Bukavu, 1956 / 1957
Accueil       Menu

Deuxième Partie : de septembre 1956 à mi-juillet 1957

B01 Intégration réussie.

B02 Les nouveaux profs. !

B03 Nouveautés.

B04 Et la musico-culturo-sportivité. ?

B05 Les retraites

B06 Les travaux d'Hercule.

B07 Ignace, c'est un petit nom charmant.

B08 Jeunesses Musicales, le dessous des cartes.

B09 Taïaut !

B10 Re - congé !

B11 Théâtre flamand, théâtre français

B12 Et la vie continue.

B13 Et la tangente alors ?

B14 Vacances tragiques heureusement évitées !

B15 Le check au cours

B16 Adios premier trimestre.

B17 Noël au chaud.

B18 Second trimestre   

B19 Home of the Braves.

B20 Il y a blague et blague.

B21 La vie continue.

B22 Aventures pour tous

B23 NYIRAGONGO 

B24 Mais l'aventure n'était pas finie.

B25 Parenthèse.

B26 Retour par détour.

B27 Une autre hémorragie.

B28 Félix bloqué par l'eau !

B29 Chansonnettes et petite tenue.

B30 1 km à pied, ça use.

B31 Les collégiens « entrepreneurs »

« La vie reprend son cours et nous nos cours. »

B32Scout toujours !

B33Visite royale !

B34Carnet rose.

B35Exit 2ème trimestre - Vive les vacances !

B36Le pont de singes.

B37Et après ?

B38Au boulot !

B39Scout, clairon et fantaisie.

B40Good Bye Bukavu, on se reverra en septembre.

 

Intégration réussie.

Comme toujours, ayant terminé l'année académique fort tard, aux alentours du 12 juillet, on ne s'étonnait plus de situer la rentrée mi-septembre. L'essaim des internes se rabattit sur la patinoire  le 16, tout étonnés de constater que pendant leur absence, un coup de « make up » avait été donné aux façades grâce à un apport de peinture fraîche. Le lendemain, exaltés par un père Recteur en pleine forme, on prit possession de nos nouveaux locaux, internes et externes confondus.

Ce fut marrant de constater que je faisais partie désormais de la grande famille des anciens et ce fut une joie pour moi d'accueillir les nouveaux qui se pointaient. Je ne dissimulais pas mon plaisir à leur faire découvrir quand ils s'adressaient à moi, les beaux coins, les avantages et les possibilités qu'offrait notre collège.

De son côté, mon frère s'était créé de solides amitiés avec des gars de son âge ; avec ses copains Jean DOTREMONT, Freddy et José VAN DEN BERGH, externes, il sillonnait la région en « Studebaker ou Mercury », conduites avec art par les paternels respectifs. Il avait aussi quelques copains congolais avec lesquels il passait des moments agréables derrière le collège, près de sa fameuse « grotte » (photo 1142 ).

Il se mit à l'aéro - modélisme, dynamisé en cela par notre spécialiste : le père LOMBARD. Il fleurait bon le pétrole, l'huile de ricin et l'éther chaque fois qu'il s'esquintait à faire démarrer son moteur 2,5 ! Les retours d'hélice lui firent quelques entailles aux doigts mais cela ne l'arrêta point. Il essaya de parfaire aussi l'éducation de notre berger allemand, acquis quelques mois auparavant, mais on se demande encore qui éduqua qui ! Enfin, tout notre petit monde se sentait « heureux » comme dirait plus tard Fernand RAYNAUD.

Haut
Les nouveaux profs. !

Avec ce nouveau départ en études, nous eûmes notre lot de nouveaux profs. Pour les 3ème scientifiques, ce furent entre autres le père Van de VIJVER comme titulaire, prof. de math et de sciences, le père CUYPERS comme prof. de français, d'histoire, de religion et de néerlandais. Un nouveau venu, monsieur Van de VOORDE, nous enseigna la géographie. Il utilisait une méthode assez claire et structurée pour exposer sa matière, ce qui m'agréait beaucoup et me permit cette fois de réussir du premier coup tous les examens de géo. Dommage que gravement malade, il ne put revenir l'année suivante.

La joie pétillante et l'humour du père Van de VIJVER étaient légendaires. Quel plaisir de suivre ses cours. Que ce soit en math, où il démystifiait les théorèmes les plus tordus ou au laboratoire de physique où ses expériences se déroulaient toujours dans la bonne humeur, il nous fit aimer l'étude des sciences. Il n'est pas étranger à mon choix quant aux études d'ingénieur que j'ai entreprises.

Et ce fameux « Cupidon ». ! Considéré comme sévère par pas mal d'entre nous, j'ai pourtant toujours apprécié sa rigueur, son enthousiasme à nous apprendre ; rappelez vous son expression passionnée « c'est de toute beauté !» que notre ami Christakis CHARALAMBIDIS imitait particulièrement bien. Sous son apparence assez dure, il est tout de même celui qui est parvenu à nous apprendre à parler flamand puisqu'en fin d'année, il nous avait si bien drillé que nous savions tenir de petites conversations courantes dans la langue de Thijl UYLENSPIEGEL.

Ce père avait de l'autorité sans tomber dans le travers de l'autoritarisme. Son maintien un peu guindé nous donnait matière à rire et son amour des fleurs était de notoriété publique. On raconte d'ailleurs à ce sujet qu'il enguirlanda un élève parti rechercher un ballon 'égaré' au beau milieu d'un massif de fleurs. Il commença sa phrase par « Hé là ! Espèce de gros malin ! ». Il n'eut pas le temps d'achever son interpellation que l'intrus lui répondit : « Pardon, père, de MALINGREAU ». En effet, c'était effectivement son nom avec d'ailleurs d'autres particules. J'ai connu ce garçon comme scout dans ma patrouille  avant cette incident  et j'ai pu voir sur sa carte d'identité « de MALINGREAU, de ., de. , et d'autres lieux ! ». Je me souviens de ce garçon à l'esprit vif et déluré, tout à fait capable de ce genre de réponse du tac au tac. S'il nous lit, il pourra peut être infirmer ou confirmer cette anecdote.

Haut
Nouveautés.

Septembre 56 voit pas mal de nouveautés arriver. Point de vue vestimentaire, alors que les capitulas, shorts, chemises de brousse et vestes de battle dress étaient les éléments fondamentaux de nos garde-robes, on voit apparaître à Bukavu les premiers 'jeans'. L'engouement de certains collégiens (surtout ceux rentrant de congé d'Europe) ne se fit pas attendre. Dans l'« orientation n°1, 8ème année, Toussaint 56 » Marabout y va d'un pamphlet virulent intitulé « Blue and Black snobs ». Celui-ci se termine par, je cite : « Pourquoi donc acheter de telles horreurs ? Si ce n'est à des fins utilitaires, c'est pour avoir son matricule dans la file anonyme des snobs. Faut-il en rire ou s'apitoyer ? »

Ce cher Marabout (totem de Michel André) était sans doute un visionnaire puisque l'avenir lui donna quelque peu raison... En effet, les uniformes suivant une pression (pseudo) sociale, furent bannis des collèges et instituts, et comme par hasard, tous ces jeunes soi-disant libérés du joug de l'uniforme, s'engouffraient dans l'esclavage anglosaxons du port du jeans ! La société de consommation marquait un point de plus.

Haut
Et la musico-culturo-sportivité. ?

Revenons à Bukavu où les nouveautés musicales débarquaient elles aussi. Nous eûmes droit à « Unchained Melody », « Island in the Sun », « Rode rosen, rode lippen rode wijn » et quelques autres, reprises évidemment par notre chanteur attitré « Robert MORTIERS ».

Plus sérieusement, le 21, maître DUGAUQUIER essaya de convertir les grands à la carrière d'avocat lors d'une conférence magistrale à Cofonya. Le lendemain, le Victory se fit coincer à nouveau par l'ARC de 4 à 2 !

Le 23/9, grande journée culturelle ! Le matin, les fameuses Jeunesses Musicales s'éclatèrent avec Fr. BROUW et Claire QUATACKER ; l'après-midi relaxation des neurones avec le film « Les Fils de mousquetaires » et le soir, première des conférences de Pierre DUFOYER 'Amour, mariage et bonheur'. Le voile se levait enfin sur certains tabous. On commençait à oser parler ouvertement de certaines « choses ». Poussant le curseur un peu plus loin, Pierre DUFOYER proposa sa seconde causerie : « L'éducation des enfants à l'amour ». (Le commentateur d'orientation mit en note : Les parents se font 'tout petits' !

Haut
Les retraites

Nos âmes ayant besoin de repères, ce fut la saison des retraites du 26 au 28/9. Le père CUYPERS s'occupa des 'rhétos et poésies'. Les 3ème et 4ème eurent droit au père CROEGAERT ; j'en garde un excellent souvenir car cette retraite et les suivantes d'ailleurs ne furent jamais de la 'bondieuserie appliquée', mais de la réflexion sérieuse sur des thèmes qui nous tenaient à cour. Le père SOMERS déploya tout son art auprès des 5èmes et 6èmes et les préparatoires eurent le père de CROMBRUGGHE. Le père Van der MEERSCH prit en charge 'de Derde en de Vierde' ; le père de NEEF de Vijfde et des Zesde, en 'Voorbereinde' de Eerwaarde pater van de STRAETEN.

Entre temps, le 27/9, P. DUFOYER enfonçait un dernier clou avec sa conférence 'Ce génial et pauvre Freud'.

Les technologues en herbe eurent droit aussi à leur conférence à COFONYA avec l'ingénieur FRANGOULIS.

Haut
Les travaux d'Hercule.

En fin de retraite nous eûmes droit à une messe de clôture, suivie d'une belle excursion. Les bus STA nous emmenèrent près du chantier « RUVIR » où nous pûmes voir les premières grosses manoeuvres entamant la route vers Stan ! Ballets de pelles monstrueuses, de bulldozer hurlants et de terrassiers acharnés, tel fut le spectacle grandiose qui nous attendait. On repensait et reparlait inévitablement, face à ce déploiement d'énergie, des grands travaux du début de la présence belge : Stanley fondant des stations, le capitaine Albert THYS et le chemin de fer 'MATADI -LÉO' avec Hector CHARMANE, ingénieur né à GOMEZÉE et qui donna le premier coup de pioche à MATADI le 15 mars 1890 !

Le soir, après la mécanique des muscles mise à l'épreuve dans le documentaire sur l'alpinisme, ce fut la mécanique tout court qui fut mise à l'honneur avec le film sur la fabrication de la fameuse JEEP WYLLIS ! Ce véhicule excitait nos imaginations surtout quand on voyait le père CROEGAERT (de surnom : le Pif) au volant de celle que les militaires du camp SAYO lui prêtaient de temps en temps pour certaines de nos excursions.

Remarque pertinente d'André BONSANG et qui pourrait s'intituler "question de flair ou de blair", je cite  : « Si je puis me permettre : Croegaert serait devenu Le Pif III, (à ne pas confondre avec Pie III) car le premier du nom fut Jan Smets, le préfet de 49 à 53. Puis l'autre préfet, le père Van de Kerkhove fut aussi surnommé le Pif, donc le Pif II. Les Pifs se suivent, mais ne se ressemblent pas. »

Haut
Ignace, c'est un petit nom charmant.

Tout, je vous le disais précédemment, était prétexte à sortir du collège. Le 30/09 par exemple, ce fut le 400ème anniversaire de la mort de Saint Ignace de LOYOLA. Nos bons pères jésuites ne pouvaient absolument pas laisser passer cela ! Du coup, messe pontificale à la Cathédrale. suivie d'un (trop) copieux dîner pour certains, le tout jumelé à une chaleur non négligeable ce jour là et vous comprendrez pourquoi le match CFC - VICTORY fut d'un terne, je ne vous dis pas. :0 - 0 !

Sollicités sans répit, nos esprits suivront le père CLAES (Bilulu) qui leurs dévoilera les « tortuosités » de la crise de SUEZ. Après l'esprit, la chair ! Le 3/10, démonstration de judo par le club patenté de Bukavu, mais phase pratique entre nous sur la patinoire . Aie, les résultats !

Le 4/10 rebelotte pour la fiesta : le 750ème élève nous rejoint. Les internes exultent : 10 minutes de fumage en plus. De grands intellos eurent satisfaction avec la conférence à COFONYA sur la carrière d'historien par Mr. DEREINE.

Le 6 octobre, chose rare à l'époque, une énorme panne de courant empêcha la séance de ciné. 2 des 4 câbles d'alimentation venaient de rendre l'âme.

Le lendemain vit l'inauguration du stade « Baudouin » à KATUTU (village congolais construit par l'OCA déjà citée plus haut). Jean DEPELCHIN, André BOLLO, Pierre SAILLEZ et Victor HERMAN représentèrent les couleurs du Victory dans le match 'Interscolaire - sélection AKSIK : 2-4. Monsieur WESTHOVENS se défendit courageusement dans la sélection 'EURO-Bukavu contre EURO-Usa' (1-3). Entre ces deux matches nous eûmes droit aux splendides danses des WATUTSIS.

Haut
Jeunesses Musicales, le dessous des cartes.

Les amoureux du 'beau' furent servis les jours suivants (8 et 9) par les récitals de danses donnés par Lesa CZOBEL et Alexandre VON SWAINE. Le 14, ce fut le grand succès des JM (rappel : Jeunesses Musicales) où l'on applaudit l'art de Mr. BARBIZET. Il est temps toutefois de se rappeler que le succès des JM avait 2 causes principales. La première était l'intérêt porté à la musique bien sûr, mais l'autre, toute aussi importante (les mauvaises langues diront même 'plus') provenait du fait que les bus de la STA (Société des Transports Africains) nous amenaient la marée des demoiselles 'internes' du pensionnat de la Sainte Famille plus la gent féminine externe de Bukavu.

Nombreux à cette occasion étaient les échanges de « billets doux » par l'intermédiaire qui d'un frère, qui d'une sœur ! Nous étions peut-être studieux ( ! ?), mais aussi et surtout adolescents, alors ! Quoi qu'il en soit, ces avant-midis JM furent hautement profitables à toutes et à tous ! Sur la photo 1006 le célèbre piano dans la salle de théâtre et sur la 1021, on retrouve ce beau hall d'entrée vers celle-ci.

Toujours prêts à rendre service, quelques collégiens avaient trouvé leur vocation dans le transport de tables , chaises etc. because le bal des « trappistines » à COFONYA le 17.

Et un congé de plus, un ! Le 18, pour la reprise de l'État Indépendant du Congo par la Belgique : cours suspendus. C'est l'occasion de belles aventures. Les petits vont à Nya Ngezi jouer au combat naval dans des rivières boueuses., les moyens envahissent la Michaudière, avec une distinction particulière au groupe de D. BELLARD qui remporte le concours de cuisine. Serge TRIPEPI et Mr. Jean DERVENTIAN arbitrent les matchs de basket.

Haut
Taïaut !

Et pendant de temps-là, la division des grands, internes et externes mélangés, sous la direction du Pif, s'enfonce dans la forêt autour de KABARE afin d'y pratiquer un nouveau métier : « bûcheron » ! Suivant les consignes du responsable agronomique de l'endroit, nous devions déboiser une colline des arbres d'un diamètre bien spécifié afin de pouvoir construire une nouvelle  chapelle école à l'instar de celle de KALIMBI évoquée plus haut. « L'opération Eucalyptus » (ainsi dénommée car tous ces arbres étaient des eucalyptus) commença vers 10h00 sur un front de 100 m. Marabout et Jean DOYEN ont immortalisé cette expédition dans un bel article d'orientation. On y apprend que le chargement des arbres après abattage et élagage était effectué non par de bons chevaux ardennais mais par nous sous l'oeil vigilant du boy - chauffeur de SEMERIES (salut Charles !) plus attiré par sa cigarette et la beauté du paysage .

On y découvre aussi que de HALLEUX s'éclipsa vers les cuisines (véritables temples de la paresse les auteurs dixerunt.) On y apprend comment René VAN DEN PLAS, très actif, s'envoya un coup de machette dans la cheville histoire de se distinguer.

Embarqué au dispensaire heureusement proche, il y fut soigné illico et nous revint pour obtenir la CBM (croix des bûcherons malchanceux !).

Un incident en fin de travail qui eût pu mal se terminer, vint alimenter les conversations et souvenirs. En effet, le dernier camion, bien chargé en troncs et en élèves 'par dessus', s'engagea dans la pente assez raide que présentait la route peu avant l'endroit de stockage. Notre cher Pif, pas toujours très doux avec les vitesses, rétrograda brutalement et redémarra tout aussi sec afin d'avoir le couple nécessaire et suffisant pour sauter la butte. Hélas, les troncs simplement posés sur la benne en oblique, restèrent sur place et nous aussi ! Seuls quelques uns dont moi, parvinrent à s'agripper aux ridelles latérales des bennes de l'époque et à rester à cheval sur la poutre supérieure. Les autres restés sur les troncs, eurent la chance que ceux-ci ne roulèrent pas sur le sol, sinon il y aurait eu une fameuse salade de bras et de jambes. Heureusement, la réaction  rapide du père CROEGAERT sur la pédale de frein fit que personne n'eut la moindre égratignure.

Michel ANDRÉ et Jean DOYEN nous fournissent dans cet article le bilan final de l'opération E : 126 eucalyptus et un pied d'abattus. Ils terminent également en écrivant : « Nous rentrâmes sous la pluie mais dans nos coeurs brillait la joie d'avoir fait du bien. Nous nous sentions plus homme ! »

C'est cela aussi que nous apportaient ces activités nombreuses proposées par le collège : l'occasion de se dépasser, de se donner pour les autres. C'est une des choses que j'ai le plus appréciée et surtout le plus retenue.

Le sport fut à l'honneur le reste du mois : basket, volley . ; souvent en fin d'après midi, cinémas et documentaires décongestionnaient les muscles meurtris de la journée.

Haut
Re-congé !

 Et bien sûr, le 30/10, congé trimestriel ! Les grands internes filent à Usa en passant par KAMANIOLA pour apprécier des douceurs du site du « Bambou » (bassin, mini zoo et surtout la copine du proprio toute la journée en bikini assez réduit.) mais aussi pour goûter la bonne bière de la brasserie MAE où une dégustation active les attendait. Ne parlons pas du match de basket qui suivit , ce serait remuer le fer dans la plaie.

Le lendemain, jour de Toussaint, ceux qui étaient à Usa purent visiter les chantiers modernes du collège sous la conduite du R.P. Seigneur (beau nom pour un ecclésiastique) et l'après midi, le Victory remporta le match (3-2). Le retour à Bukavu put se faire dans l'exaltation de la victoire mais aussi dans la prudence pour ne pas rééditer le coup de l'année précédente avec l'accident de camion.

Comme l'écrit la rapporteur d'orientation : le collège replonge vaille que vaille dans l'« eden de l'intellectualisme ». : études, sports, culture reprennent de plus belle.

Toujours attiré par le lac, mes promenades s'y succèdent ; la descente au beach est toujours aussi délicieuse surtout quand le ciel bien dégagé colore d'un bleu vif la surface de l'eau. Avec la verdure courant sur les berges, le spectacle est féerique (photo 1143). De toute façon, que l'on se situe n'importe où, l'émerveillement est toujours au rendez-vous. Tous les jours en rentrant à la maison, après avoir dépassé la « Presse Africaine » de la famille Arnold, juste au sommet de la côte à dévaler pour prendre l'avenue du Plateau, une vue de la baie de N'GUBA s'offrait à nos yeux (photo 1144).

Haut
Théâtre flamand, théâtre français

L'équipe des machinistes se mit en branle à partir du 5/11 pour préparer le nouveau spectacle de Mr. HEYMAN : « La ruine ». Ils mettent un point d'honneur à ce que tout soit bien au point.

Entre temps, « Le jeu de l'Amour et du Hasard » de Marivaux nous fut présenté le 10. Faut-il croire que nos gars ont eu le sang fouetté par ces marivaudages ? En tout cas, le lendemain, le Victory écrasait l'UFC de 5 à 0.

Le 14/11, « La Ruine » se révéla délectable pour les uns mais un casse-tête pour les autres. Cette pièce ne laissa de toute façon personne indifférent.

Pendant ce temps, les moyens, un peu jeunes pour ce type de théâtre, donnaient libre cours à leur énergie durant le jeu de nuit où les paras français prenaient l'aéroport de Port-Saïd.

S'il est vrai qu'une promenade sur les berges du lac procurait un plaisir certain, une marche dans la ville de Bukavu avait également ses réjouissances. (photo 1145). La distribution des avenues et des villas bien entretenues permettait au promeneur de se détendre agréablement.

Haut
Et la vie continue.

Les jours se suivaient à un rythme enfin normal pour qui s'habituait au système. Il est vrai qu'étudier sérieusement, assister à diverses conférences et causeries, voir des films et ciné forum, faire du sport, du scoutisme, des excursions et des ballades, sans compter les réunions de famille chez l'un ou l'autre, tout cela nous demandait une énergie assez soutenue. Comme nous mordions la vie à pleines dents, les activités parascolaires au lieu de nous dissiper agissaient plutôt comme un ferment. La vie était belle !

Haut
Et la tangente alors ?

De messe en match, de match en causeries et de causeries en film, le mois de novembre se passa donc studieusement. La découverte de la trigo se fit sans douleur avec le père Van de VIJVER et bientôt sinus et cosinus se mirent à voler dans tous les sens (horlogique et anti-horlogique bien sûr !). Au labo de physique, quel plaisir n'avions nous pas lorsque ce même père, pour nous montrer l'action des lentilles, ouvrait en grand la porte du labo pour capter l'image de la colline du camp SAYO et nous la reproduire tantôt à l'envers, tantôt à l'endroit sur son verre dépoli. Rappelez vous sa démonstration de la rotation de la Terre grâce au télescope dirigé vers le soleil.

Prenons maintenant la tangente  pour franchir la cap de décembre et accueillir le 6/12 un Saint Nicolas, surgissant moteur plein gaz, mais sous la « drache » classique à la saison des pluies.

Le dimanche suivant vit le succès du grand concert donné par Mr. KOCH et Mme PICHON. Le soir, plus rigolo, nous nous bidonnions avec la « Parade des soldats de bois », un bon Laurel et Hardy de derrière les fagots.

Les zygomatiques relaxés, nous les retendions le lendemain avec un ciné-forum de type néo-réalisme... Nos âmes catholiques furent titillées par la dernière parution du livret « Les convertis du 20ème siècle » avec la vie sainte et passionée de Tony DELVAUX . ( ! ?).

Ah, il y avait longtemps (14/11) : le 12/12, théâtre . Les petits nous présentent 'Pervenche' ou le jeu de Saint Cogolin, patron des ânes !

Ceux qui ont aimé John Wayne, se souviendront sans doute de ce film : « La charge héroïque » de John FORD, proposé le 16. Mais à ce sujet, une anecdote, que peu d'entre nous, je crois, ont vécue, me revient en mémoire. Après la projection traditionnelle de 17h00, le frère PROUVE, dès ses bobines rechargées, prenait les boîtes de film et s'en allait reprojeter celui-ci dans une salle conviviale des boys du collège. Là, tout le personnel congolais se retrouvait en famille et entouré d'amis. Ce fut pour nous une séance inoubliable car nos amis congolais, emportés par l'histoire que le film proposait, la vivaient pleinement comme s'ils s'étaient trouvés en pleine action ! Je ne vous dis pas l'ambiance. Quand les balles sifflaient vers le public, une bonne partie baissaient bien vite la tête, quand les indiens fonçaient certains se cachaient derrière leur siège ! Le frère PROUVÉ nous avait prévenus : le spectacle était aussi dans la salle et dépassait ce que nous avions pu imaginer. Pas besoin de mégasono pour assurer les décibels, leurs cordes vocales suffisaient. Cela m'a fait repenser à un des premiers films des frères LUMIERE  où certains spectateurs voyant un train entrer en gare se sont sauvés de la salle. Comme dirait notre François Pirette national : « qué n'ambiance ! ». Enfin, quoi qu'il en soit, après la projection, cela faisait plaisir de voir la mine ravie des spectateurs dont le cour avait palpité en phase avec l'action.

Haut
Vacances tragiques heureusement évitées !

Le 19/12, une première vague de départ emporte petits et moyens vers leurs familles respectives.

Ici, se situe un incident qui aurait pu entraîner un horrible accident. Je m'explique.

Si beaucoup d'internes reprenaient la route ou la vedette pour rentrer en vacances, pas mal d'autres reprenaient ces célèbres Dakota DC3 pour Manono, Kindu, ou d'autres directions.

Il faut se rappeler aussi que la piste de Kamembe était classée comme une des plus difficiles de la colonie belge. D'un côté vers l'Urundi, une montagne presque en bout de piste obligeant à tourner aussi vite que possible, de l'autre vers le Nord, les précipices entre les collines du Ruanda qui donnent accès au lac.

Or donc, nous voici à la « plaine » avec Etienne et Françoise Toussaint, internes, enfants d'amis de la famille qui venaient passer de temps à autre un dimanche à la maison. Ils rentraient pour les vacances comme d'ailleurs la majorité des enfants présents ce jour là. Après les quelques petites formalités, les voici à bord du DC3. Survint alors l'équipage et (je m'en souviens comme si c'était hier), le commandant de bord, un chauve, et quelques uns de son équipage présentaient des signes évidents d'une gaieté exubérante qui devait sans doute provenir d'un repas bien arrosé. Nous les entendions d'abord crier bien fort que l'avion est en surcharge et que c'est toujours sur eux que ça tombe.

Les parents amis présents commencent à se poser quelques questions ! Malgré cela, cet équipage qui présentait des signes évidents d'une euphorie bizarre, monta dans l'avion et démarra. Par chance, ils firent le taxi du côté montagne et se mirent dans l'axe de la piste vers le nord, montagne dans le dos.

Alors qu'habituellement, tous les décollages étaient précédés du « check moteurs », phase durant laquelle le pilote testait successivement le moteur de droite puis celui de gauche, le commandant de bord ne respecta pas la procédure et lança les deux moteurs à fond sans les avoir testés et libéra les freins.

L'avion tel un moustique épuisé s'élança tant bien que mal. Prenant difficilement de la vitesse, le dakota arrivant devant la tour de contrôle, donc face au public aussi, avait toujours sa béquille arrière collée au sol alors qu'en temps normal, les DC3 devaient être à l'horizontale à cet endroit.

Dépassée la tour de contrôle, la roue arrière restait désespérément collée au tarmac. Nous entendîmes alors les véhicules de sécurité et des pompiers démarrer en trombe pour suivre l'avion sur la piste car il semblait que le crash devenait inévitable.

Arrivé en bout de piste le pilote ayant enfin réussi à mettre son avion à l'horizontale et comprenant qu'essayer d'arrêter eût été une folie, tenta une manoeuvre désespérée en braquant son zinc vers le haut. Cela lui permis de sauter le bout de la piste et de tomber en quasi chute libre dans la vallée qui s'offrait heureusement à lui.

Je vous assure que parmi les personnes présentes certaines étaient prostrées sans pouvoir dire un mot pendant que d'autres, surtout des papas, invectivèrent très durement le personnel SABENA en les traitant d'assassins et d'autres noms d'oiseaux pour avoir permis qu'un équipage dans un tel état prenne les commandes d'un avion, avec surcharge en plus.

Grâce sans doute à son expérience, le pilote, malgré son état, a permis d'éviter la catastrophe car arrivé en fond de vallée et l'avion ayant acquis une vitesse suffisante, il redressa celui-ci et se faufila vers le lac par les vallées qui s'ouvraient devant lui. D'où nous étions nous ne vîmes plus rien pendant un temps qui nous parut interminable mais tant que nous entendions les moteurs l'espoir n'était pas perdu.

Enfin, l'avion déboula à quelques dizaines de mètres au-dessus du lac et l'image de ce DC3 au raz du lac bien en dessous de nous m'a hanté longtemps. Tel un bourdon fatigué, cet avion se mit à tourner en rond en prenant progressivement de l'altitude et finalement, après plus ou moins dix minutes, fut suffisamment haut pour passer les montagnes qui encerclaient Bukavu.

Les gens de la tour de contrôle n'ont jamais osé sortir de l'étage où ils étaient verts de peur de se faire lyncher, les parents d'accueils étant prêts à en découdre avec eux. Enfin le pire fut évité mais les commentaires allèrent bon train pendant le retour en ville.

Ce ne fut pas la seule fois que le personnel de la gent aérienne de Bukavu fut mis en cause. En effet, plusieurs mois plus tard, la famille LAURENT était cruellement éprouvée.

Un dimanche matin, après une nuit particulièrement arrosée, un membre du personnel naviguant, rond comme une queue de pelle, dévalant la côte venant du collège et aboutissant à la place Baudouin à plus de 120 à l'heure, coupa en deux la petite voiture de Claudie Laurent (une fiat 600).

Claudie fut tuée sur le coup, Chantal blessée, Henri contusionné et la maman eut le bassin cassé. Heureusement, l'immense majorité du personnel SABENA n'avait pas ce genre de travers et leur compétence était très aiguë.

Haut
Le check au cours

Rappelez-vous que durant les cours, on entendait très nettement les essais moteurs au sol comme au décollage grâce à l'écho sur les montagnes (et aux fenêtres ouvertes aussi). Souvenez-vous aussi des exercices d'atterrissage sur 1 moteur que les pilotes n'hésitaient pas à effectuer régulièrement afin d'être au sommet de leur expérience. Je me souviens tout particulièrement qu'en 4éme moderne, Fleps entamait ses imitations moteurs dès qu'il entendait ce qui se passait à Kamembe grâce à l'écho ! Le cours devenait alors difficile à suivre.

Haut
Adios premier trimestre.

Par un dernier effort devant les tapis verts de la salle dite « Verte », poètes  et rhétos en 'tubes' époustouflèrent chacun à leur manière les examinateurs invités à tester leurs connaissance. En cette fin de trimestre et d'année 1956, un spectacle grandiose « Don Giovanni » nous fut proposé. Le lendemain, 22, les vannes du collège laissèrent s'écouler le flot des derniers vacanciers.

Haut
Noël au chaud.

La transition 56-57 se fit très agréablement. Excursions, réceptions entre familles, incursions au collège pour toutes sortes d'activités, invasion du beach où le nombre de demoiselles augmentait. agréablement, ballades en ville, tout y est passé !

Une nouvelle première impression inoubliable fut aussi celle de passer les fêtes de Noël pas loin de l'équateur. Pas de sapin, pas de neige mais comme à Jérusalem : des palmes (et non du gui), des nuits dégagées avec des légions d'étoiles qui scintillent de mille feux. Quelle douceur, quelle impression de paix de Noël. Nous eûmes droit à quelques belles messes congolaises à la cathédrale.

Quant à la grotte du collège, elle attirait toujours autant de petits enfants (photo 1200 ). Il fut surprenant aussi de se souhaiter la bonne année sous 28° à 30° d° au lieu d'être emmitouflés dans ce fameux « loden ». 1957 nous accueillit dans la joie et le lac nous charmait toujours autant (photo 1201 ).

Haut
Second trimestre 

Il s'avéra long mais riche en événements marquants.

Cela commença par une expédition « Eucalyptus II » où cette fois, 122 arbres furent coupés mais où aussi un pied fut cassé . (nouvelle décoration CBM de rigueur !). 

Comme toujours un bouquet d'activités nous empêcha d'attraper la flemme. En ce mois de janvier, Mme et Mr Vandervorst furent aux anges car, d'une énorme caisse arrivée discrètement au collège, on sortit délicatement un magnifique piano. Le brio des JM en fut renforcé.

Malgré notre éloignement des centres européens et américains, la société de consommation nous rattrapa et pour une fois, ce ne fut pas Coca-cola qui eut le dessus mais un nouveau produit le « Verigoud », boisson soft que la brasserie déversa en cataracte dans nos gosiers.

Le 22 janvier, pour la première fois (mais pas la dernière) je ressentis à 13h22'21'' les effets particuliers de ces tremblements de terre si caractéristiques au Kivu. J'étais contre un chambranle de porte à ce moment et j'ai bien cru que j'attrapais une crise de vertige ! Le grondement et le claquement des bibelots dans les armoires me ramena à la réalité et quelques secondes plus tard, cela se termina aussi vite que c'était venu. Quant au collège, grâce aux techniques de construction utilisées, il ne subit aucun dégât.

La saison des pluies battant son plein, les divers terrains de sport permettaient des acrobaties pseudo-aquatiques de haut vol. C'est à cette période que je renouai avec le scoutisme car pas mal de copains fréquentaient la troupe de la cure ou celle du collège. Comme externe, je rentrai donc à celle de la cure. Ce furent alors de nouvelles aventures puisque hikes et camps se succédèrent.

Le TUF nous revint en fin janvier présenter le « Bourgeois Gentilhomme »et « Histoire de rire » de SALACROU. Fernandel ne manqua pas son rendez-vous de bonne humeur avec « Les 5 sous de Lavarède » ; les rhétos firent leur bringue le 28 et furent autorisés à récupérer le 29 !

Arrive alors mon premier petit camp (ou grand hike, comme vous le voulez) à LA MICHAUDIERE, ambiance pluie, cure de poto-poto, angine et état grippal, rien ne me fut épargné comme baptême à ce premier camp. Mais enfin, les épreuves vous décapent et je n'en suis pas mort, que du contraire !

Haut
Home of the Braves.

En ce début février, une grande fièvre culturelle anima la section des grands. Le père JACQMOTTE s'était lancé dans une aventure fantastique : réaliser une pièce de théâtre digne d'un film hollywoodien. Avec l'aide de 6 acteurs confirmés, il mit sur pied la pièce à grand déploiement d'énergie : « Des Hommes comme les autres » d'Arthur LAURENTS.

Distribution :

Yvan COLLUMBIEN : le major ROBINSON

Raphaël ANSIEAU (mon père) : le capitaine médecin BITTINGER 

Luc van MOSSEVELDE : le caporal T.J. EVERITT

Jean Marie GILLE : le soldat de première classe Peter CONN, homme de couleur

Pierre SAILLEZ : le soldat FINCH

Serge TRIPEPI : le sergent MINGO

Aux côtés du père JACQMOTTE comme réalisateur et metteur en scène, de François VANDENPLAS comme souffleur et de monsieur BUISSERET comme grimeur, il y eut aussi pour garantir la réussite d'une telle entreprise une armée de machinistes bien rôdés à leurs tâches afin de donner sur scène les impressions de fondu-enchaîné comme au cinéma !

L'histoire exigeait que l'on passât du bureau de consultation du médecin à la brousse de Guadalcanal et inversement  à plusieurs reprises suivant les situations. Se tenaient donc prêts dans les coulisses tous les machinistes avec chacun une tâche bien spécifiée et au moment où la lumière s'estompait sur la scène, ils devaient foncer disposer pour les uns et reprendre pour les autres les pièces de matériels nécessaires à la disposition des lieux. Il ne fallait pas qu'ils se télescopent, c'eût été  la foire et le désastre. La photo 1202 vous montre la couverture du programme avec la photo de Tony CURTIS. La 1203 vous donne la distribution ; la 1204 montre le début de la pièce où le soldat Peter CONN tente d'expliquer au capitaine médecin comment il a perdu l'usage de ses jambes. N'étant pas convaincu, le médecin lui injecte un produit qui va l'aider à mieux se souvenir (photo 1205). Tout en sombrant dans un état second, le soldat Peter raconte ... mais en même temps, la scène s'assombrit jusqu'au noir total puis se rallumant progressivement, on se retrouve en moins de 30 secondes dans la brousse où les événements se sont déroulés (photos 1206,1207,1208). Les photos 1209 et 1210 montrent les survivants dans le bureau de l'unité. Les phases de flash back se présentaient à plusieurs reprises au fur et à mesure des actes.

La performance fut de taille et le succès ahurissant. Le père JACQMOTTE confirma ses talents de grand metteur en scène. Il devait encore nous époustoufler plus tard., un an plus tard ; mais enfin patientons !

On parla longtemps des aventures du soldat Peter mais surtout de la réalisation géniale de la pièce. Les acteurs avaient eu tellement de succès qu'ils gardèrent longtemps aussi leur nom de scène. Pierre Saillez était constamment appelé Finch, Serge resta quelques mois 'MINGO'.

Notre ami COLLUMBIEN (major ROBINSON) devait malheureusement nous quitter peu après suite à un incident quelque peu spécial et du coup , l'appellation ROBINSON disparut avec lui.

Haut
Il y a blague et blague .

En fait, voulant peut-être renouer avec la tradition des grandes blagues comme celles qu'André nous a rapportées précédemment, notre ami, à en croire la rumeur, s'était introduit chez le père CUYPERS et avait mis sens dessus  dessous son bureau  et sa bibliothèque ; quelques giclées de dentifrice dans les chaussures et pas mal de centilitres d'eau de Cologne sur les vêtements du révérend père achevèrent le crime de lèse-majesté. Ce fut la version collégienne. La vraie., seul l'intéressé pourrait nous la révéler ; s'il lit ces lignes, qu'il n'hésite pas à apporter des précisions : il y a prescription !

Enfin, suite à cela, Yvan regagna Usa et changea d'établissement.

Un excellent souper réunit les acteurs, machinistes et organisateurs à l'hôtel « Touriste » fin février.

Haut
La vie continue.

Excursion pour les moyens avec le père préfet dans le lit de la NGEZI, concours de porridge remporté par notre ami BELLARD qui s'était déjà illustré plus tôt en cuisine et excursion des petits à PANZI avec le frère ERNEST furent le lot de la mi-février. Le 24 fut un jour très sombre dans les annales du Victory qui se fit broyer par le score de 8 à 1 (!) par les athénéens déchaînés. Enfin, pour digérer cette pilule et oublier ce revers le congé trimestriel vint apporter un festival d'activités assez costaud.

Haut
Aventures pour tous

Commençons par les petits qui élaborèrent une « Exposition universelle dans le sable » ; les gagnants furent : Ch. ECTOR ; Philippe BRIBOSIA ; Stany HERMAN ; Guy GOOSSENS. Nos « petits courageux » eurent droit à l'ascension du BIEGA le lendemain et le 3ème jour, la mise à flot du radeau 'Caduc du Kivu'.

Le collège des moyens organisa le « Festival des 40 » : 3 journées de tournois de foot, de basket, de volley, de hockey sur patins, de ping pong et de foot de table. Jeux en plaine et jeux de nuit à la MUKUGWE permirent une variante et une croisière vers une soi-disant  île mystérieuse . mais les acheva.

Haut
NYIRAGONGO

Et les grands dans tout cela ?

Eh bien ce week-end fut pour moi la première toute grosse aventure au Congo. Bien sûr, il y avait les excursions, les hikes, les voyages familiaux, mais cette fois ce fut du costaud.

Le big projet annoncé pour les grands était d'escalader le NYIRAGONGO au parc ALBERT. L'aventure allécha même mes parents ainsi que Monsieur BUYTAERT, prof en préparatoire flamande et voisin. Accord fut pris entre eux et ils décidèrent de suivre la section « Explorateurs ».

Le matin du premier jour, sac à dos fin prêt, j'embarquai dans le camion du collège avec une belle brochettes de copains impatients comme moi d'en découdre avec la lave et les volcans. Le « Pif », (le père préfet CROEGAERT) grimpa dans le pick-up du collège avec un ou deux privilégiés, la petite benne bourrée de matériel et de nourriture. Mon père, ma mère et la famille BUYTAERT s'entassèrent dans la coccinelle du père qui nous précéda sur la route de Goma pour éviter la poussière car bizarrement, il ne pleuvait plus depuis deux ou trois jours.

Pleins d'entrain, nous chantions et admirions ces splendides vues découvertes sans cesse le long de cette route Bukavu-Goma. Assez rapidement, la partie asphaltée (km 12) fut dépassée et les cahotements du camion rythmèrent le voyage. Le passage à KAVUMU ne passa pas inaperçu, nous étions accompagnés par les grands signes que les enfants congolais nous faisaient et auxquels nous répondions abondamment.

Quelques figures de proue faisaient partie de l'expédition. Les immanquables frère ANDRÉ (Marabout I et II) pour commencer, Jean DOYEN, Charles de SEMERIES . enfin, la plupart des internes de la section des grands s'y retrouvaient. Quelques rares externes dont moi, s'étaient joints au groupe.

De fil en aiguille les kilomètres se déroulaient. Au km 47, on passa sur le pont de l'IWIRO suivi de l'embranchement vers l'IRSAC. Un peu plus loin, le croisement de Katana était franchi, laissant sur la droite le port de Kakondo et les sources d'eau chaude.Vers le km 65, rappelez vous la plaine d'aviation de secours et la rencontre traditionnelle avec les petits vanniers proposant les produits de leur artisanat. Repassant par là, en juillet 89, j'ai pu constater que, malgré l'absence évidente de touristes, les petits vendeurs continuaient encore à bondir sur la route pour nous proposer leurs belles créations. 

Nous dépassâmes les bords enchanteurs du lac à Kalehe (km 76) pour entamer un nouvel escarpement. Après une grosse trentaine de kilomètres, la route montant en lacets à travers une région sauvage et boisée, nous amena au point culminant au lieu dit « tournant de la mort » (km 112), épingle à cheveu heureusement bien élargie par les TP (travaux publics) en 1957. On y découvre une merveilleuse vue sur le lac avec les presqu'îles sur la gauche et le nord de l'île Idjwi en face. On dégringole alors vers Makengere, endroit idyllique pour pique-nique au bord de l'eau (photos 1212, 1213, 1214, 1215). Plus loin, au km 130, on découvre le pont de la Lutumba ainsi qu'une très belle chute sur la gauche. Jusque là, nous fûmes bénis par le ciel, sans doute, car pas une seule goutte de pluie ne vint troubler le voyage et c'est en plein soleil mais aussi en plein vent que nous passions Kirotshe (km 175) d'où une belle vue s'étalait sur la baie de Bobandana, (région de Jean Doyen, je crois) et la plaine de lave située au nord de celle-ci (photo 1287).

Quelques kilomètres plus loin, nous voilà à Sake, (km 178) ancien port de la baie précitée, coupé de celle-ci par la coulée de lave de 1938. Vers la gauche, à la sortie de Sake, on vit filer la route des Mokoto (vers les Masisi). La route est alors à même la lave recouverte de cendrée. Elle est construite sur 4 coulées récentes : en 1904 le Nakimbi, en 1912 le Rumoka, en 1938-39 le Nyamulagira, cratère Shambene et enfin, celle du Mvovo ya Biti en 1948. (photo 1285)

On traverse en fait, et je cite le 'Guide du Voyageur - INFORCONGO 1958' : « une sorte de mer aux vagues noires et figées qui constitue une impressionnante vision ; quelques plantes commencent à pousser entre les blocs ». Quand nous sommes repassés en 1989, tout cela avait disparu au profit d'une végétation hyper luxuriante. Seules quelques taches noires subsistaient en forme de cavités, là où des sifflements de gaz se faisait entendre en permanence et où donc la végétation ne pouvait se fixer.

Enfin, après Sake, le fascinant Lac Vert (photo 1286) appelé aussi lac Rwabikale ou Mugunga offre son étonnante couleur verte bien qu'en communication avec la lac Kivu qui reste lui d'un bleu profond. Encore une quinzaine de kilomètres et nous entrâmes dans Goma. Des escarpements à monter ou à descendre, ce n'est pas de tout repos pour notre bon vieux camion. Félix, notre chauffeur, avait beau être un expert en la matière, il fallut patienter plusieurs fois lors d'échauffements intempestifs. Bourré de matériel et d'élèves, notre cher véhicule se devait d'être ménagé ! Cela voulut dire aussi que la nuit nous surprit alors que nous venions d'avoir pris à gauche la route de Rutshuru.

Nous atteignîmes Kibati peu de temps après. L'organisation impeccable du Pif fit que nos estomacs affamés furent rassasiés correctement. On nous avait livré un stock impressionnant de feuilles de bananier séchées et découpées en lanières. Cela nous permit de faire un matelas d'une épaisseur phénoménale dans la pièce dortoir. Cela allait convenir à nos jeunes reins car ils avaient été soumis à rude épreuve toute la journée. Mon père qui logeait un peu plus loin dans une plantation, poussa une pointe pour voir si j'avais survécu et rassuré, il s'en retourna guindailler avec ses hôtes. Quant à nous, après quelques chants et un petit chahut de principe, nous tombâmes comme des mouches dans les bras de Morphée.

Le lendemain, alors que tout le monde s'éveillait plus ou moins guilleret, je me levai avec la sensation d'avoir une tête comme un « tshungu » ; j'avais l'impression qu'elle avait doublé de volume ! Ouvrir les yeux m'était difficile et au contact la peau de mon visage me semblait piquetée d'une myriade de boutons de gourme . En fait, je me farcissais une allergie. A quoi ? Je ne saurais vous le dire. Les autres non plus d'ailleurs. Etait-ce une mauvaise réaction au vent de la veille car comme je voulais toujours en voir un max, je m'étais placé au milieu derrière la cabine du chauffeur, toujours debout pour ne pas perdre une goutte de paysage ? Etait-ce un bilulu perdu dans les feuilles de bananiers qui se vengeait d'avoir été dérangé durant sa sieste ? Je ne le saurai sans doute jamais mais toujours est-il que j'ai dû négocier avec les responsables pour qu'ils me laissent participer. Je remercie mon père d'être intervenu et d'avoir donné son accord ; je crois bien qu'il percevait que pour rien au monde je ne voulais rater ça.

Après m'être abondamment hydraté la figure, je me suis enduit de produit solaire ( y avait que ça sous la main.) et à la grâce de Dieu !

Nous devions emprunter l'itinéraire court puisque nous n'avions qu'une journée devant nous. Au lieu dit Kakomero, la palabre traditionnelle attendait les responsables. Une fois celle-ci terminée, nous prîmes enfin la route vers le Nyiragongo. (photos 1218, 1289). Plusieurs coulées de lave furent traversées et nos chaussures commencèrent sérieusement à souffrir.

Entre ces coulées s'étalait de la brousse bien fournie mais avec tout de même de l'ombre. Une fois près du volcan, la voie fut assez raide puisque nous avions pris la route la plus courte mais ce n'était rien à côté de la dernière étape, le cône final. Dépourvu de toute végétation, formé uniquement de pierre de lave, de scories noires et grises, ce cône offrait des panoramas époustouflants ; nos chaussures continuaient à se lacérer, nous avions de petites difficultés de souffle, nous approchions des 3400 mètres. Enfin, cette dernière étape fut grandiose.

Le temps magnifique que nous avions nous permit d'admirer toute la région jusque très loin dans n'importe quelle direction. Nous approchions des 3471 mètres et les guides, dès qu'il ne resta plus qu'une dizaine de mètres avant le gouffre, exigèrent de nous une discipline particulière : tout le monde à quatre pattes !

Ceux qui avaient déjà participé à la découverte du Nyiragongo savaient pourquoi ; les autres allaient le découvrir. L'effet fut dantesque ! Au moment où nous arrivâmes sur l'arête même du cratère, un vide démentiel apparut sous nos yeux. C'est comme si vous regardiez brutalement d'une falaise à pic de 250 m. sans transition. Heureusement que nous étions presque couchés en découvrant ce vide sinon je crois que le vertige en aurait surpris plus d'un (photo 1216).

On peut se représenter ce cratère comme une cheminée à parois quasi verticales de 250 mètres de profondeur et de 2 kilomètres de diamètre, au fond de laquelle une plate-forme horizontale est elle-même percée d'une nouvelle cheminée de quelques centaines de mètres de diamètre à son tour et qui s'enfonce dans les entrailles de la terre (photo 1217). Dans le fond, la mer de lave, mouvante et responsable le soir du rougeoiement  permanent qui existait à l'époque et que parfois, certains jours, à la saison des pluies, on voyait de chez nous à Bukavu (+/- 120km à vol d'oiseau). Seule ombre au tableau : comme nous avions pris la piste rapide, nous arrivions du côté ou l'on ne voyait pas la lave rougeoyante mais uniquement le nuage de gaz qui s'en échappait. L'effet de surprise passé, certains n'hésitaient pas à se relever. Nous restâmes une bonne demi-heure devant ces panoramas hors de toute imagination quand on ne s'y trouve pas. Inexorablement le temps passait et l'ordre de la descente fut donné. Durant celle-ci, nous ne tarissions pas de commentaires aux superlatifs les plus variés.

Quelle expédition, quelle satisfaction après les efforts consentis de découvrir ce que nous avions vu. C'était inoubliable. !

Haut
Mais l'aventure n'était pas finie.

Le repas du soir fut dévoré en moins de temps qu'il ne faut pour le dire et sans chahut mais avec discussion animée, nous nous étendîmes pour la nuit. J'avais toutefois hérité d'une bâche que je pus étendre sur les feuilles de bananier pour ne plus être en contact direct et ne plus avoir ces réactions gênantes. Le lendemain au lever, effectivement, je n'avais plus qu'un résidu des symptômes de la veille. Mes yeux étaient bien dégonflés et ma peau presque redevenue normale.

La vie est belle et ce troisième jour s'annonçait bien.

Les préparatifs de retour se firent « pole pole », les artistes étant fatigués des efforts de la veille car monter 2000 m et les redescendre sur la même journée, cela demande tout de même de l'énergie.

Haut
Parenthèse.

Au passage, je signale que les deux paternels avaient suivi paraît-il, jusqu'au premier champ de lave mais s'en étaient retournés bien vite, essoufflés, préférant la suavité de la « Primus » dégustée chez le colon où ils étaient reçus. Ils en profitèrent aussi pour visiter Goma et bénéficier des douceurs de Kisenyi plage au lieu de se farcir le cratère. (photo 1211).

Haut
Retour par détour.

Après un solide petit déjeuner, nous embarquâmes pour l'étape traditionnelle de Kisenyi plage aussi. On nous permit évidemment de piquer une tête au lac. Palmiers, demoiselles, limonades et primus pour les uns, baignades, pédalos, sable fin et ponton joliment fréquentés pour les autres ; enfin : le pied ! (photos 1290 et 1291)

Toutes les bonnes choses ayant une fin, après un bon viatique à midi, on rembarqua bien décidés à dévaliser la cuisine du collège du bon repas chaud promis, quelle que soit notre heure d'arrivée. C'était aller vite en besogne car au Congo, l'homme propose, mais la saison des pluies dispose.

La première étape Goma-Sake-Bobandana (photo 1288) se fit sous un soleil à peine voilé, mais après, les nuages s'amoncelèrent, la température dégringola et les premières gouttes nous surprirent au pont de la Lutumba ; la belle chute sur la droite maintenant était à peine visible. Une halte sous la pluie au tournant de la mort (km 112) fut la bienvenue. Il était 16 heures et l'on eut droit à une petite boîte de 'corned beef ' et deux tranches de pain. J'en profitai pour m'entailler un doigt en ouvrant cette satanée boîte de « singe ». Le Pif avait heureusement sa boîte de tensoplast et  une rustine bien appliquée, mit fin à l'hémorragie.

Haut
Une autre hémorragie.

16h30 : Le Déluge ! Une pluie lourde et froide s'abat sur tout. La bâche du camion fut placée au dessus de la benne pour éviter l'inondation de nos sacs et du matériel. Le poto poto n'ayant pas encore eu le temps de se former et le camion étant sur le léger plat qui suivait ce « tournant de la mort », nous pûmes repartir sans patiner mais ce ne fut pas pour longtemps.

Haut
Félix bloqué par l'eau !

En effet, les trombes d'eau déjà présentes sur les montagnes qui nous entouraient, avaient gonflé comme toujours en ces cas là tous les torrents qui, pour beaucoup en temps normal, n'étaient que de minces filets d'eau. Quelle ne fut donc pas notre surprise en arrivant au km 104 (8 km plus loin) de découvrir que le mignon petit filet d'eau local, transformé en bulldozer liquide, avait tout simplement emporté ce qui servait de pont. Un déluge de flotte empêchait toute circulation pour n'importe quel véhicule. L'imprévu interférait avec nos plans ; l'aventure se corsait. Nous avons vécu là des moments d'une rare intensité pour les adolescents que nous étions. Je vais essayer de vous rapporter la façon dont j'ai vécu cet événement. Si les frères ANDRÉ ou d'autres participants à cette excursion lisent ce texte, ils pourront sans doute compléter ce que j'aurais oublié.

Nous voilà donc bloqués, plus de pont, aucun véhicule n'osait s'aventurer dans le bouillonnement de peur d'être emporté par glissement et poussée conjuguée quelques mètres en contrebas. On s'organise ! Le père CROEGAERT, notre cher Pif, prend les choses en main. Il décréta que si on ne voulait pas attraper la 'crève', il fallait aller se sécher dans le baraquement des TP (travaux publics). La belle affaire : pour y accéder, il fallait traverser le torrent car il était de l'autre côté du pont qui n'existait plus. Ne perdant pas son sang froid, il explique que dans le matériel pris au départ du collège, il y avait d'anciennes cordes de la salle de gymnastique. (Rappelons nous que ces cordes avaient pas loin de3 cm de diamètre et donc une bonne préhension.)

Haut
Chansonnettes et petite tenue.

Un des frères Marabout se dévoua, mit la corde à sa taille et bravant l'écume, sécurisé par quelques costauds tenant la corde à l'autre bout, il traversa le tumulte des eaux et se positionna fermement de l'autre côté. Alors, un par un, nous tenant à la corde, nous traversâmes. Mis à part deux ou trois volontaires restés près des camions pour veiller au matériel et aux bagages, on se retrouva tous dans la (grosse) cabane des TP. Là, le père Préfet nous invita tous à nous mettre en caleçon et à tordre avec l'aide d'un copain tous nos vêtements complètement trempés puisque ce qui pouvait être resté de sec, ne le fut plus après le passage de la 'rivière'. Les aînés se chargèrent de nous faire chanter et danser non stop pendant une heure afin que personne ne se refroidisse et que nos vêtements aient pu sécher un peu. Vous voyez d'ici le tableau, tous en calecif en train d'improviser un feu de camp (sans feu !) mais avec uniquement des chants et des danses. « Les gars de Locminé, Bonjour ma cousine, la danse des totems ., Faïdoli et Tiouli y sont passés. Grâce à cela il n'y eut à ma connaissance, aucun malade.

Haut
1 km à pied, ça use .

Pendant que nous nous agitions en petite tenue, le père ne perdait pas son temps. Il donna son accord à deux volontaires : Jean DOYEN et ., (la mémoire me fait ici défaut et si le 2ème volontaire se reconnaît, qu'il n'hésite pas à se signaler). Ceux-ci partirent vers le poste des TP situé à plus de 15 km de là  vers Kalehe. Ils avaient pour mission d'avertir le commissaire Voyer des dégâts survenus au km 104, de demander qu'une équipe soit envoyée le lendemain matin et d'avertir le collège que nous prenions un jour de congé supplémentaire !

Après le départ de nos deux volontaires, notre préfet apprit que quelques km plus bas, vers le lac, il y avait une plantation  avec grange, baraque en planche, enfin le super confort quoi !. Il revint donc estimer l'état de sécheresse de nos corps et vêtements, nous intima l'ordre de nous rhabiller et d'atteindre la plantation par le semblant de route ou de gros sentier qui semblait s'y diriger. Il fallut encore à plusieurs reprises retraverser divers torrents dégringolant des collines avoisinantes ; heureusement, leur volume n'avaient plus rien de comparable à celui du pont bien que leur débit restait costaud. C'est là que les frères Marabout s'illustrèrent encore, car plantés fermement  sur leurs deux guibolles au milieu de ces torrents, ils nous empoignaient d'un côté pour nous balancer d'une solide bourrade de l'autre côté. Quelle aventure inoubliable, mon Dieu !

Enfin, nous arrivâmes à la plantation indiquée. Là, le père Préfet en tête, nous nous engageâmes dans la propriété. Les maîtres de céans sortirent ; c'était un jeune couple. La dame s'avança et fut interpellée par le père. Je vous livre la conversation : « Bonsoir Madame, je suis le père préfet du collège Notre Dame de la Victoire de Bukavu, nous sommes bloqués sur la route ci-dessus, pouvez-vous nous aider ? » Et le plus naturellement du monde cette dame répondit : « J'avais été avertie par mon personnel qu'il y avait un gros problème sur la route principale mais, ne vous inquiétez pas, on va s'occuper de vous ! ». Cette dame et son époux refusèrent d'abord que nous nous installions dans la grange puis nous prièrent d'aider leurs boys à dégager leur grand living ; ils firent ensuite étaler des nattes bien sèches sur le sol et un boy nous alluma un feu d'enfer dans la grande cheminée à feu ouvert.

Quelle gentillesse, quelle solidarité ! La réputation d'accueil chaleureux des colons se confirmait à nouveau. Dans l'heure qui suivit, un potage bien chaud nous était servi ; leur réserve fut mise à sac car une trentaine d'adolescents ayant dépensé autant d'énergie en 2 jours : ça tire ! Nous dormîmes enfin, au chaud, au sec et assommés d'aventures.

Le lendemain, à 05h30 : wake up ! Il fallait remonter au « pont disparu » et donner un coup de main. Je commençai d'abord à réaliser que mes chaussettes, mises trop près à sécher, étaient consumées d'un tiers. Ma chemise avait eu chaud aussi mais tant pis, et puis, je n'étais pas le seul dans le cas. On partagea le reste des victuailles c'est à dire : un quart de biscuit militaire et une demi sardine. C'est tout ce qui restait et comme on avait vidé les réserves de madame la veille. ! On eut juste droit à une petite tasse de café ou de thé.

Qu'importe, gonflé d'ardeur, nous remerciâmes chaleureusement nos hôtes et reprîmes le sentier vers la route principale. En partant, ceux qui étaient restés un peu en arrière avec notre cher Pif, entendirent l'aveu de notre hôtesse qui s'adressant au père CROEGAERT lui dit : « Avec votre apparence, en vous voyant arriver hier, je vous avais pris pour un surveillant de l'athénée ! ». Notre Pif partit d'un éclat de rire, accompagné en cela des élèves qui l'entouraient. En fait, rappelez vous que le père CROEGAERT balançait sa soutane dès la moindre excursion ou jeu de nuit et s'accoutrait presque comme un GI avec son béret et ses grosses lunettes noires. Englué de boue, sandales de gym crasseuses aux pieds et veste américaine ouverte sur une chemise kaki froissée et sans cravate : comment voulez-vous y reconnaître de prime abord un père jésuite s'il ne se présente lui-même ?

Que ces hôtes soient ici à nouveau chaleureusement remerciés de leur  accueil et de leur gentillesse. S'ils consultent ce site, auraient-ils l'amabilité de nous rappeler leur noms et prénoms ainsi que celui de l'endroit de leur plantation ?

Haut
Les collégiens « entrepreneurs »

Comme souvent sous ces latitudes, les éléments s'étaient calmés aussi soudainement qu'ils étaient survenus ; c'est cela l'Afrique. Des torrents de la veille ne subsistent que quelques pipis d'alouettes et c'est allègrement que nous rejoignons la grand-route. Et là, oh surprise, de chaque côté du lit de la rivière, calmée mais toujours sans pont, nous découvrons une longue file de camions, pick-up et voitures arrivés de la nuit. Du côté Goma, venait en premier lieu le pick-up du Pif suivi du camion de Félix (photo 1220). Sur cette photo on voit aussi à l'avant plan l'ami Charles de SEMMERIES en train de patauger dans ce qui reste du torrent. On reconnaît plus ou moins Guy NOTTE en blanc et Jean DOYEN essayant de récupérer une chaussure. Tout a fait à l'avant de cette photo on voit la marée de poto poto ; sa profondeur atteignait 30 cm à certains endroits et ce de chaque côté. J'y ai d'ailleurs perdu les restants de chaussettes grillées, dont je vous parlais ci-dessus, aspirées par cette mélasse. L'équipe des TP tardant, on proposa de jouer aux bateliers de la Volga et aussitôt dit, aussitôt fait, les vieilles cordes de la salle de gym réapparurent et l'on arrima le pick-up. Le Pif au volant, nous prîmes la corde et sur la photo 1221 vous pouvez admirer les efforts de toute l'équipe « sukumant » avec les frères Marabout, Jean Doyen et Jean DAHIN je crois en tête de cordée !

On tira le véhicule jusqu'en dehors de la nappe de poto poto afin qu'il redevienne opérationnel. (Un détail : admirez Félix, chauffeur du camion du collège, nous soutenant très moralement). Solidarité aidant, le premier véhicule direction Goma fut accroché et rebelotte en sens contraire ! On passa ainsi le camion du collège, des pick-up de colons et last but not least : la coccinelle du paternel que 2 fois 4 élèves bien bâtis prirent de chaque côté pendant qu'une autre équipe tirait. Il fallait en fait la soulever de manière à ce que le carter ne reste pas sur les caillasses du lit du torrent, ce type de véhicule étant très bas sur roue par rapport aux camions et pick-up. L'énergie des 8 porteurs et des tireurs firent merveille et les roues seules touchèrent les gros galets. La VW arriva ainsi à bon port de l'autre côté. Madame BUYTAERT et ma mère traversèrent soutenues par des grands et goûtèrent ainsi des joies de la boue d'avant et d'après rivière. La photo 1222 vous montre l'état de leurs pieds ! Comme vous pouvez le voir sur cette photo, les élèves eurent la galanterie de leur amener un bassin d'eau claire pour s'y décrasser tant bien que mal. Dans cette gadoue, plusieurs perdirent soit une chaussure soit l'une ou les deux sandales de gym. Enfin, vers la fin de l'avant-midi, on vit arriver les ouvriers des TP. 

Note d'André Bonsang : « Ces cantonniers devaient appartenir au même syndicat que les pompiers de Nanterre qui arrivaient toujours trop tard quand l'incendie était éteint. Ce qui avait motivé le décret du maire obligeant dorénavant tous les pompiers à se trouver sur les lieux un quart d'heure avant le début de l'incendie (sketch de feu de camp) »

Nous leur cédâmes bien volontiers la place et c'est en chantant à tue-tête que nous reprîmes la route vers Bukavu. Fin d'après midi, nous grimpions la rampe d'accès au collège et en un tour de main, le camion arrêté sur le parking du collège vomit garçons et matériel en un temps record. Chose promise, chose due, le collège nous attendait avec un excellent poulet aux arachides et riz assorti arrosé d'une sauce au pili-pili infernale qui rivalisait avec la lave du Nyiragongo qu'on avait quitté la veille. Le réfectoire fut donc pris d'assaut, nous n'avions plus mangé depuis 06h00. Repus et rentrés à bon port après un week-end pareil, la fatigue commença à nous gagner. Les internes filèrent en chambre où tout avait été prévu pour y prendre de solides douches. Les quelques externes participants virent leurs parents se pointer pour les reprendre. Comme j'habitais à quelques centaines de mètres du collège, je me les suis farcis mais dans un état second : la tronche en feu par le pili-pili, les pieds endoloris par les marches effectuées et les bras dépendus par cette corde à camion ! Enfin, que de bons souvenirs, que d'émotions, que de choses à raconter et surtout quelle victoire sur nous-mêmes. Et tout cela dans la bonne humeur ! Nous étions le 5 mars 1957 début de soirée.

*******************

« La vie reprend son cours et nous nos cours. »

Et la vie reprit son cours sur la rivière culturo-sportive du collège. Nos amis flamands nous firent cadeau d'une pièce de théâtre brillante : « Het Heilig Experiment » de Fr. HOLWADER. Le succès fut au rendez-vous.

Une nouveauté : les mentalités évoluant, nous eûmes droit le 19, fête de Saint Joseph, à la première messe du soir au collège.

Haut
Scout toujours !

Durant ce même mois de mai, les scouts organisèrent un camp à BIRAVA. La photo 1223 vous montre l'ami Gustave FABRIZI en plein effort ; il a toujours aimé tripoter à la cuisine et là, il fut servi. Sur la 1224, on y devine Alain DELVILLE dans une position assez confortable. Heureusement, le père SOMERS sauve la mise en célébrant la messe matinale (photo 1225). Sur la 1226, on y voit Charly LIBBRECHT surpris dans son cours d'initiation à la bonne chair dispensé à un petit scout qui « travaille ». Sur la 1227, on peut juger de l'état d'épuisement du « professeur Charly » écroulé au beau milieu des casseroles. ! Notre ami Marabout regarde sans doute la scène d'un oeil amusé ( photo 1228). Enfin, avec un lac enchanteur comment ne pas s'y jeter ? La photo 1229 montre Alain DELVILLE nous invitant à l'y rejoindre.

Haut
Visite royale !

L'événement qui marqua la fin de mois de mars 57 fut incontestablement la visite de sa Majesté le Roi Léopold III et de son épouse la Princesse Liliane de RÉTI. Ils restèrent à Bukavu du 21 au 25. Comme toujours : défilés, cliques et acclamations firent que le jour d'arrivée et le jour de départ furent l'occasion de raboter pas mal d'heures de cours. Sur la photo 1230, l'officier au sabre fait présenter les armes et sur la 1231, on voit le Roi inspecter les troupes et ce devant l'entrée de la résidence du gouverneur. La 1232 montre le défilé d'un escadron de la Force Publique le même jour, les photos 1233 - 1234 - 1235 montrent l'ambiance devant la résidence du gouverneur en attendant le retour du Roi. La clique de la F.P. (photo 1236) défile à son tour tout cuivres dehors. Il n'y a pas qu'eux. A notre tour, la troupe de la cure et les élèves du collège s'y mettent aussi. Sur la photo 1237, on voit à l'avant Jean Pierre, mon frère, suivi d'un petit blond ; derrière lui vient un des fils BISSCHOPS et immédiatement après, portant le steff de la patrouille des tigres, votre serviteur, pansement à la mâchoire, tensoplast au genou et bras dans le plâtre suite à un vol plané en bécane sur les ravines de l'avenue du Plateau. En effet, revenant du collège où j'avais été chercher une machine à écrire pour mon père, je descendis la rampe asphaltée de l'entrée de l'avenue du Plateau 'un peu vite'. Arrivé à la cassure asphalte - terre battue, l'impact fut plus que troublant. Conduisant à une main, portant la machine dans l'autre et voulant éviter en plus un porteur de régimes de bananes qui revenait du marché de Nya Lukemba, j'eus toutes les difficultés du diable pour redresser un vélo qui ne le voulait plus. Résultat : une roue en 8, une tronche amochée, un bras cassé en bois vert heureusement, des genoux en compote  et le guidon un peu tordu. Quant à la machine, elle fut mise en réparation pour renfoncements et bosses psychédéliques. (J'aurai vraiment tout connu au Congo.)

Revenons à notre cher Léopold III. Grâce à lui, le 26 nous fut offert en congé. Les photos 1239 et 1240 montrent une autre phase du défilé : qui s'y reconnaît ? Comme à l'accoutumée, le jour de son départ, l'avenue du Prince Régent fut coupée par un commando de collégiens et le Roi, descendit de voiture pour signer avec plaisir le livre d'or du collège  (photos 1238 et 1241)

Note : quelques jours après avoir rédigé cette partie, je fis une rencontre surprenante . J'ai retrouvé la petite fille qui offrit un bouquet de fleur à la Princesse Liliane à sa descente d'avion à Kamembe. Il s'agit de Marie Françoise WIRIX, fille du secrétaire du gouverneur de la province.

Haut
Carnet rose.

Fin mars : carnet rose fourni ! Une petite Joëlle vint égayer le foyer de Mr et Mme VANDERVORST. A quelques jours d'intervalle, ce fut chez Mr et Mme LAPAGE que fut accueillie une petite Claire.

Les rhétos, après une retraite de deux jours à SHANGUGU, reprirent la route du Nyiragongo comme nous le fîmes en début mars. Fort de l'aventure précédente, Marabout voulut emporter pas moins de 500 pistolets pour être sûr de ne pas en manquer. La petite histoire rapporte que Michel ANDRÉ, Jean Marie GILLE et François DUMONT de CHASSART auraient dû disparaître dans le cratère mais, avoue le rapporteur d'Orientation, la diseuse de bonne aventure consultée par leur soin s'était trompée.

Haut

Exit 2ème trimestre - Vive les vacances !

Le second trimestre finit le 6 avril par la ronde habituelle des DC3, vedettes et voitures éparpillant les internes à travers les provinces de l'Est.

Vive les vacances ! Comme toujours les petites aventures entre copains n'ont pas manqué, mais cette fois, mes vacances s'agrémentaient de mon premier camp scout en brousse. Une nouvelle découverte s'offrait. Il eut lieu à NYA NGEZI la première semaine des vacances. Quels souvenirs là aussi ! Transport en camion, montage de tentes, débroussaillages, installation de la tente « cuisine » avec les moyens du bord et surtout beaucoup de brelages. Le premier soir fut toutefois épique. La patrouille dont j'étais responsable était formée de chahuteurs et de bons vivants. Les blagues et les réparties eurent du mal à cesser. Elles reprirent de plus belle car vers 23 heures, cette chère bonne pluie bien africaine envahit tout. Ce fut la panique et les grandes gueules de chahuteurs se transformèrent en autant de poules mouillées aux effets trempés comme une soupe. Les chefs réveillés, intervinrent pour endiguer l'inondation et nous permettre de dormir tout de même quelques heures.

Le lendemain, le soleil eut rapidement raison des dernières taches d'humidité et nous n'eûmes plus d'incident du genre jusqu'à la fin du camp.

Le second jour, malgré les immanquables « tire au flanc », la salle à manger et le feu furent terminés. Le troisième jour, comme plusieurs scouts se croyaient au « club MED », Mésange (Luc VAN DEN DRIESSCHE) et Daim (Paul VAN DEN EENDE) vinrent les secouer un tantinet et tout rentra dans l'ordre. A ce sujet, une anecdote acheva de régler le problème dans la bonne humeur car au moment où Daim termina son speech en déclarant : 'on cassera les fortes têtes', la table faite en brelages  et sur laquelle Tapir (Albert DIERICKX), Sus VANDERICK, Jean DOTREMONT  et moi-même étions assis, s'effondra dans des rires joyeux.

Nous eûmes la visite des élèves de l'École des Frères de NYA NGEZI avec lesquels on a pu fraterniser.

Le soir du 4ème jour, un feu de camp monstre dont le gardien des légendes était Ibis (Jean Marie VAN DEN DRIESSCHE) nous rassembla dès la tombée de l'obscurité. Les jeunes congolais de l'école y participèrent ainsi que les colons des alentours, cela formait une belle assemblée. Un tantinet saisi par le trac, Ibis se lança dans l'aventure et nous embarqua avec brio dans un magnifique voyage semé de sketches, danses et chansons. Soirée magnifique avec un ciel sans nuage. Pensant prendre un bon petit repos, les scouts se mirent au pieu sans rechigner. C'était sans compter sur 'la surprise des chefs' : un super jeu de nuit qui ébahit évidemment la plupart d'entre nous. En effet, après un dernier tour pour voir si tout était calme, je commençai à me déshabiller quand retentirent deux coups de feux dans la nuit. Je vous assure que cela fait un effet bouf ! Pour ceux qui dormaient déjà ce fut sans doute encore plus stressant. Rhabillés à la hâte, on nous rassembla autour du mât pour nous annoncer que des prisonniers du centre pénitencier s'étaient évadés, avaient kidnappé Guido VANDERICK qui comme par hasard avait sur lui tout l'argent du camp. Jean-Pierre, mon frère, dans la précipitation pestait sur son capitula qu'il avait mis à l'envers et dont il ne trouvait pas la tirette à sa place normale. D'autres avaient croisé leurs chaussures ! Enfin, l'effet de surprise fut totalement réussi.

Le clair de lune magnifique, les tam tams des moniteurs congolais de l'école des frères et le directeur de la prison lui-même en grande tenue de brousse (colt compris) achevèrent de nous subjuguer. Ce fut un jeu de nuit inoubliable ; j'en garde d'ailleurs encore les traces, car je me suis claqué les tibias sur un tas de matériaux stocké dans la parcelle où nous nous élancions. (Ces grands pavements devaient servir à l'école.) Dans notre ardeur à poursuivre un des moniteurs, nous n'avions pas allumé nos torches afin de mieux cerner le gars ; cela ne me réussit point et avec mon bras cassé 15 jours avant, cela complétait le tableau. Enfin, on s'est bien amusé, n'est-ce  pas le principal !

Haut
Le pont de singes.

Le lendemain, fatigués mais heureux de l'être, puisant dans la réserve d'énergie propre aux ados, nous réalisâmes, guidés par nos chefs, un magnifique pont de singe au dessus de la petite rivière qui jouxtait le camp. Belle réalisation, faite dans les règles de l'art ! Nous fûmes félicités par Colibri, (totem de l'officier directeur de la prison) et les frères maristes. Tous, nous passâmes la rivière avec plus ou moins de dextérité sauf Tapir qui préféra nous regarder de peur de voler à la flotte. Il y eut ce jour-là un max de coups de soleil car nous avions travaillé torse nu pour la plupart. Comme tout a une fin, le samedi, une dernière messe nous réunit avant le démontage. Une fois la place du camp rendue propre à la brousse (on n'avait pas attendu les écolos) et les camions chargés, nous repartîmes vers Bukavu. Dès le matériel rentré, chacun regagna ses foyers afin de pouvoir dormir de tout son soûl. Une nouvelle expérience riche en péripéties venait de se terminer.

Haut
Et après ?

La suite des vacances fut à nouveau variée : natation, promenades, et surtout début des séances de 'sitting' autour des premiers électrophones ou beaux meubles radio - tourne disques. Que de fois les Everly Brothers sont passés sur la platine de chez Didier van de WERVE, les Platters chez Monique et Jacques GENIS. Au collège, on retrouvait Serge TRIPEPI (alias Mingo), qui dans un local proche de celui des leçons de piano de Mme Van DER VORST, passait « Don't be cruel » d'Elvis ou Jamaïca d'Harry BELAFONTE.

Se suivirent aussi les excursions familiales élargies aux parents et amis. KAMANIOLA, UVIRA, KALUNDU, USUMBURA d'un côté ; KATANA et KAVUMU de l'autre, KAMEMBE, SHANGI et la « ferme des mimosas » (jouxtant la forêt qui lui donna son nom) au Ruanda : autant de raisons d'escapades. C'est à cette époque qu'aux 'Bambous' j'osai pour la première fois plonger de la girafe la plus haute.

Haut
Au boulot !

La rentrée nous ramena en classe le 27 avril. Une nouvelle surprise nous attendait : une entreprise de génie civil commençait les travaux de notre stade sportif face à l'entrée principale du collège. L'immanquable congé du 1er mai vint déjà nous faire débrayer mais nous nous rattrapâmes  et durant le reste du mois, on nous fit trinquer en ce qui concerne les activités culturelles (conférences, films, JM, ciné forum, sports divers.). Le 31 mai : congé trimestriel, communions solennelles et confirmations : la totale quoi !

Juin démarre sur les chapeaux de roues avec un échange culturel fantastique : les élèves des Sours Blanches de KATANA nous offrirent un récital de chants indigènes. Le succès fut tel que le chroniqueur local de l'époque n'hésita pas à déclarer je cite :  « Si un spectacle pareil était donné aux Beaux Arts, que de salles pleines ! ».

Nos amis du Vlaamse Toneelkring nous proposèrent : « De nacht van de 16 januari ». Monsieur BUISSERET, grimeur attitré pour toutes les manifestations théâtrales, reçut l'hommage de tous les jeunes du collège pour ses services rendus.

Dans la foulée, la fancy fair, sans rééditer le coup de la soirée du « Tonnerre » de 56, n'en fut pas moins un succès monstre. La "Presse Africaine" du 15 juin 1957 en a du reste publié un compte rendu fort élogieux ainsi qu'en atteste la photo 1296 que nous a aimablement transmise Guy Van Gremberghe.

Un événement de taille survint le 14 juin 1957 : après 5 années d'absence, la crème glacée « made in collège » fit sa réapparition. Les internes jubilaient !

Les fêtes de St. Louis de GONZAGUE, accompagnées du congé d'usage, furent un grand succès et la présentation des voux au père vice - Recteur se fit dans la joie.

Les photos de classe refont bon train et c'est l'occasion d'immortaliser des équipes de choc. Ainsi la photo 1242 vous montre la 3ème latine dont le titulaire était le père CUYPERS. On y reconnaît debout de gauche à droite : le père lui-même, Victor HERMAN (=), Pierre SAILLEZ, Marc BOULET, Josph MOUBAX (=), Willy CLAESSENS, Gustave FABRIZI. Un deuxième rang est formé de Luc VANDENDRIESSCHE, Alain FELVILLE, Guy NOTTÉ, Marc LEJEUNE. A l'avant, toujours de gauche à droite, Jean Pierre DELVILLE, Auguste FABRIZI (=), Christakis CHARALAMBIDIS, Marc VERBOIS, Stéphane KOZIREFF.

Sur la suivante : 1243, se retrouve la 3ème scientifique A avec de gauche à droite : Gérard DELHAYE, Albert QUINTENS (=), Jean Pierre SUTTOR, Contosphyris EVANGELOS, moi - même, André BOLLO et le père Van de Vijver, notre titulaire. Yvon BULTOT(=), en congé en Belgique nous rejoindra plus tard.

Les liens se resserrent entre nous, dû au fait que le nombre d'élèves se restreint au fur et à mesure que le temps passe. A étudier ensemble par petits groupes, on apprend à mieux se connaître et de nouvelles amitiés se créent, les autres se renforçant. Chez les scouts, Gérard et moi étions souvent ensemble. En famille, Albert venait souvent chez moi avec sa maman ; Didier van de WERVE chevauchant sa pétrolette déboulait régulièrement et Paul VAN DEN EENDE frimait sur sa Lambretta mais, n'hésitait pas à m'emmener avec lui !

Haut
Scout, clairon et fantaisie.

A propos de Paul, il venait plus souvent avec la « Dodge » chocolat de sa maman et faisait le ramassage des scouts qui habitaient entre son domicile et la Cathédrale. Cela provoqua quelques « surplus de population » dans l'habitacle (il ne manquait que l'huile pour ressembler à des sardines). Comme il avait chez lui un clairon, voilà-t-y pas qu'on invente de faire les rassemblements et tout l'toutime, au clairon !

Comme je me débrouillais pas mal, cette tâche m'échut. Si les abords de la cure résonnaient d'échos « claironneux », c'est surtout en ville que nous nous fîmes remarquer car, revenant des réunions, on ouvrait la vitre arrière de la Dodge et je m'asseyais sur le rebord de la porte, buste à l'extérieur. Les copains, me coïnçaient les jambes fermement à l'intérieur et je me tenais de la main droite à la poignée intérieure de plafond. De la gauche, tenant le clairon, je débitais toutes les sonneries possibles et imaginables pendant que la bagnole remontait allègrement l'artère principale de Bukavu jusqu'au collège. Heureusement pour nous, la police brillait par son absence . et puis, faut bien que jeunesse se passe !

Film : « Pain, amour et fantaisie », fête du Sacré Cour, match de volley « pères - élèves » (où la dictature de ceux-ci put s'exprimer librement pendant une heure), match international Bukavu - Union Saint Gilloise (0-4). tout cela nous amena au 29 juin à une somptueuse soirée où l'opéra « le Barbier de Séville » nous fut présenté. Une équipe de choc effectuant une tournée lyrique au Congo, nous arrivait de Belgique, elle réunissait Lucy TILLY, Marie LIETARD, Huberte VECRAY et Jacqueline ROBERT pour les dames ; Robert DERVILLE, Raymond ROSSIUS, Marcel DESIRON, Stany BERT et Richard PLUMAT pour les hommes. (photos 1293 - 1294 - 1295) L'inoubliable Don BASILE fut interprété de façon magistrale par un Richard PLUMAT éblouissant. Cela me valut presque une nuit blanche, car mes parents étant des copains de Richard PLUMAT, se virent invités par celui-ci à leur guindaille d'après prestation. Je me retrouvai seul à faire les 100 pas devant la villa jusqu'à 2 heures du matin, car je n'était pas au courant de la combine et de plus je n'avais pas la clef ! Enfin, avec la sécurité qui régnait à l'époque à Bukavu, cela ne posait pas d'autre problème que celui de ne pas attraper la crève.

Les examens étant terminés à peu de choses près, le mois de juillet commença par un congé ; du coup : jeu de nuit à Kamembe, excursion au lac. grands et petits y trouvaient leur compte. Le 7, effervescence chez le VANDERVORST, grand concours de piano sur le nouveau piano de la grande salle. Les Jeunesses Musicales se fendirent de 5000 francs de l'époque pour les prix.

Enfin, le 12 : distribution des prix après quelques interprétations théâtrales des moyens en flamand et en français, les rhétos firent leur dernier show et la médaille d'or fut attribuée à notre ami Christian REMY.

Le lendemain commencèrent les vacances avec pour nous le premier retour en Belgique. Mon père avait eu la bonne idée longtemps à l'avance de retenir un vol sur SOBELAIR. Grâce à cela, nous embarquâmes dans le DC4 « LUALUBA » (photo 1245) à Usa. Je connus à Karthoum l'escale la plus chaude de ma vie. Ce n'était pas la même chose qu'à Stan lors de notre arrivée en  55 en loden, non ! Je fus en fait très surpris en constatant que étions plusieurs jeunes à transpirer 'des jambes'. Les semelles restaient engluées dans le tarmac.

Après une seconde escale forcée par la RAU de Mr. NASSER, pour simple contrôle, nous arrivâmes fort tard à BEYROUTH. Nous logeâmes dans un hôtel magnifique en centre ville et le lendemain, nous eûmes droit à une excursion splendide aux ruines de BAALBEK et à la photo de groupe où la grande majorité étaient des gens de Bukavu et environs. (photo 1244)

Remarque :

 « Coïncidence libanaise. André B qui relit mes notes me fait remarquer que exactement deux ans plus tôt, quittant le collège, il faisait le même voyage avec son frère et .. le père VAN DE VIJVER pour rejoindre ses parents rentrés plus tôt. Usumbura, DC3 Sobelair, Stan, Juba, Khartoum avec l'impression de cinquante couvertures sur le corps et des immenses ventilateurs qui tournaient trop lentement brassant un air fétide, puis Beyrouth enfin. Logement dans ce très grand hôtel de luxe aux trois salles à manger, dont le grand restaurant grand chic avec orchestre où ils arrivèrent en capitulas. Puis l'excursion à Baalbeck pour y visiter les ruines romaines. Tout cela dans un Liban très pacifique et accueillant. » 

Haut
Good Bye Bukavu, on se reverra en septembre.

Cette seconde année académique au collège, se terminait aussi chargée en événements, activités et découvertes que la première. Avec tout ce que j'avais vécu et appris, nanti de 15 cm de plus en taille, j'étais blindé pour rentrer au pays !

Exit 56-57, à bientôt 57-58.
 

Accueil       Menu