Bukavu  1958 - 1959
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La Rhétorique ! Premier Trimestre

01 Vacances d'été... à la guitare
02 Départ fulgurant
03 La redécouverte du bassin
04 Ça sent l'écurie !
05 La rentrée !
06 Flash Back !
07 Retour à la chronologie.
08 Merveilleuse APEKA !
09 Grand départ de vedettes.sniff !
10 Appel de la Route !
11 L'imagination au pouvoir (ou tout simplement : comment contourner certaines autorités débordantes. ?)
12 Retour à la culture !
13 Le camp de la faille !
14 NOËL 1958

 

 

01 Vacances d'été... à la guitare

 

 

Inutile de vous dire que les premiers sons furent lamentables, dignes d'une armée de chats que l'on étrangle sans mesure. La torture que j'infligeais à mon entourage devenait intenable. Ma chance fut le calendrier scolaire congolais ! En effet, nous rentrions cette année là le 22 septembre. Les étudiants de Belgique rentrant vers le 2 ou le 3, je me retrouvai seul des journées entières chez ma grand-mère dont je squattai le grenier et là durant des heures, je m'obligeai à faire et à refaire des centaines, voire des milliers de fois les même notes les même accords, de manière à avoir une netteté de son assez appréciable. La cacophonie des cordes qui " coïnchaient " au début fit place progressivement à des suites de notes claires qui avaient le mérite de ne plus blesser les oreilles des proches. Parallèlement à cela, ma tante, sans pitié pour mes doigts en sang m'apprit comment faire les accords principaux et surtout de passer de l'un à l'autre. J'étais loin de jouer comme un pro, mais, un sérieux paquet de chansons scoutes avait déjà été traité. Quelques chansons populaires commençaient à être reconnues par mes auditoires de rencontre.

 

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02 Départ fulgurant

 

Enfin, le 11 septembre, nous reprîmes l'avion pour Bukavu. Toujours aussi belle, la vue du ciel de BUKAVU (1600) nous captive à nouveau.
Cette fois, ce n'est pas le loden mais la guitare à la main qu'on me vit descendre du DC3 ! Cela ne passa pas inaperçu et le lendemain, le groupe LAUCLAFASA dont je vous ai déjà parlé à maintes reprises, me proposa de me joindre à eux pour animer un spectacle avec toute une équipe. En fait, 3 des membres du groupe (pour rappel : Willy Claessens, Jean Pierre Laurent et Gustave FABRIZI) avaient réuni toute une bande de joyeux copains autour du père GOOSENS, pour monter un spectacle de music-hall au profit des enfants congolais : la fameuse " Goutte de Lait " rappelez-vous : la soirée
 précédente eut lieu le 8 mars 1958  (photo 1601). J'embrayai à fond évidemment dans le système. Les répétitions duraient des heures car nous avions à peine quelques jours pour finaliser. Qu'importe, le résultat fut à la mesure de nos efforts et le succès fut au rendez-vous !

 

 Quelques photos illustrent cet après-midi mémorable du samedi 20 septembre 1958. Sur la photo 1602,  on voit tout le groupe sauf Jean Marie Libbrecht à la batterie. De gauche à droite, votre serviteur guitare tenue bizarrement, Gustave qui y joue de l'archet (en bois), Pierre VANKERKVOORDE, raclant son banjo, Willy qui chante en se demandant ce qu'Auguste fabrique. Jean Pierre Laurent plane et notre ami DELELIENNE, tout de noir vêtu se dit : " Je vais vite reprendre les choses en main ! ". Christakis, de connivence avec nous, poussait plein tube sa chanson. Ce fut un moment délirant !


 Enfin, plus sérieusement, sur la
photo 1603, LAUCLAFASA, sans Pierre SAILLEZ (quelque part encore au Kenya comme d'habitude), accompagné de Jean Marie que l'on voit fort bien, moi-même que l'on entrevoit entre Willy et Gustave, Auguste, le grand Delelienne et Mme ??, interprète un de ses grands succès : " Alors Raconte. " de Gilbert BECAUD.
Sur la
photo 1604, j'interprète en playback " Good Golly Miss Molly " de Little Richard, mais dans la tenue  de Pat Boone pour rester correct ! Enfin, sur la 1605, Gustave et moi chantons en direct cette fois : " Buona Sera, Segnorita " de Louis Prima, accompagnés toujours par Jean Marie, Willy et les autres pour le rythme et les choeurs. Le succès fut au rendez-vous (comme pour le groupe LAUCLFASA), nous dûmes l'interpréter plusieurs fois ! Le ton était donné, le départ de ma dernière année fut des plus fulgurants et se présentait sous d'excellents augures.

 

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 03 La redécouverte du bassin

Cette fameuse dernière semaine de vacances fut donc partagée entre de longues répétitions mais aussi des séances de natation au beach du collège afin de nous rafraîchir. La photo 1606 montre le bassin vu du côté opposé au parking terminé l'année d'avant. On y voit les installations en tôle ondulée qui nous servaient à la fois de cabine (par  en dessous) et de transat (au-dessus) pour bronzer avec les copines venues immanquablement nous rejoindre. A propos de ces tôles, rappelons-nous que plusieurs d'entre nous ont gardé un souvenir " déchirant " voire " pénétrant " que les coins de ces vestiaires provoquaient parfois. Des estafilades dignes de fines rapières soit sur un bras soit sur une omoplate, laissaient des cicatrices plus ou moins profondes suivant l'ardeur avec laquelle nous poursuivant, nous grimpions, sautions et dégringolons de ces tôles, frôlant évidemment d'un peu trop près les coins de celles-ci. Désinfectants, mercurochromes, pansements divers et pommades cicatrisantes valsaient allégrement. Depuis, malheureusement, ces tôles ont disparu et ont fait sans doute le bonheur de quelques Congolais en quête de toit. Sur la photo 1607, prise en août 1989, on constate la disparition non seulement des tôles mais aussi de tout ce qui est bois du plongeoir. (Pauvreté nécessite mayele.)

Enfin, il est vrai que nous redécouvrions le beach avec d'autres yeux ! Nous avions 16, 17 ou 18 ans mais fatalement les copines aussi ! L'ambiance de  ces heures au soleil en charmante compagnie était différente, forcément des années précédentes. Si les bikinis n'avaient pas encore bousculé les habitudes, les monopièces à la Esther Williams nous enchantaient aussi, croyez le bien. La photo 1608 nous illustre cette dernière assertion ! On y reconnaît deux des filles de Monsieur VERBOVEN : Francine et Christiane.

 

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 04 Ça sent l'écurie !

 

Cette dernière semaine-là aussi, voyait rappliquer par petits groupes les  internes des 4 coins des provinces avoisinantes. La patinoire restait relativement peu peuplée ces derniers soirs (photo 1609), les internes étant soit dans les salles de jeux soit dans les ateliers divers qui les passionnaient. L'occupation de l'étude était alors très relax (photo 1610). On y voit entre autre le père Claes (dit Bilulu), avant son retour en Belgique, au milieu Guy Van GREEMBERGHEN avec sa chemise à carreau et Alain Delville en chemise et capitula blanc. (Que ceux qui se reconnaissent se fassent connaître en joignant un petit mot à notre livre d'or !)
Comme d'habitude à cette période de l'année, KAMEMBE vibrait intensément au rythme des DC3 ramenant inlassablement les brebis au  bercail. La
photo 1611 immortalise l'atterrissage d'un de ces célèbres avions. La photo 1612 nous montre un de ces petits porteurs qui commençaient à gonfler le team des zincs de la plaine ! Sur la 1613 on assiste au contraire à un départ : qui s'y reconnaît ?
Mon frère, préférant la mécanique, fut inscrit chez les Frères de l'Ecole Technique du Plateau ; endroit magnifique s'il en est pour dominer tout le paysage de Bukavu et de ses environs. A gauche, vers KAVUMU, au centre le lac et Bukavu, à droite, le Ruanda etc.Les photos :
1614, 1615, 1616, 1617, 1618, 1619, 1620, nous montrent différentes vues prises sur la route qui mène " au Plateau ". Plus particulièrement, les photos 1617, 1618 et 1619 nous montrent que le pensionnat de la Sainte Famille était situé en dessous de l'Ecole Technique.
Sur la route du retour, le panorama du KAHUZI et du BIÉGA permettait de terminer l'après midi avec une touche d'enchantement.(
photo 1621).

 

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 05 La rentrée !

 

Après un dimanche de repos agrémenté du film " Fernand le Clochard ", la rentrée effective se fit le lundi 22 septembre. Nous étions alors 952 élèves dûment inscrits et quelques jours plus tard, le drapeau flottait sur la cour des petits : on venait d'enregistrer le 500ème élève en section préparatoire. Le dimanche 29, après le film Casimir avec Fernandel, notre troupe théâtrale flamande nous interpréta " Het Onstuimig Hart " , autrement dit : le Cour Impétueux ! Comme Obélix, nous retombions d'un seul coup dans le bouillon de culture concocté par nos enseignants !
Le début octobre vit ses traditionnelles retraites mais avec une variante de taille : les rhétos n'y participent plus !, Nous avions la nôtre à nous rien qu'à nous et dans un site à part ! Les autres grands eurent le père Turner, les 3ème et 4ème le père Goux, les 5ème et 6ème furent pris en main par le père Van den ABEELE. Nos amis flamands eurent le père VIVEX et les petits le père COEN. Les préparatoires flamandes allèrent avec le père Van Hamme. Le vendredi 4 octobre, après 3 jours de retraite sérieusement suivie pour la plupart, il y eut un jour de congé. Les grands en profitèrent pour élaborer un solide jeu de nuit du côté de Kamembe.
Si bien sûr le site de l'aérodrome permet de donner un réalisme surprenant à nos combats entre Japs et Ricains, je voudrais évoquer ici surtout l'après jeu de nuit ! En effet, qui ne se souvient pas à un moment ou à un autre, de cet instant inoubliable où le père préfet et Félix, ouvrant la ridelle du " Studebaker " donnaient accès à cette énorme casserole de chocolat chaud dont le parfum envahissait nos narines et nous flanquait une fringale de Dieu le Père ! Quelle razzia sur les couques au beurre ! Le gobelet brûlant dans une main, la couque dans l'autre, les commentaires sur les aventures fraîchement vécues commençaient alors.

Les moyens, après une raclée monstrueuse administrée par leurs collègues congolais du collège des Barnabites (1 - 6 !!) participèrent à un feu de camp à la " Michaudière ". Les petits s'exilèrent à SHANGUGU. Le lendemain dimanche 5, notre VICTORY épongeait la défaite de la veille en battant l'Entente USUMBURA de 3 à 1.
Ce jour-là aussi fut festif car l'on accueillit le père de WILDE, qui nous revenait pour remplacer notre Pif national (le père CROOGAERT) rentré en Belgique. Le lendemain, culture oblige, un cinéforum nous attendait : L'appel d'un inconnu, de Jean NEGULESCO.

 

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06 Flash Back !

 

Un petit retour en arrière s'avère ici nécessaire car, qui dit rentrée dit forcément " nouveautés ". Elles furent de taille !
Tout d'abord, en temps que scientif', nous passions d'un gentil Monsieur Pass, comme titulaire, prof de math et de chimie, à une tout autre personnalité : Monsieur Van der WILT Gaston dont vous pouvez admirer la prestance sur la
photo 1622 ! Alors là, nous passions du doux labrador au doberman grondant, de  la calèche bien suspendue au bulldozer surpuissant ! Nous apprîmes rapidement qui était ce prof de math, pourfendeur de Diogène, copain d'Erathosthène et grand préparateur à nos futures études. Sa discipline n'avait d'égal que sa rigueur. Il était tellement passionné par ses maths qu'il donnait cours sans la moindre note et pendant que nous ramions, ce monsieur exultait dans ses équations, planait à travers ses coniques !
Des manies par paquet, des expressions colorées, tout cela contribua à faire de nous des matheux convaincus. Gare à celui qui n'avait pas sa ficelle ou son lacet pour tracer les circonférences ! Gare à celui qui n'avait pas son quart de feuille pour l'interro surprise systématique ! Notre ami Yvon BULTOT, souvent visé, eut la palme des étudiants interpellés : M. BULTOT, vous n'êtes qu'un tube digestif foutu, tout rentre d'un côté, tout sort de l'autre, rien ne reste ! ou bien encore : M. BULTOT, vous êtes une grande lumière mais il n'y a pas de courant !...
A la fin d'une démonstration, si vous aviez oublié d'encadrer la formule finale ou le résultat, le tonnerre se déchaînait. On avait droit à un mètre de large à la fois au tableau pour écrire son texte et ou sa démonstration et, arrivé au bas du tableau, s'il fallait continuer, l'oubli d'une ligne verticale de séparation entraînait les foudres du sieur Gaston. Si cette " verticale " était plutôt une oblique, il fallait vous attendre à une cinglante remarque qui en général faisait bien rire l'auditoire, mais pas vous !
Enfin, trêve de plaisanterie, ce " Bulldozer " avait un grand cour et malgré son folklore parfois envahissant, il sut nous mener à la réussite et surtout à la volonté de cultiver la rigueur, la persévérance mais aussi la volonté de la réussite sans écraser le voisin et cela par l'entraide, le travail en équipe, la solidarité. Grâce à lui, nous pûmes décrocher l'autorisation d'étudier ensemble en classe, au lieu d'aller à l'étude, le plus fort aidant le plus faible suivant les matières où il était le plus performant. Je reviendrai plus tard sur cet avantage qu'avaient les rhétos internes de ne plus devoir aller à l'étude classique. Comprenant l'outil merveilleux que ce monsieur nous mettait en main et habitant à 2 pas du collège, je demandai à mon père de me laisser à l' " étude " avec les autres et je pus bénéficier du système. Sa marque fut tellement forte que dans toute ma carrière d'ingénieur - professeur, dès que je passais à la planche, je retrouvais les réflexes et manies antérieures : encadré des formules, séparations claires des textes au tableau, circonférences presque parfaites et surtout l'emploi du terme juste, des expressions adéquates . Merci Monsieur Gaston.

" André B. qui l'a bien connu se rappelle exactement ce cyclone qu'il a du reste fort apprécié. Monsieur Van der Wilt a aussi été un chef scout volontaire (chef de l'unité du collège) et un terrible passionné de Napoléon et surtout de la bataille de Waterloo. Il n'hésitait pas, à la fin de l'année, quand on le lui demandait, de donner en classe une conférence sur cette célèbre bataille avec ses soldats de plomb à l'appui du tonnerre de ses canons ! "

A côté de l'ouragan, le calme doux des îles tropicales : le révérend Père Emile Janssens dit " MIMIL ".
Rigoureux dans ses propos, précis dans ses explications, exaltant dans ses exposés, pointilleux et convaincant dans ses démonstrations, le tout nappé d'une gentillesse constante, voilà le souvenir impérissable que m'a laissé ce grand professeur. La
photo 1623 ne laisse aucun doute sur la jovialité du père Janssens. En  temps que matheux, nous avions avec lui surtout le cours de français, et de culture générale. Son savoir extrêmement étendu nous soutint toute l'année et son humanisme était de grande qualité.
C'est avec émotion que je relis chaque fois ses feuilles préparatoires au cinéforum qu'il organisait. Que ce soit " L'appel d'un étranger ", dont question ci-avant, " Avant le déluge " d'André Cayatte ou le " Jeanne d'Arc " d'Otto Preminger, il savait en quelques mots développer le sujet sans le déflorer et en même temps donner une critique très réaliste de l'ouvre. Je crois que son savoir n'avait d'égal que son honnêteté. Quand il nous expliquait le " Bouddhisme " par exemple, il entrait littéralement dans la peau d'un moine bouddhiste et développait avec grande précision tous les tenants et aboutissants de ce culte. Dans une seconde phase, il nous démontrait magistralement la préséance, la supériorité du message du Christ. Nous étions à la fête à ses cours.

 

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07 Retour à la chronologie.

 

Le 12 octobre 1958, une messe du soir nous rassembla en la Cathédrale pour le repos de l'âme de sa Sainteté Pie XII. Il s'ensuivit une semaine normale mais bien sûr histoire et mémoire oblige, nous eûmes droit au vendredi 17 à un congé pour commémorer le 50ème anniversaire de la reprise du Congo par la Belgique. Ce fut à nouveau l'occasion pour les internes de filer en excursion. Les grands envahirent la vallée des cynocéphales, les moyens, Katana et les petits quant à eux eurent d'abord leur fête athlétique au collège puis s'échappèrent aussi à Katana.
Il est vrai que l'âge aidant, les relations diverses, les rencontres familiales et les activités de routier supplantèrent quelque peu les excursions faites avec les internes. Priorité fut accordée aux excursions de classes (internes et externes ensemble) ainsi par exemple cette excursion des poésies gréco-latines en mai 58 illustrée sur la photo
1654.
Il y avait surtout le fait que comme externe, il m'était facile de véhiculer en ville, que ce soit en moto avec Didier van de WERVE, en voiture avec Jean Marie LIBBRECHT ou encore avec la Citroën 11 CV noire que Klaus HUYS rafistolait avec du fil de fer, du papier collant et de la ficelle ! Les rencontres avec les " grandes filles " du pensionnat devinrent fréquentes, favorisées en cela par les dispositions prises par nos chers éducateurs.

 

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08 Merveilleuse APEKA !

 

La création, l'année académique précédente, de l'APEKA, autorisant les poètes et rhétos du collège de rencontrer systématiquement leurs homologues du pensionnat à la salle verte à chaque entracte des manifestations culturelles, fut une initiative qui connut un succès évident. Comme les choses s'étaient très bien passées, cette APEKA (Association des Parents et Éducateurs du Kivu) poussa le bouchon plus loin et nous autorisa à avoir notre soirée dansante trimestrielle ! Ce furent des soirées inoubliables, car sous l'oil " paternel " de nos profs (qui tenaient le bar !) nous pûmes nous en donner à cour joie dans les démonstrations de rock, tcha tcha, tango etc. On n'échappa point au Hulla Hup de 1958. Quand on fait les comptes, une fois par quinzaine au moins, il y avait prétexte à rencontre à la salle verte. Parallèlement à ces rencontres propres aux rhétos, il y avait bien sûr les rencontres privées ; les soirées dansantes chez Monique GÉNIS par exemple ou chez Betsy WYNANDI ou encore chez Pierre SAILLEZ et j'en passe. Les photos 1624, 1625, 1626 et 1627 témoignent de bons moments. Les rencontres familiales aussi allaient bon train. Les DOTREMONT et VAN DEN BERGH, les QUINTENS, LAURENT, GILON, LUIXCK, van de WERVE et d'autres restant les amis du début, nous avions étendu nos connaissances. Nous eûmes beaucoup de contacts par exemple ave la famille VERBOVEN, dont le père, ingénieur m'invita à plusieurs reprises à échanger sur le métier d'ingénieur. de là à trouver ses filles sympathiques, il n'y eut qu'un pas. allégrement franchi !
En plus ce monsieur VERBOVEN, directeur de l'OCA, (Office des Constructions Africaines) de Bukavu, achevait la construction du Centre Familial Coutumier (CFC) de BAGIRA ; la section des grands fut invitée à le visiter sous sa direction le samedi 18 octobre. Ce fut aussi ce monsieur qui fut responsable de l'élaboration de la route asphaltée BUKAVU - KAVUMU dont nous visitâmes le chantier au km 12 en 1956.

La photo 1628 montre ce monsieur VERBOVEN sur le carrousel à chaînes de la station " Les Bambous " de KAMANIOLA. Derrière lui on aperçoit sa plus jeune fille Jacqueline  et son aînée Eliane (malheureusement décédée en décembre 1987). Cette photo fut prise le lendemain de la visite à BAGIRA, donc le dimanche 19 octobre. C'est par l'intermédiaire de la famille DOTREMONT que nous apprîmes à connaître plus intimement la famille VERBOVEN. Comme il possédait aussi une magnifique Chevrolet 1956 identique à celle de Mme QUINTENS (photo 1423 ), ce fut toujours un réel plaisir de me trouver coincé sur la banquette arrière entre les grandes filles ! Et de KAMANIOLA à Bukavu, il y en a des tournants !...

Ce même 19 octobre, à l'occasion de la semaine des missions qui venait de se terminer et durant laquelle il y eut collectes diverses et ventes de calendriers des missions (+/- 500 rapporte le chroniqueur d'Orientation), des félicitations allèrent aux élèves de la section préparatoire car ils vendirent à eux seuls la majorité des calendriers !
Une semaine studieuse nous attendait du 20 au 25, mais le 26, re-belotte ! Le collège défila fanfare en tête en ville pour la messe du Christ Roi comme l'année d'avant à la même époque. (On peut revoir les photos
1256 à 1266 de 1957)

Ce dimanche-là aussi, le VICTORY pila l'Athénée de 5 à 1 ! Avec le mois de novembre, arriva le week-end trimestriel ; grands et moyens se firent dorer sur les berges du TANGANYKA à UVIRA et MBOKO ; les petits en profitèrent pour retourner à NYA NGEZI.

 

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09 Grand départ de vedettes.sniff !

 

Ce premier novembre marque le départ de nos vedettes du plongeon, (grandement appréciés de la jeunesse féminine bukavienne), routiers de qualité et bons copains : Luc et Jean-Marie VAN DEN DRIESSCHE avec leur famille embarquent pour Léo où leur père vient d'être nommé. Sur la photo 1629 , on assiste à leur sortie du hall SABENA. Luc tient un gros paquet, suivi de Bernard, dont on ne voit que la tête coiffée en brosse. Jean Marie, guitare à la main sourit à Chantal Laurent. En bas à gauche, Thérèse DUCHÂTEAU, en partie coupée et Eliane sa sœur, les bras croisés rient d'une boutade lancée par l'un d'entre nous. A côté de JM, on voit madame VAN DEN DRIESSCHE , maman de Jean-Marie et Luc, puis Christakis CHARALAMBIDIS en tenue de routier et enfin, à l'extrême droite, le père VIVEX, aumônier du " Clan du Feu ". Nous étions venus ce jour, et en uniforme, pour saluer le départ de nos deux valeureux compagnons. !

Dans le même temps, à Usa, le VICTORY pilait l'UFC de 6 à 2.
Le lendemain, 2-11-58, nous eûmes droit à la projection du film " Le trou normand " avec l'apparition de Brigitte Bardot aux côtés de Bourvil.

Le père Janssens rattrapa la sauce de la culture en nous convoquant le 4 au cinéforum : " Avant le déluge " d'André CAYATTE et avec Marina VLADY toute jeune . Le dimanche qui suivit, le VICTORY confirma sa super forme en écrasant le KFC : 6 - 0. Il faut rappeler que dans l'équipe aux cotés de messieurs WESTHOVENS, MORTIER et MOENS (dit mupanga !), il y avait une série de champions tels André BOLLO, Yvon BULTOT, Gustave FABRIZI, Joë (Jean) DEPELCHIN et Alain DELVILLE et d'autres encore. Une technique sûre et une énergie sans bornes leur donnaient des ailes ! Du 9 au 15, ce fut d'ailleurs une semaine de tournoi de foot pour toutes les sections d'internes, d'externes du collège comme de l'athénée. Les petits eux, s'embarquèrent pour l'endroit magique des " Bambous " à KAMANIOMLA.

 

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10 Appel de la Route !

 

Le vendredi 14 novembre, après une solide journée de cours, une équipe de routiers, formée de Guy NOTTE, Jean Marie LIBBRECHT, Eric MOUBAX, Christakis CHARALAMBIDIS, Gustave FABRIZI, et moi-même partîmes sous la houlette du père VIVEX pour un hike important. Nous allions dans la région du KAHUZI chez un jeune colon, isolé avec son épouse, en pleine montagne. Sur la route, la nuit tombée puisque nous étions partis déjà vers les 18 heures, on nous largua par paires du camion, comme des commandos (mais des plus pacifiques), tous les 500 mètres, avec comme mission de traiter d'un sujet d'altruisme chrétien avec notre compagnon de route. Le temps d'effectuer le chemin à pied, au clair de lune, devait être suffisant pour épuiser le sujet et en proposer une synthèse après le repas ! Il arriva ce qui devait arriver et après une bonne heure, tous les binômes se regroupèrent . Cela permit à Eric de tirer une belle photo nocturne. C'est la 1630 sur laquelle on voit de gauche à droite : Guy, Jean Marie assis, Christakis le bâton à la main, moi-même et Gustave.
Le trajet effectué à pied, en pleine nuit, avec juste nos lampes et bien sûr sans armes, (la sécurité étant absolue à l'époque), nous amena vers 22h30 à la plantation de ce jeune colon dont j'ai malheureusement oublié le nom et qui était en fait notre chef d'unité. Nos appétits étaient décuplés par cette marche. La charmante épouse du chef l'avait prévu et nous avait préparé un excellent repas chaud, bien arrosé de ce vin rouge portugais qui se vendait en " dame jeanne " à Bukavu chez KINO pour ceux qui s'en souviennent! Inutile de vous dire que la soirée se prolongea bien tard et qu'après le débriefing de nos cogitations sous la lune, nos chants fusèrent généreusement, le vin aidant. Eric nous reprit en photo vers 1 heure du matin. Sur celle-ci
(1631 ) on voit de gauche à droite Guy, notre hôte, Christakis de dos, le père Vivex dans le fond et vautré en position très relax, notre ami Jean Marie. Nous sentions diffuser en nous toute la chaleur de l'accueil si typique des coloniaux.

Enfin, la raison l'emporta et l'on gagna nos sacs de couchage respectifs. Le lendemain, samedi 15 : grand jour pour quatre d'entre nous. Gustave, Christakis et moi passâmes " compagnon " et Eric, nouvellement entré à la route, fit sa promesse scoute. Une fois la messe et les cérémonies terminées, nous explorâmes la plantation et nous eûmes l'opportunité d'apprendre à tirer au fusil à éléphant. Bien qu'habitués au vieux " mauser " du CVE (Corps Volontaires Européens) le recul en fit bondir plus d'un !... Ne faillant pas à sa réputation de cordon bleu (j'aurai l'occasion d'y revenir) l'épouse de notre chef nous proposa un succulent dîner après lequel nous reprîmes la route, la tête pleine de souvenirs de cette contrée magnifique des abords du KAHUZI. Ce fut pour moi un hike inoubliable et d'ailleurs, actuellement, dans mon bureau, j'ai la photo 1630 en agrandissement '45x30' encadrée. Cette soirée du 14 confirma les solides amitiés qui nous rassemblaient. Rentrés dans nos foyers, la vie civile nous reprit, et le dimanche 16 se termina par le film " Commando sur Saint Nazaire ".
L'étude de la guitare continuait avec acharnement et au-delà des chansons scoutes qui restaient toutefois prioritaires, les chansons de Brel, Brassens, Béart remplissaient mon carnet de prestations. S'ajoutaient aussi Marie José Neuville, Gloria Lasso. (photo
1632 et 1633 )

 

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11 L'imagination au pouvoir (ou tout simplement : comment contourner certaines autorités débordantes. ?)

 

Il est vrai que l'autorité paternelle des années 50 avait une certaine ampleur.qu'on ne retrouve plus tellement maintenant. Quand je rentrais le vendredi avec une carte dont la couleur n'agréait point à mon père, la ou les sanctions étaient parfois " embêtantes " surtout s'il s'agissait de privation de réunion scoute, cinéma ou rencontre avec nos consours programmée pour le week-end. Pour ma part, j'avais trouvé un système me permettant de ne pas rater cinémas ou pièces de théâtre proposés au collège le dimanche en fin d'après midi. Grâce à la proximité du collège (pas plus de 500 mètres), à l'architecture des maisons congolaises et la complicité de Serge TRIPEPI, préposé à l'ouverture et à la fermeture des portes de la salle des fêtes, je ne ratai plus une séance ni une représentation. Voici comment je procédais !

La séance était à 17 h 00 et mon père appréciant tailler une bavette avec l'un ou l'autre avant la séance, partait avec ma mère et mon frère vers les - 20. Malgré les 500 mètres qui nous séparaient de la salle, il prenait immanquablement sa voiture et devait donc parquer celle-ci, puis seulement se rendre à la salle. (Toutes ces minutes étaient précieuses !). Dès qu'ils étaient sortis de la parcelle, je fonçais à la cuisine, j'y préparais le café dans la chaussette de la cafetière et je remplissais la bouilloire d'eau. L'allumette était même sortie de sa boîte et prête à être craquée. Le boy étant en congé le dimanche, je dressais la table pour le repas du soir puis revenant dans ma chambre, j'étalais ostensiblement mes notes de cours, cahiers et documents divers sur mon bureau. Comme mon père avait la clé de la maison en poche (j'étais sensé ne pas sortir et ne recevoir personne), je passais par la fenêtre qui je le rappelle s'ouvrait vers l'extérieur comme dans beaucoup d'habitation de l'époque au Congo (revoir la 1632 ). Je rabattais l'ouvrant en laissant coulisser la tringle d'attache qui ne se calait pas puisque j'étais à l'extérieur. Les tentures bien fermées de l'intérieur, la lampe de bureau allumée et la radio en douce, tout cela donnait l'impression d'une occupation systématique même la nuit tombée.
Je piquais un sprint jusqu'au collège où j'arrivais quelques minutes après le début de la première partie. J'entrouvrais la porte de la salle mais comme le rideau de protection était tiré par Serge dès la fermeture, il n'y avait pas de lumière parasite pour me trahir. Dans la combine, il me réservait une place près de lui. Dès la fin de la première partie, avant qu'on ne rallume, je filais à l'anglaise et allais m'installer à l'étage, à mon aise, assis par terre contre le muret du balcon, dégustant une excellente " belga ", en attendant l'un ou l'autre voire l'une ou l'autre copine au courant du système et venant faire la causette avec moi. Au coup de sonnette tout ce petit monde réintégrait la salle et moi, je recommençais le manège avec Serge. Dès l'apparition du mot fin, je piquais un sprint dans l'autre sens et repassant par la fenêtre, j'allumais le gaz sous la bouilloire, j'allumais dans le living et la cuisine et je sortais les victuailles du frigo. Leur causette d'après film me laissait tout le temps de commencer à passer le café et du coup, dès qu'ils rentraient, ils étaient séduits par l'odeur de ce bon café du Kivu qui flottait dans toute la maison. Ma mère se confondait en remerciements, mon père était fier d'avoir un fils non rancunier et mon frère se faisait un plaisir (au début) de me raconter le film. Dans la suite, mis aussi dans la combine, il arrêta de me raconter ce que je savais déjà. Bien des années plus tard, mon père a bien ri quand je lui dévoilai l'astuce, m'avouant que de son côté, il avait aussi développé des trucs pour contourner l'autorité paternelle. (Ouf, les traditions ne s'étaient pas perdues !)

Remarque d'André B. : " Hé ben, mon vieux ! Avec une telle intelligence dans les préparatifs du méfait.. j'en connais un qui aurait pu s'en aller tout droit sur les routes du crime, de la maffia et . des travaux forcés!.. Faut croire que notre " Stella duce " t'a mené, malgré toi, dans les voies de la sagesse et de la repentance !.. Affaire à suivre. Voir paragraphe 13 "

 

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12 Retour à la culture !

 

Le lundi 17 novembre, le père Janssens mous pilota dans l'exposition de " Peintures belges d'un demi-siècle " au cercle Léopold II. Le lendemain, débutèrent les travaux d'aménagement du grand parloir du collège et un grand écusson en mosaïque fut encastré dans le pavement. Ce fut un don de l'architecte COLLA.

Une conférence de plus nous attendait dans le cadre de la série " Exploration du Monde " : 'Au pays des Femmes Girafes'. Privilèges obligent, les rhétos furent les seuls 'grands' à assister à la très dure pièce de théâtre : " Inquisition " de Diego FABRI le samedi 22.
Le lendemain, le VICTORY égalisa avec le BFC (1-1) ; nos joueurs semblaient vraiment fatigués ! Dans la foulée nous eûmes droit le samedi 29 à la représentation théâtrale de " Kinderen van ons volk " d'Antoon COOLEN, interprétée magistralement par nos amis du VLAAMSE VRIENDEKRING. A ce sujet, je dois dire que mon père, wallon trilingue (français, flamand, italien), allait régulièrement grimer les acteurs du VLAAMSE VRIENDEKRING, qui après leur représentation, démontraient bien que la fête flamande n'existait pas seulement que dans les tableaux de Breughel ! Nos amis du Nord savaient faire la fête ! Enfin, on était un samedi soir donc. !

Le lendemain, dimanche 30 novembre, fut l'occasion pour l'APEKA dont question plus haut, de se réunir à la salle de récréation des externes et le père Recteur y exposa quelques idées concernant l'éducation de la jeunesse moderne. Tout ce que j'en sais, c'est que nos rencontres dans la salle verte à chaque manifestation culturelle et nos soirées dansantes étaient plus que jamais maintenues. Le film " Mon Frangin du Sénégal " clôtura ce bon dimanche. La semaine qui suivit, le mercredi 3 décembre, pour être précis, un événement important survint : son Excellence Mgr Van STEEN vint consacrer la nouvelle chapelle des " Boys ", dédiée à Saint François Xavier, enfin terminée. Le père VUYSTEKE P.B. fit le sermon de circonstance. Cette magnifique et spacieuse chapelle se trouve sur le côté, derrière la grotte. (Photos 1634 et 1635 ). Des années plus tard, cette chapelle devint l'église officielle de la paroisse de N'Guba où notre ami Alain DELVILLE devenu père jésuite, officia comme vicaire avec notre cher père SOMERS comme curé.
Le 6 décembre, grand jour des enfants et arrivée solennelle du grand Saint Nicolas au collège. Cela encouragea sans doute notre équipe de volley qui submergea le STA de 3 à 1 ! Si Saint Nicolas couvrait de bonbons et de petits cadeaux les élèves du collège, il n'oubliait pas pour autant les petits Congolais qui attendaient sa visite. C'est pourquoi, doué du don d'ubiquité, il se rendait dans les autres collèges voire même aussi dans les sociétés qui fournissaient du travail à beaucoup de Congolais. Sur la
photo 1636 , on voit le grand Saint Nicolas (alias Raphaël ANSIEAU) prêt à partir pour inonder de cadeaux les enfants des travailleurs de la brasserie " Primus " de Bukavu. Sur le film de famille, on le voit arriver en superbe " Buick " décapotable comme notre Roi Baudouin en 1955 !.

Le dimanche 7 décembre au matin, nous eûmes une séance spéciale des Jeunesses Musicales : " Hortus Musicus " et l'après-midi le collège avait prévu un film qui m'a beaucoup marqué par ses paysages et son thème : " Quand les vautours ne volent plus ", film tourné à la gloire des conservateurs de parcs qui luttèrent avec acharnement contre les braconniers et trafiquants de tout poil pour sauvegarder l'équilibre naturel et les espèces protégées (photo 1652 ). Quand on voit le cri d'alarme poussé par le WWF au parc Albert  par son représentant local Marc LANGUY, fils de notre collègue Guy LANGUY (rhéto 51) quant aux braconniers ougandais et ruandais complaisamment protégés par leurs gouvernements respectifs, on peut se dire que le film était vraiment prémonitoire !
Le théâtre des Galeries nous revint le jeudi 11 pour une représentation de " l'Homme au Parapluie "de W. DINNER et MORUM.
La fin du trimestre arriva en galopant et les examens se succédèrent Le 16 le film " Les Rats du Désert " nous replongea dans l'ambiance de nos jeux de nuits. Ce fut la seule distraction de cette dernière semaine qui se voulait studieuse à souhait, examens aidant ! Un dernier regard vers l'étude des primaires, examens terminés (
photo 1644 ) et ce fut l'hémorragie des premiers internes rentrant at home !

 

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13 Le camp de la faille !

 

En ce qui concerne le début de ces vacances de Noël, je fus invité en tant que routier à accompagner mon ami Didier van de WERVE au camp qu'il organisait pour sa patrouille. 5 jours en brousse, en pleine nature, cela ne pouvait que me séduire. Ce camp se fit aux environs de NYA NGEZI, sur le bord de la plantation d'un certain monsieur BASSELIER, personnage haut en couleur, colon de la presque première époque, arrivé au début des années 20 dans la région de Stan et qui (le monde est plein de raccourcis de l'Histoire) avait accueilli mon parrain en 1928 lors de son arrivée à Stan. Il se souvenait particulièrement de lui car ils étaient " Binchoux " tous les deux ; et Dieu sait combien les gens de BINCHE sont chauvins ! Après bien des pérégrinations, il se retrouvait heureux, du côté de NYA NGEZI avec sa plantation de fruits et il avait une grande spécialité : les vins de fruits. Son cheval de bataille : le vin d'orange.

Parti de chez moi, avenue du Prince Régent (photo 1637), on sort de la ville après être passé sur le côté de KATUTU et au début de la route de NYA NGEZI (photo 1638) le terrain ne semble pas trop tortueux, mais cela change aussi très vite : les paysages se succèdent et c'est la féérie des escarpements. (Photos 1639, 1640, 1641, 1642 ).
Ce camp fut inoubliable à plus d'un titre. Route agréable tout d'abord, mais petit incident mineur à l'arrivée, un restant de potopot aidant : le père de Didier et le mien se rentrèrent dedans avec leur bagnole à l'endroit de camp. Heureusement peu de casse et tandis que les paternels ouvraient leurs carnets d'assurance en partageant belgas et primus, nous eûmes la surprise de découvrir l'endroit où l'on nous permit de dresser les tentes : un terrain en terrasse face à une vue imprenable sur la vallée de la RUZIZI (photo
1643). Cette vallée tourmentée présentait des flancs assez abrupts avec des endroits de faille qui de loin semblaient très accessibles.
Enfin, revenons à notre installation. Monsieur Basselier, vieux broussard avait fait préparer par son personnel un vieux tronc d'arbre sur un endroit complètement débroussaillé et désherbé. Ce tronc était farci latéralement de bûchettes et de petit bois entrelacé avec des herbes très sèches. Un travail d'artiste ! Il invita son boy à y mettre le feu. Bientôt, tout le pourtour de l'arbre se consuma progressivement et il nous certifia que notre feu, sauf pluies torrentielles, nous accompagnerait tout le long de notre séjour et ce fut le cas. ! Quelle facilité ! Quand les scouts cuisinaient, il leur suffisait d'activer le feu à un endroit du tronc et des flammes ne tardaient pas à jaillir. Peu de temps après, quelques belles braises étaient déjà disponible et dignes des meilleurs barbecues. Du coup, tous les soirs, feux de camp ou veillées sans problèmes de feu puisque quelques coups de chapeau scouts bien secoués et hop, " monte flamme légère, feu de camp si chaud si doux. "; la guitare et mes doigts chauffèrent aussi ces soirs-là !
Au petit déjeuner : des rôties évidemment, puisqu'il suffisait de se baisser, de quelques brindilles et d'un peu de souffle ! Quel hike de luxe, surtout que de temps en temps, nous étions invités sur la barza de monsieur BASSELIER pour déguster un verre (ou deux) de son bon vin d'orange que nous appréciions. Autre cerise sur le gâteau, nous fûmes invités par les gens du territoire, à la projection d'un film à 19h00 le dimanche, dans une grange aménagée. Sur un mur blanc bien peint à la chaux, le film " L'île aux passions ", (un de ces nombreux films tournés en série aux studios CINECITTA) nous émerveilla surtout par la quantité de gentes demoiselles du style Gina LOLLOBRIGIDA.
Enfin, ne vous inquiétez pas, nous fîmes pas mal d'activités scoutes tout de même. Stalking, théorie, nouds, brelages, chants, parcours boussoles et randonnées, jeux d'approches et . jeux dangereux : je vous explique.

La photo 1643 montre le spectacle que nous avions devant les yeux tous les jours. Nous étions vraiment attirés par ces ondulations de terrain, de loin exclusivement herbeuses et bombées à souhait. Nous décidâmes d'une excursion jusqu'au pied d'une de ces failles et puis de suivre sa courbure pour revenir par les crêtes situées sur la droite du paysage grandiose qui s'ouvrait devant nous. ! Sitôt dit, sitôt fait, le départ fut donné. Musettes et gourdes bien remplies, nous partîmes vers l'une de ces failles qui nous paraissait la plus accueillante. Après 2 heures de marche par les petits sentiers découverts au fur et à mesure, nous arrivâmes plus ou moins au tiers de la hauteur de l'une de ces failles ondulées. Sur place, l'impression de douce courbe fut remplacée par celle d'un talus qui flirtait avec la verticale mais heureusement, bourrée de grosses touffes d'herbes où l'on pouvait s'accrocher. Après un bon petit piquenique et nous être bien désaltérés, les idées furent plus claires et l'évaluation des risques aussi. Les moins friands d'escalade firent valoir que la pente était ardue et que s'embarquer sans conviction dans ce genre d'aventure n'amènerait rien de bon. La raison l'emporta et le second de patrouille fut chargé de ramener au camp le groupe (de raisonnables) par le chemin effectué le matin, tandis que trois téméraires (le terme juste devrait être cinglés !) décidèrent de revenir par les crêtes. Les trois illuminés étaient Didier, le scout " de Malingreau " (dont je vous avais conté l'algarade avec le père CUYPERS et ses canas), et moi-même.
Après un dernier " shake hands " digne des meilleurs films d'Errol FLYNN, nous entreprîmes de rejoindre le sommet de la faille.

On monta, monta, monta. Au fur et à mesure de la montée, changement de décors ! L'herbe était de plus en plus petite, la pente de plus en plus raide et la terre de plus en plus friable ! Intrépides, nous continuions tout en sentant bien que notre inexpérience en grimpette allait nous desservir ! En effet, il fallut se rendre à l'évidence : continuer tout droit était impossible, la verticalité empêchant toute progression, la friabilité de la terre empêchait elle, de revenir en arrière. Nous voilà donc plus ou moins bloqués au 8/10ème de la hauteur de cette " foutue " faille.
Je me suis rappelé alors l'aventure des collégiens perdus au KAHUZI et que la Force Publique recherchait au son du clairon le lendemain ! Heureusement, nous ne perdîmes pas notre calme. On s'octroya une pause accrochés comme des araignées, sans oser se pencher en arrière sous peine de perdre l'équilibre. On décida alors de s'encorder et de progresser latéralement, un à la fois, vers un endroit où la courbure semblait plus clémente. Didier le premier, s'exécuta ayant suffisamment de mou, de MALINGREAU suivit vaillamment sans montrer qu'il avait peur. Il aurait pu car ce fut un passage difficile. Ses pieds ne tenaient pas dans les mottes de terre qui se désagrégeaient ; il glissait tout en progressant, mais rassuré tout de même par la corde qui le reliait à Didier, quelques mètres au-dessus de lui et à moi, quelques mètres en dessous. Quand ce fut mon tour, je m'aperçus que les herbes trop courtes ne me permettaient plus d'avoir une prise valable, il me fallut, au couteau, faire des encoches pour y mettre les poings et progresser tout doucement afin de ne pas glisser vers le bas et entraîner les autres. Après une progression fortement ralentie par ces difficultés, nous eûmes la chance d'arriver auprès d'une zone où divers arbustes permettaient une excellente pronation mais pour cela Didier dut se détacher pour ne pas être gêné dans ses mouvements. Heureusement, fort en gym, et n'ayant pas froid aux yeux, il effectua un bond latéral et s'accrocha à l'un de ces arbustes qui tint le coup. De là, il nous relança la corde bien attachée au tronc de quelques cm de diamètre de cet arbuste et nous pûmes atteindre chacun à notre tour la zone plus sécurisante. Inutile de vous dire que toutes les encoches taillées au couteau, tous les trous où l'on s'accrochait s'étaient effrités et qu'il était impensable de revenir en arrière.
Un gros dernier coup d'adrénaline survint lorsque notre jeune ami, arrivé près de Didier et croyant pouvoir se reposer sur une belle grosse touffe d'herbe, voulut prendre appui sur elle. Heureusement, Didier arrivé avant nous, avait eu le temps d'inspecter un peu les lieux et de réaliser que cette touffe accueillante était en porte à faux sur un vide assez impressionnant. Il empoigna donc notre ami par le col avant qu'il ne se pose et le ramena violemment vers lui, se tenant de l'autre main à l'arbuste principal. Bien calés, nous prîmes 10 minutes pour reprendre notre souffle, pendus à ces arbustes salvateurs et nous pûmes terminer la dizaine de mètres qui restait.
Pas à pas, prudemment, vérifiant chaque touffe et chaque pied d'arbuste, nous franchîmes le sommet de cette foutue faille et cela sous l'oil goguenard de quelques Congolais qui passaient sur le sentier reliant les crêtes. Tout comme ceux qui nous avaient vus l'année précédente en vélo dans l'escarpement de KAMANIOLA, je vis bien dans leurs yeux un tantinet moqueurs : " Ils sont cinglés ces mecs ! ". et je ne pouvais que leur donner raison. Qui aurait pu s'imaginer qu'une " bête faille " au talus herbeux allait nous prendre autant d'heures pour la franchir ! La Providence avait heureusement veillé sur nous, et c'est en toute humilité que nous avons conclu que nous avions vécu une aventure assez piquante qui s'était heureusement bien terminée mais qui aurait pu toutefois tourner au vinaigre. On se promit que si l'on refaisait de l'escalade, on irait d'abord apprendre à en faire avec des gens spécialisés.
On arriva au camp juste avant la tombée de la nuit. Les autres avaient suivi de loin notre odyssée mais avec les dénivellations et la distance, ils ne comprenaient pas pourquoi nous avancions si lentement. Ils eurent l'amabilité de préparer le repas du soir et avec une bonne rasade de vin d'orange, nos corps se détendirent et les crispations disparurent.
Dans nos rapports, carnets de route ou de scouts, les 3 cinglés appelèrent ce camp ; le camp de la faille ! .

" À lire cette dangereuse progression, faite de témérité, de haute voltige, de sacrée chance et d'inconscience, on se prend à penser que le mafioso du paragraphe 11 était devenu un audacieux escaladeur. Et de là à dire qu'il " faille " être un peu " fêlé ".. il n'y a qu'un pas que je n'oserais " franchir ", moi. Après Le Parrain, voici du Frison-Roche !..(André B.) "

Le 24 décembre, les parents rappliquèrent avec voitures et pick-up et nous rentrâmes à Bukavu bien conscients d'avoir vécu à nouveau des moments inoubliables, entourés de tous les Congolais de la plantation et de ce cher Monsieur BASSELIER qui avait été si heureux d'avoir de la compagnie durant ces quelques jours. Quand nous partîmes, il nous montra le tronc, seul maintenant au milieu de l'endroit de camp et nous dit : Regardez, la flamme est toujours vivante, je vous l'avais bien dit ! Quelques temps plus tard, l'indépendance et sa cascade de malheurs survint. Je n'ai jamais su ce qu'était devenu ce cher Monsieur BASSELIER, si amoureux de son Congo !

La rentrée au bercail se fit dans le calme la fatigue aidant. Nous venions de passer quelques jours palpitants et ce hike m'est aussi resté gravé dans la mémoire. Nous avions tout de même beaucoup de chance de pouvoir vivre dans un pays qui nous permettait de telles aventures.

 

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14 NOËL 1958

 

La fête de Noël trouva la famille réunie et la féérie de cette nuit passée sous la douce température de Bukavu nous émerveilla à nouveau. Quel  délice de sortir de la messe de minuit sous un ciel étoilé sans grelotter.
Visites de familles, rencontres avec les copines, natation au beach, promenade sentimentale le long du lac, cela se succéda avec passion (
photos 1645, 1646, 1647, 1648 ). Le nouvel an approchait rapidement. Entre les 2 fêtes, mes parents m'autorisèrent à organiser une petite surprise party car je venais d'avoir 17 ans le 17 décembre mais comme il n'était pas question de me dissiper pendant les examens, ils en permirent l'organisation durant les vacances. Cette party avait la particularité que c'était la première fois que cela se faisait chez moi. Une seule ombre au tableau, je n'ai pas de photo de cet évènement. mais heureusement les souvenirs restent. Grâce à ces petits engins appelés 'électrophones', les slows, rocks et tcha tcha défilaient et nous faisaient tourner la tête.

Entretemps, une escapade aux eaux chaudes de KAKONDO (KATANA) nous relaxa (photo 1649). La troupe scoute se rassembla pour une dernière réunion de fin d'année et en profita pour s'offrir la photo de famille : photo 1650. La photo 1651 vous montre le plan de Bukavu mais aussi l'étendue de berges du lac ; c'est vous dire les possibilités de promenade romantique.
Un dernier coup d'œil sur les eaux bleues encadrant la Botte (
photo 1653 ) et nous voilà passé le réveillon !

Exit 1958, salut 1959 !

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