà appréciables et les monter en une croix au sommet afin que cette croix soit visible de très loin par les voyageurs empruntant la route NYA NGEZI - IBANDA. C'était somme toute notre chemin de croix collectif et il fut décidé d'essayer d'arriver vers 14h30 au sommet, ce qui nous laisserait le temps de monter la croix et de la planter dans un bon endroit. Dans la fraternité scoute qui nous unissait, nous avons escaladé cette montagne tout en poussant ces 2 troncs de plus ou moins 12 cm de diamètre et de quelques mètres de long pour que dressée au sommet, elle soit visible de loin. Passant de main en main, tout au long d'une chaîne formée de plus de 100 scouts et routiers, ces deux troncs gravirent lentement mais sûrement la montagne et ce avec moultes péripéties !
Que d'éraflures aux genoux car la pente raide obligeait ceux qui portaient les troncs à monter à genoux dans beaucoup d'endroits. Il fallait aussi bloquer les troncs afin qu'ils ne re-dégringolent pas vers l'arrière et que l'on puisse permettre aux suivants de nous dépasser et tirer à leur tour lorsqu'ils étaient en bonne position. C'était le principe de la course cycliste mais à l'envers car ceux qui venaient de fournir l'effort devaient se rendre au dessus des autres en début de chaîne et attendre que les troncs arrivent à leur portée, les empoigner et les pousser à leur tour vers le haut . Ce fut titanesque car la raideur de la pente, l'herbe drue de montagne, les ronces et le manque de prise sur un tronc bien élagué exigeaient calme, maîtrise de soi, et force (surtout quand on avait cette terrible impression de sentir l'arbre glisser vers l'arrière !). Dans les passages les plus durs, ce sont les scouts et les routiers les plus baraqués qui prenaient le relais en laissant alors aux plus jeunes le soin de reprendre les troncs dans les endroits à pente douce.
Arrivés au sommet dans les temps, haches, tarières, pelles, pioches, boulons et clefs entrèrent en jeu et notre croix fut montée, plantée et bien calée pour 15h00. Nous étions le vendredi saint 27 mars 1959 et de ce sommet, une prière ardente commune s'éleva vers les cieux. Ce fut très émouvant lorsque le père VIVEX plaçant son étole, bénit cette grande croix. A genoux, tous les participants prièrent bien conscients que nous venions de réaliser ensemble un projet important ; il n'y avait plus de blancs ni de noirs mais des scouts qui ont crevé ensemble dans un but commun : élever ce témoignage chrétien qui se voyait de très loin. Cette cérémonie du vendredi saint à 2269 m d'altitude resta gravée de manière indélébile dans mon esprit. La photo
1789 donne une idée de la situation d'IBANDA par rapport à BUKAVU. La photo 1790 montre avec précision la position du mont LUHANGA par rapport à IBANDA.

Le soir, un dernier feu de camp nous réunit à nouveau. Comme les autres soirs, les guitares et les harmonicas furent de sortie et les champs fusèrent jusque bien tard dans la brousse environnante. Le samedi 28, les sacs furent bouclés très tôt, les tentes repliées et une fois le tout rangé, les écologistes de tous temps que sont les scouts quadrillèrent tous les terrains précédemment occupés pour ramasser le moindre déchet, témoin de notre passage. Hibou, gérant de la propriété et chef de camp, passa une inspection sévère et se montra très content du travail de toutes les troupes.
Après un courte mais bonne restauration l'ordre d'embarquement dans les camions fut donné et à la queue leu leu, la flottille de camions s'ébranla et la route d'IBANDA à Bukavu résonna une fois de plus de chants joyeux chantés à tue-tête en français et en swahili !
Fin d'après midi, le matériel bien remis en place dans les locaux adéquats, les scouts regagnèrent leur " home " à temps pour se préparer aux cérémonies de Pâques de la soirée.

 

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31 Soirs de PÂQUES : deux pour le prix d'un !

Rentré vers 18h00, avant la tombée du soir, la salle de bain m'attendait et l'eau chaude de la baignoire fut un délice après la semaine passée en camp intensif !
Décrassé, décapé, requimpé, je troquai l'uniforme pour le costard et c'est en famille que nous partîmes pour l'office de Pâques proposé à la Cathédrale. Fort conscient du calendrier, je me souviens très bien m'être fait la réflexion : " Franz, imprègne toi un max de ce que tu vis car c'est la dernière fois sans doute ! ". Aussi ai-je apprécié la douceur de cette soirée de Pâques et la profondeur de cette célébration dans ce milieu particulier de BUKAVU. De plus, point de vue météo, BUKAVU était bien plus proche de Jérusalem que ne l'est Bruxelles !

Le lendemain, dimanche de Pâques, les visites en famille furent au menu avec évidemment les jeux de société et bien sûr, les conversations privilégiées avec l'une ou l'autre des " petites amies " qui comme par hasard rendaient visite aux mêmes familles que nous ! (Les billets échangés sur les bus grâce aux frères et sœurs, ça fonctionnait bien malgré tout !)
De délicieuses soirées furent passées ainsi, avec les parents dans les pièces d'à côté, les jeunes refaisant le monde sur la terrasse ou dans le jardin. Les autres jours furent consacrés aux rencontres organisées au beach du collège où nous profitions d'endroits ensoleillés ou ombragés, de sentiers pour nous promener, du lac pour nous rafraîchir et bien souvent aussi en finale, de l'un ou l'autre parent qui vers midi ou 17h00 nous ramenait " at home " pour le tchop ! (revoir photos
1606, 1607, 1608).

Si ce genre de délassement me convenait fort bien, l'appel de la brousse et des évènements me séduisait tout autant. Aussi quand à l'improviste, le mardi 31 mars, le père VIVEX débarqua à la maison vers les 16h00 pour voir si j'étais disponible, une réponse positive était prête avant la question ! Le problème était le suivant : plusieurs de nos pères jésuites s'occupaient d'aide aux missions en comblant les vides dans des postes reculés où il n'y avait pas de missions officielles d'installées. C'est ainsi que notre chef de clan chez qui nous avions été en novembre 1958 (voir premier trimestre) avait sollicité du père VIVEX l'organisation d'une cérémonie de Pâques car, par manque de prêtres, ils n'avaient eu qu'une petite veillée pascale sans célébration. Le père avait donc besoin d'au moins un servant pour les différentes phases de la cérémonie et la remise en ordre du matériel de célébration dans les valises ad hoc. Les autres copains, déjà engagés dans diverses activités n'avaient pu répondre positivement. Je fus donc seul à partir avec lui et il fallait faire vite car nous devions être sur place avant la tombée de la nuit. Nous devions atteindre une plantation sur la route du Biega. La photo 1791 nous montre les diverses routes entre Bukavu et les contreforts du Biéga. L'ellipse rouge montre notre point de départ. Nous devions arriver dans le triangle formé par BUSWIRA, KADGEGE, et le bas du BIEGA (photo 1792).

C'est quelque part par là que se trouvait la plantation de notre chef de clan dont j'ai retrouvé le nom : SCHMIDT, futur beau-frère d'Alain DELVILLE. Comme de toute façon, la demande venait d'un " révérend père " mon père n'y voyait aucun inconvénient et en 2 temps 3 mouvements, je fus en uniforme correct et j'embarquai avec un bon pull et mon battle dress (rappelez vous ces vestes des surplus militaires que beaucoup d'entre nous portions lors de randonnées en brousse ; sur les photos 1705, 1706 et 1707 on voit plusieurs d'entre nous portant ce genre de veste). Le pick-up était déjà prêt et nous n'eûmes qu'à grimper sur le siège unique avant. Les sièges de ce genre de véhicules étaient souvent d'une seule pièce ce qui permettait à 3 personnes de se tenir aisément sur la banquette. Félix démarra en trombe car on approchait des 17h00. Pour franchir les 40 à 45 km entre Bukavu et BUSWIRA il fallait tout de même une bonne heure car il fallait faire le crochet par BAGIRA, remonter vers KABARE puis un peu après, tourner vers la route du BIÉGA, passer à hauteur de SHIBINGU et monter alors vers le BIEGA (revoir 1791 et 1792).
Je retrouvai avec plaisir notre chef de camp et sa jeune épouse et après le " shake hands " d'usage, nous nous rendîmes au centre coutumier local où une grande salle permettait d'établir un autel solide et d'accueillir beaucoup de gens. Entre temps, dehors près de l'entrée, des Congolais allumaient le feu qui devait servir à la célébration. Une foule ahurissante et haute en couleur nous attendait ! Le père me donna les instructions d'usage pour préparer lutrins, évangile, burettes, calice, ciboires . Pendant que j'officiais, il se mettait en tenue adéquate. Tout fut bientôt prêt et en phase avec la nature qui se plongeait dans l'ombre, le soleil se couchant, la crécelle donna le signe du début de la cérémonie. Les braises bien à point permirent ainsi de voir s'élever une flamme unique lors de l'allumage de la première bougie et ce fut la propagation de la lumière de bougie en bougie. Quel moment émouvant de voir cette lumière s'épandre à travers toute l'assistance.
Cette célébration avec toutes ses phases fut magnifique et pour moi " petit blanc " avec quelques autres " petits blancs " noyés dans cette foule énorme de Congolais, ce fut merveilleux de partager cette communion intense qui nous rassemblait. Dès le retour des cloches, les chants fusèrent et ponctuèrent toutes les phases importantes qui suivirent. Le moment de la communion fut particulièrement émouvant et il fallut un temps fou pour la distribuer tellement ils étaient nombreux.
Cet office de Pâques restera un événement exceptionnel car si trois jours avant, j'avais vécu les cérémonies dans la grande cathédrale de Bukavu, il venait de m'être donné cette chance unique de les revivre dans un dépaysement total, en pleine brousse et entouré par une majorité de frères chrétiens congolais. Nous étions tout au plus 5 à 6 blancs pour des centaines de Congolais.
J'insiste encore une fois sur le côté sécurité de cette soirée. A aucun moment, aucun membre de notre équipe ne se sentit menacé de quoique ce soit malgré la déglingue sociopolitique entamée à Léo au début de l'année et c'est en toute fraternité que nous avons partagé cette cérémonie.

Rentrés à la plantation, l'épouse du chef nous proposa un repas finement préparé par son pishi (cuisinier) de premier ordre. Le " chateaubriand " qui nous fut servi fut digne de chez " Maxim's " et le vin qui l'accompagnait ne provenait pas de la dame-jeanne traditionnelle de vin portugais mais bien de bouteilles de vin bien français importées par le magasin KINO de Bukavu. Félix de son côté, guindaillait avec le pishi et les autres congolais de service, mais en conducteur consciencieux qu'il était, il n'exagéra point sur la " Primus " afin de nous ramener à bon port. Soirée à nouveau inoubliable sous une pleine lune énorme qui argentait de sa lumière tous les environs. Après ce réveillon improvisé, nous prîmes congé de nos hôtes non sans les avoir remerciés quant à leur accueil chaleureux.

Une variante de taille avec Bukavu était à prévoir car, si au raz du lac la température de la veillée pascale faisait penser à la douceur du temps à Jérusalem, là haut dans les montagnes il ne faisait pas chaud et le pull prévu vint bien à point. Bien calé entre le père VIVEX et Félix, derrière le pare-brise panoramique du pick-up, je pus apprécier le spectacle unique et pourtant toujours renouvelé de ce clair de lune sur ces paysages féériques de la région des montagnes entourant le lac Kivu. De plus, une fois ce lac en vue, le reflet de la lune sur sa surface renchérit encore la qualité de la vue. La température se radoucissait au fur et à mesure que l'on descendait. Si nous avions disposé des appareils que nous utilisons maintenant, nous aurions ramené des images dignes du " National Geographic Magazine ". Enfin, il faut se faire une raison, tout a une fin et c'est vers les deux heures et demie du matin que le père VIVEX me débarqua. Je lui promis que pour des activités pareilles, il pouvait toujours compter sur moi.

Tout au long du retour et tout en admirant ce qui défilait devant mes yeux, je mesurais toute la différence entre les copains qui vivaient en brousse et ceux qui vivaient en ville. Je comprenais pleinement l'intensité de ces moments vécus en pleine nature, le " pourquoi " du nombre important d'anecdotes que nos copains broussards pouvaient raconter et aujourd'hui, je comprends le " pourquoi " de cette nostalgie qui tient aux tripes tous ceux qui ont vécu au Congo ! Pour cette raison, à la moindre occasion, pour le moindre prétexte, je filais à mon tour en pleine nature dès que possible ! Et heureusement, ces vacances de Pâques-là, je fus particulièrement gâté ! Après l'OUGANDA, le camp d'IBANDA, l'office de Pâques de BUSHWIRA, une autre aventure m'attendait !

 

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32 Apprentis " Robinson CRUSOË " ou Apprentis " COUSTEAU " ?

Le lendemain, mercredi premier avril, sorti des vapes vers les 11h00, le goût de la sauce au poivre encore en bouche, j'eus la surprise de voir mon ami Didier van de WERVE en grande discussion avec ma mère. Il venait solliciter une autorisation d'escapade mais cette fois, ni à pied, ni en pick-up mais en kayak ! Il est vrai que depuis tout un temps, Didier avait le projet de faire une balade en kayak sur le lac dépassant la baie de N'GUBA. Il possédait un kayak deux places et comme la villa de ses parents surplombait cette baie, un chemin permettait une mise à l'eau proche. Deux de ses amis, les frères PALANTE, étudiants de l'athénée comme lui et possédant aussi un kayak double place, furent séduits par l'idée. Guy et Luc de leur prénom, firent remarquer à Didier que seul sur son kayak il serait toujours à la traîne. Du coup, il pensa à son compère des 400 coups pour tenir la seconde paire de rames et c'est pourquoi je le trouvai chez moi ce matin-là !

Le projet de camp avait été mûri consciencieusement et tout était prévu pour séjourner 4 jours sur une île dont le nom est CUSIMBA. Celle-ci est située quelques îles plus loin au nord de l'île aux Lapins que nous apercevions en descendant du collège au beach !
Double en superficie de celle-ci, elle était l'avant-dernière du chapelet d'îles partant de Bukavu et longeant le Ruanda. Point de vue matériel, les deux pointes des kayaks étaient bourrées : tente, victuailles, vêtements de rechange, crème solaire, fusil pour la chasse, une grosse dame-jeanne pour l'eau potable et enfin, une réserve non négligeable de paquets de cigarettes BELGA à savourer surtout le soir autour du feu de camp !

C'est ainsi que le lundi 6 avril, vers les 10h00 du matin, nous embarquâmes pour l'épopée nautique. Ça n'a l'air de rien mais pagayer en phase demanda tout de même un peu de temps mais heureusement quelques centaines de mètres plus loin, les zigzags cessèrent et nous filâmes droit vers le large avec ardeur. Vu du dessus des avenues de Bukavu, la distance entre les îles semble peu importante, mais une fois sur des petites embarcations telles les nôtres, les vraies distances se dévoilent et là, ce n'est plus la même chose ! Enfin, le temps était magnifique et le ciel d'un bleu impeccable à peine encombré d'un ou deux nuages filandreux. Chapeau scout, ambre solaire et lunettes foncées furent d'un grand secours sur la surface lisse de ce merveilleux lac. Nous n'avions pas d'appareil photo, je le regrettai amèrement mais d'autre part, il aurait peut-être souffert suite à un incident subaquatique qui se présenta un peu plus tard.
Enfin, après une bonne heure et demie de navigation nous accostâmes sur notre île. Celle-ci n'avait aucune habitation. Il y avait tout au plus quelques traces des feux et de présences dues aux pécheurs de passage. Sur la photo
1793 (reprise au chapitre précédent sous le n°1619) on voit nettement le chapelet d'îles et l'endroit présumé de celle qui nous accueillait.

Sitôt débarqués, nous délestâmes les embarcations de tout le matériel et nous partîmes en quête d'un endroit propice pour planter la tente. Nous fûmes d'accord pour un endroit bien ombragé au sommet de l'île entre quelques hautes futaies qui protégeaient du soleil et du vent. Nous fîmes deux équipes. L'une composée de Didier et Luc repartit illico avec le kayak et la tourie vers une île voisine où il y avait une source d'eau potable. Cette île n'avait pas été retenue pour le camping car sans végétation protectrice ; sa seule qualité : avoir une source d'eau potable ! Toujours est-il que nos deux compères s'en allèrent à la quête non du graal mais d'eau potable ! Pendant ce temps-là, Guy et moi montions la tente, mettions en ordre le camp et nous préparâmes de quoi lancer le repas.

Deux bonnes heures passèrent et toujours pas de retour des copains ! On commençait réellement à s'inquiéter lorsque enfin ils débarquèrent. Nous vîmes immédiatement qu'ils avaient l'air penaud et présentaient un profil bas et pour cause ! Si le trajet aller s'était bien passé, le début du retour fut laborieux. Suite à un faux mouvement et au poids de la grosse tourie pleine d'eau, voilà nos deux gaillards qui se retournent avec le kayak et la tourie qui se met à couler. ! La surprise passée, nos deux amis, remirent l'embarcation à l'endroit mais passèrent un temps fou à ce que l'un des deux rentre dedans. Après cette rude opération, il fallut récupérer la dame-jeanne qui heureusement flottait entre deux eaux. Ce ne fut pas une mince affaire car, en apnée, à des profondeurs inhabituelles pour de simples nageurs, ce ne fut pas de la tarte pour la remonter. Une fois en surface, tant que l'engin restait dans l'eau, Archimède nous venait en aide mais une fois qu'il s'agissait de la faire remonter dans le kayak, (25 kg d'eau à bout de bras), le déséquilibre et le manque d'appui firent qu'ils procédèrent à maints essais avant d'y arriver ! Ils retournèrent à l'île de la source pour rééquilibrer le kayak, remonter à 2 dedans et enfin revenir en évitant de se renverser à nouveau. Ce fut matière à raconter et à bien rigoler pour les copains, mais quelle ne fut pas notre déconvenue lorsqu'on s'aperçut que nous avions oublié de retirer toute la réserve de " Belgas " des poches de toile du kayak ! Moralité : on ouvrit tous les paquets et l'on prit le risque de faire sécher les cigarettes qui n'étaient pas en charpie, au soleil sur un vieux tronc. Deux heures après, en plein soleil généreux, elles étaient sèches mais lorsqu'on essaya d'en fumer une, on s'aperçut qu'elles avaient un goût atroce ! Sans cigarettes, ce camp sur le lac Kivu fut pour nous une cure d'air frais.

Cette première alarme passée, nous fîmes le tour de l'île et l'on put chasser quelques ramiers pour le souper qui fut délicieux et sauvage à souhait bien que les ramiers ne soient pas aussi tendres que les pigeons. Le premier soir, après une petite veillée autour d'un feu agréable, nous pensions passer une nuit délectable et douce. C'était sans compter avec les caprices du temps sur le lac Kivu. Vers les deux heures trente du matin, éclata un orage très violent. Un vent assez costaud balayait tout sur son passage et une pluie diluvienne s'abattit sur l'île une heure durant. Malgré les rigoles que nous avions creusées autour de la tente comme c'est l'usage, la violence du déferlement d'eau fit que deux d'entre nous durent relever et maintenir les 4 coins du tapis de sol pour que nos effets et les couchages restent au sec pendant que les deux autres ayant rechaussé leur godasses, s'arcboutèrent contre les piquets principaux de la tente afin d'éviter qu'elle ne s'envole. Ce fut unique à voir : 2 gars assis sur une pyramide de brol recouvert de bâches, tenant les 4 coins relevés pour que l'eau ne s'y engouffre pas pendant que les deux autres maintenaient la tente, les pieds dans les torrents d'eau. Comme toujours aussi, ce genre de turbulence violente ne durait heureusement pas trop longtemps et une bonne heure après, les éléments se calmèrent et il ne subsista plus alors qu'une pluie normale. Au petit matin le soleil réapparut et le ciel bleu aussi ; la température monta assez vite si bien que toutes traces du déluge de la nuit disparurent de nos effets. Inutile de vous dire que la sieste de l'après midi fut longue afin de récupérer des cabrioles de la nuit. Heureusement, Eole nous laissa tranquille et le soleil brilla sans discontinuer jusqu'au retour.

Le troisième jour se passa en beaucoup de natation et en balbutiements de plongée car justement au magasin d'articles de sport tenu par la famille de Didier on avait pu trouver des masques et des palmes. En apprentis " Cousteau ", nous nous en donnâmes à cour joie et malgré le manque d'expérience et de ceintures de plomb, on s'amusa comme des petits fous ! Heureusement aussi que le corned-beef avait été débarqué avant l'incident du kayak retourné sinon, nous aurions dû abréger notre séjour. En effet, pas du tout stupides les ramiers, après notre premier jour de chasse, se planquaient terriblement bien et l'île étant petite, nous étions repérés dès que nous sortions le fusil ! Nos deux dernières nuits furent réellement très douces et l'on dormit avec les bas côtés de la tente relevés pour voir scintiller la lune et les étoiles à travers les branches des arbres qui nous entouraient et nous avaient protégés lors de la tornade de la première nuit.

Tout a une fin, et après une dernière baignade, un dernier repas de midi, nous remballâmes tout notre attirail et sans incident et très heureux de notre camping sauvage, nous rentrâmes au bercail le jeudi 9 avril vers 16h00. Luc et Guy PALANTE ayant encore quelques baies à traverser avant d'arriver chez eux, nous nous séparâmes à l'entrée de la baie de N'GUBA afin qu'il ne fasse pas de la route inutile. Nos " au revoir " furent calmes afin d'éviter les retournements intempestifs ! Il fallut bien sûr rentrer le matériel à la villa de Didier et mettre le kayak au sec tout en vérifiant bien qu'on n'y avait pas fait d'accroc. Crevé mais très heureux de l'être, je rentrai à la maison, non sans d'abord avoir narré, Didier et moi, nos aventures à Mr et Mme van de WERVE. Ils avaient tout de même été un peu anxieux la première nuit lorsque la tornade avait frappé ! Chez moi, rebelotte, mes parents tenaient à savoir comment on avait survécu ! Que du bonheur quoi !

 

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33 Le retour à la normale.

Après un bon bain chaud pour la détente (et non pour le décrassage puisque nous avions été toujours à l'eau) et une bonne nuit dans un lit normal, j'étais prêt pour la fin des vacances. Ce fut alors un mélange de rencontres diverses avec les copains, les copines (surtout) et aussi bien sûr la dolce vita dans la salle des grands au collège qui durant les vacances était ouverte aux internes mais aussi aux externes qui rendaient visite à leurs copains. Sur la photo 1794, on voit nettement souffrir de farniente un interne (Victor HERMAN, à gauche) et deux externes (Alain DELVILLE et Jean Marie LIBBRECHT à droite).

Durant cette dernière semaine, la XXème KIVU fit un camp du 8 au 11 avril à la propriété " HONGO " (Qui ne se souvient de l'eau HONGO !). Le dimanche 12 avril, le docteur SCHYNS, président de l'APEKA, annonce avec joie lors de la réunion de parents que les sections latin - math et latin - sciences sont agréées.
Une nouvelle étape est franchie ! Le second trimestre, vacances de Pâques inclues, se terminait. Il fut très riche en activités et émotions et est resté pour moi une des plus belles périodes que j'ai vécue au CONGO.
Au risque de me répéter, je dirai que je comprenais de plus en plus les copains qui vivaient en brousse et qui pouvaient tous les jours vivre des choses petites ou grandes mais qui rendent si belle la vie. Que ce soit les plantes, les animaux, les contacts humains, les aventures au quotidien du broussard, tout contribua, je crois, au fait que nous soyons tous profondément marqués par ce pays merveilleux !
Le troisième trimestre est là, ça devient hyper sérieux quant aux examens. Bien armé par la mentalité que nos pères jésuites nous inoculaient, j'abordai celui-ci avec une certaine sérénité tout en sachant que ce ne serait pas facile.

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