Bukavu, 1955 / 1956
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Première partie : de septembre 1955 à septembre 1956

 

A01 Introduction
A02 
Le départ

A03 L'enfer de STAN !
A04 Coup de foudre pour un avion.
A05 La fraîcheur de Kamembe et quelques surprises...
A06 De découvertes en découvertes.
A07 La révélation et la rencontre avec la nature.
A08 
La rencontre.
A09 
« Orientation » béni sois tu !
A10 L'avalanche d'infos !
A11 Jeunesses Musicales et football
A12 Retour à la chronologie.
A13 Un Frère, deux chiens, une barque.
A14 L'externat.
A15 Salon de Noël.  
A16 
Démarrage du 2ème trimestre.  
A17 Commandos sur RUZIZI !
A18 Famille enfin au complet.
A19 LUCHOSE
A20 
La télévision à BUKAVU !
A21 Snap-shots.
A22 Promenade à SHANGI (RUANDA)
A23 Pirouette fâcheuse. et caisses à savon !
A24 
Arrivée du Nonce apostolique, culture et essai de formule 'C'.
A25 
Pâques 56
A26 
Ah les copains
A27 
Troisième trimestre
A28 Caisses à savon (n+1)
A29 MAI, mois 'phare' de l'année 1956
A30 
SOIRÉE  DU TONNERRE !
A31 
Juin 1956
A32 
Athénée et Sainte Famille.
A33 
Patinoire et patinage .et autres
A34 
Juillet 1956
A35 
Les « grandes vacances ».
A36 
Les bécanes.
A37 
Le tour de France ?
A38 
Kalimbi, vacances « constructives ».
A39 Et en ville ?
A40 Le virus de la plongée.
A41 
Revenons à BUKAVU.

 

Bukavu, quand tu nous tiens !

(de septembre 1955 à juillet 1959)

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Introduction

Tout démarra en octobre 1955 !

Rentrant de l'institut où je venais de commencer la 4ème moderne (comptage à l'ancienne), la surprise fut de taille. Mon père attendit que nous fûmes réunis, mon frère, ma mère, lui et moi pour nous annoncer : « Je vous ai toujours dit que si l'on me sollicitait pour aller au Congo, je répondrais à l'appel. Et bien je crois que le moment est arrivé ! » En effet, en ce matin de début octobre, il venait de recevoir une lettre du Frère Baudouin, directeur de la section préparatoire du collège Notre Dame de la Victoire  de Bukavu ; celui-ci l'invitait à rejoindre son équipe au plus tôt.

La nouvelle m'abasourdit ! Je n'en croyais pas mes oreilles. Je connus une effervescence vertigineuse. Le Congo, si lointain, dont on avait tant parlé, rêvé, imaginé la vie., ce Congo devenait si proche tout à coup, si accessible . De ce jour, l'impatience du départ ne fit que croître, l'anxiété de l'inconnu aussi !

Je ne sais comment mon père s'y prit, mais en trois mois, toutes les formalités furent réglées. Je crois que sa diligence jumelée avec l'organisation impeccable des jésuites y furent pour beaucoup. La manoeuvre serait double : un premier départ concernant mon père et moi, fut prévu pour le 25 décembre 55 à 15h00, afin d'être opérationnel dès la rentrée en janvier ; un second fut programmé pour ma mère et mon frère le 15 janvier 56.

Pour moi, petit « belgicain » (comme disaient les coloniaux) l'aventure commençait ! Mis à part les belles cartes colorées du cours de géographie, les quelques documentaires vus au cinéma, et les histoires (souvent tordues .) véhiculées en Belgique sur la vie des coloniaux, c'était le saut dans l'inconnu. Qu'allais-je trouver ? Où allais-je tomber ? Ce collège où j'allais évoluer ressemblait-il aux collèges belges à allure de caserne et à la discipline spartiate ? Mes appréhensions, mes interrogations trouvèrent réponses au delà de mes espérances ! Mais n'anticipons pas. Je vous livrerai mes impressions de bleu débarquant au fur et à mesure de ce que j'ai découvert sur place.

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Première partie : de septembre 1955 à septembre 1956

« Le saut dans l'inconnu et la découverte d'un paradis ! »

Le départ

Revenons à ce 25 décembre 1955.

Le problème de la limitation des kilos par personnes (déjà bien présent à l'époque) et l'hiver 1955 bien entamé firent que, en bon belge, nous « finassâmes » et donc pour gagner quelques kilos, nous avions double équipement. Ajoutez à cela les lodens d'hiver que nous portions et vous aurez le tableau de la photo 1000 où, le fameux casque colonial à la main, notre départ fut immortalisé sur les marches de la passerelle « SABENA » qui nous permettaient de grimper à bord d'un superbe DC6. (photo 1000 )

Après bien sûr les adieux douloureux avec la famille restant sur le sol belge, un premier frisson me parcourut lorsque je montai à bord de ce fameux DC6 alors que je n'avais jamais mis les pieds dans un avion. Heureusement, l'excitation de monter à bord d'un quadrimoteur comme on en voyait dans les films américains l'emporta sur les appréhensions et c'est émerveillé que je vécus mon premier décollage. L'hiver aidant nous fûmes happés par une mer de nuages et quelques minutes plus tard, je découvris un soleil resplendissant illuminant l'étoupe des nuages qui s'étalaient maintenant au dessous de nous. Le soir tombe vite en hiver, aussi le survol de la partie européenne du voyage ne nous montra rien d'autre que toutes les formes de nuages jusqu'à l'avènement de la nuit. C'est en arrivant à Athènes que perdant de l'altitude, nous découvrîmes les lumières rutilantes de l'immense ville ; image qui me fit penser à un coffre au trésor de flibustiers qui renversé d'un solide coup de pied aurait répandu à l'infini des cascades de pierres précieuses ! Encore maintenant à 64 piges, quand j'ai l'occasion de reprendre l'avion la nuit, cette comparaison me revient toujours.

Grâce aux « marabouts juniors » reprenant les aventures de Bob MORANE, cette partie du voyage se passa sans paraître trop longue.

La deuxième partie « Athènes - Le Caire », plus de nuages tandis qu'une lune très lumineuse faisait scintiller la Méditerranée plusieurs milliers de mètres plus bas !

J'ai été frappé du confort non négligeable malgré la promiscuité de la « classe touriste ». Rappelez vous entre autre le petit coussin à usage multiple ! Il servait bien sûr pour la nuque mais aussi, posé sur les genoux de table, de table personnelle lors des repas, avec l'avantage que sa mousse faisait office d'amortisseur lors des secousses inopinées (trou d'air) de l'appareil. J'ai apprécié aussi le fait que les hublots avaient chacun leur tenture et que l'on pouvait ainsi placer son petit coussin dans le renfoncement, y placer la tête et rabattre la tenture derrière elle, ce qui coupait la lumière interne à la carlingue et permettait de ce fait d'admirer l'apparition de villes illuminées de certaines îles grecques.

L'escale du Caire nous permit de nous dégourdir les jambes et de boire un coup avec l'aide de ces petits bons qui accompagnaient le ticket d'avion.

La plus longue étape allait commencer : Le Caire - Stanleyville (Stan pour les habitués). Sitôt décollé, les hôtesses distribuèrent les splendides couvertures douillettes d'un bleu « SABENA » de rigueur.

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L'enfer de STAN !

Je me réveillai bien loin au dessus du Soudan où ignorant Karthoum, l'avion filait vers Stan. Je vis donc les couleurs aux tonalités insolites de la fin du désert et tous les verts possibles et imaginables des forêts qui défilaient sous nous.

Enfin, vers 11h30, heure locale, le pilote effectuait son approche. Le choc classique  des roues sur le tarmac passé, il fallut se requinquer et rassembler tout le brol (loden compris). J'ai alors connu l'enfer et la liquéfaction ! Vous voyez le tableau : descendre d'un DC6 à Stan en plein midi avec un loden et des paquets partout ! Le trajet de la carlingue au guest house, je ne sais plus comment j'ai fait pour le réaliser. On pouvait me suivre à la trace rapport à la transpiration laissée sur le sol !

Quand on s'est assis pour le dîner et se désaltérer, j'entends encore mon père dire entre deux râles : « Si c'est ainsi à Bukavu, je télégraphie à ta mère qu'on retourne ! » La dessus, voyant une éventuelle possibilité de voir mon rêve s'effondrer, je réagis stoïquement et lui dis : « Attends tout de même qu'on s'habitue un peu sans loden ! ».

Il était prévu de passer la nuit à Stan et de prendre le lendemain un DC4 pour Usumbura puis un DC3 pour Bukavu. Finalement, nous eûmes droit à un solide changement de programme. Les hauts parleurs se mirent à appeler d'urgence les passagers pour Bukavu car un DC3 était libre et prêt pour y aller. Il fallut donc se re-farcir les bagages, sacs, et « lodens » pour foncer jusqu'au DC3 !

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Coup de foudre pour un avion.

C'est grâce à ce changement de programme qu'est né mon envoûtement pour cet avion : le DC3. Cet avion fantastique, ne volant pas trop haut, j'ai vécu le saut Stan - Bukavu comme une aventure merveilleuse car du hublot, on pouvait tout voir, surtout que pour passer certaines montagnes, l'avion filait dans des couloirs de collines, ce qui fait qu'à hauteur des yeux, défilaient des sommets verdoyants tant et plus. Cerise sur le gâteau, cet avion réagit à tous les mouvements de l'air : on le sentait vivre et frémir, on faisait corps avec lui ! Je me donnais l'illusion d'être en plein bouquin de Buck Danny dans l'épisode des Tigres Volants au moment où ils doivent passer les montagnes pour arriver à Sou Chow . Quelle splendeur alors de découvrir le lac Kivu , de se frayer un passage entre les collines du Ruanda !

Et ce fut l'atterrissage à Kamembe.

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La fraîcheur de Kamembe et quelques surprises...

Dès l'ouverture de l'avion, au lieu de la chape de plomb de Stan : première impression délicieuse, il faisait frais et doux à la fois. Des traces de pluie récente étaient encore visibles. Nous découvrions une espèce de paradis sur Terre. Je repensai immédiatement à la réflexion de mon père à Stan et me suis dit de suite : « Ouf ! C'est gagné, on restera. ».

Cette première surprise agréable passée, toute une avalanche d'autres nous attendaient. En effet, n'oublions pas que sortant tout droit de mon Borinage natal, âgé de 14 ans depuis une semaine, j'avais de quoi comparer et je vous assure que je ne m'en priverai pas dans la suite de ce texte !

J'intitulerais la surprise suivante : « Il y a jésuites et jésuites ! »

Il faut d'abord resituer les choses. Mon père avait accepté le poste parce que la partie « préparatoire » du collège était sous la responsabilité des Frères Maristes. Ses contacts antérieurs avec les jésuites « de Belgique » lui avaient laissé un goût amer car l'attitude hautaine de beaucoup de ceux-ci et le plaisir malsain qu'ils prenaient à lui faire sentir qu'il n'était pas un notable nanti et donateur de la région l'avaient un tantinet marqué.

Alors, comprenez notre émoi, quand à la descente du DC3, trois ecclésiastiques s'avancèrent vers nous et que l'un d'eux portant grande barbe blanche, fumant un de ces cigares ruandais à écarter tout moustique, lui envoya une solide claque sur l'épaule en reprenant presque les paroles de Stanley retrouvant Livingstone : « Mr Ansieau, je parie ! Je suis le père Recteur du collège et je vous souhaite la bienvenue. » . Le monde venait de se renverser ! Un jésuite, recteur de surcroît, hyper sympa (comme disent les jeûnes maintenant) venu attendre un prof à l'aéroport ! Quand je pense qu'au collège où j'étais, il fallait prendre rendez-vous bien à l'avance pour avoir un entretien et qu'en plus, il fallait s'armer de patience car on vous faisait mijoter dans un parloir lugubre (mise en condition) en attendant le bon vouloir du « père ». !

Le monde à l'envers je vous dis !

Nous venions en fait de faire connaissance avec le père SCHUURMANS. À côté de lui, ce cher père Ministre conducteur acharné de sa Ford bleue ainsi que le frère Baudouin, tous d'une amabilité à vous couper le souffle. Ce premier contact nous éberlua et cela ne s'est pas arrêté là !

Formalités terminées et bagages sortis des soutes, la Ford 53 du père Ministre nous amena sans traîner au collège. Paysage merveilleux, lac d'un bleu scintillant, végétation luxuriante, fraîcheur vivifiante et vue sur Bukavu ont raccommodé mon père avec le Congo ; son impression de Stan était disparue pour de bon ! (photo 1001 )

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De découvertes en découvertes .

De mon côté, je n'avais pas assez de mes deux yeux pour enregistrer toutes ces images qui s'offraient à moi. Un sentiment indescriptible m'envahit et je pressentis alors que j'allais vivre passionnément ce passage de ma vie. Je ne me suis pas trompé !

Arrivé au collège, on nous désaltéra immédiatement et je découvris la suavité du jus d'ananas sortant du frigo et la tendre chair des mangues qu'on nous proposait. Tout de suite après, le père Ministre nous proposa de nous rendre dans les chambres (photo 1027 ) de l'infirmerie où nous logerions quelques jours, le temps que la villa prévue pour notre famille soit opérationnelle. Et là : deuxième surprise de convivialité, le père nous invita à nous rafraîchir (des douches étant prévues dans chaque chambre) ; lui durant ce temps là, se proposait de lire son bréviaire en nous attendant ! ! ! Nous en restâmes ahuris une fois de plus ; un père jésuite attendant 2 quidams sous la douche tout en faisant les 100 pas dans le couloir. incroyable mais vrai !

Enfin, débarrassés des kyrielles de sous-vêtements et chemises (pour cette fameuse limite de poids dans les bagages.), délestés de ce foutu loden que nous avions eu l'idiotie de garder et lavés de toutes les transpirations successives, nous enfilâmes les vêtements classiques de l'époque : un short (que j'appris se nommer un « capitula » dans la suite) et une chemise à col ouvert.

Le père Ministre nous conduisit alors au restaurant des professeurs et nous fîmes connaissance des produits locaux : fromage kraft en boîte bleue, confitures de toutes sortes, beurre de la Ferme des Mimosas (sise au Ruanda) et pain de chez WATTEUW ! Le plat de fruit bien garni était prévu lui aussi.

A propos, une petite parenthèse ; savez-vous que Mr. WATTEUW fut un précurseur des cartes de crédit en tout genre ? Souvenez-vous, à titre publicitaire, il avait fait réaliser des cartes plastiques aux dimensions identiques à celles des cartes american express et autres que nous utilisons couramment maintenant. D'un côté, il y avait « Ets WATTEUW avec les numéros de boîte postale de Bukavu et Usumbura et de l'autre le calendrier de l'année en cours (voir photos 1019 et 1020 ). Ma mère en avait gardé 2 et lors d'une rencontre avec le fils WATTEUW (?), il y a quelques années, je lui en ai offert une. Il en fut très émotionné car il avais oublié ce détail !

Revenons à nos moutons. Après ce simple mais excellent repas, nous nous sommes retirés dans nos chambres non sans avoir eu l'occasion de vérifier cette nouveauté pour nous : la tombée rapide de la nuit africaine et ce jour, cette transition jour - nuit fut souvent pour moi un moment privilégié (J'y reviendrai). Nous étions fourbus du voyage et nous avions eu notre plein d'émotions surprenantes.

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La révélation et la rencontre avec la nature.

Le 27 au matin, après un bon petit déjeuner, rencontre avec le frère OYEN qui nous proposa de découvrir ce collège qui nous intriguait de par sa taille, sa situation privilégiée et son état impeccable. Ce fut la tournée des cours intérieures aux parterres si bien entretenus, des différentes ailes, la chapelle si lumineuse, la salle de spectacle grandiose et les vues extérieures ! Je n'en croyais pas mes yeux, un collège comme ça, en plein cour de l'Afrique . (photos 1002,1003, 1004, 1005, 1006, 1007, 1008, 1009,1010, 1021,1022, 1023, 1024, 1025, 1026, 1028, 1029 ).

Après cette tournée générale intra muros, le frère Oyen nous proposa un petit tour vers la RUZIZI en descendant la colline derrière la  « petite poste » située à 100 m de l'aile des préparatoires. Nous goutâmes alors (ph. 1011 à 1018 ) aux premières ambiances autochtones : petit hameau à flanc de colline, hutte en béton pour certains, s'il vous plaît ! Nous eûmes droit à la séance de traversée en pirogue de la Ruzizi par un passeur . Enfin, tout était à découvrir. Stupéfaction évidemment devant les vaches locales avec leurs énormes cornes et leur pis  minuscule .

Quelle impression agréable quant à la bonne humeur des congolais rencontrés, rien à voir avec « le pauvre petit noir » qu'on nous présente en Belgique. Tous ces gens que je croisais, même habillés modestement souriaient et respiraient la joie de vivre. Cette descente à la Ruzizi clôtura cette avant-midi. Avec notre petit box, nous fîmes nos premières photos.

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La rencontre.

L'après-midi, suite des émotions nouvelles, le frère OYEN me propose de faire connaissance avec quelques internes restés durant les vacances et avec les externes revenant volontiers au collège durant les vacances. Nouvelle surprise : je me demandais pourquoi des externes revenaient durant les vacances dans leur établissement scolaire alors qu'en Belgique on s'empressait d'oublier la « boîte » ! J'ai très vite compris . Le père VAN DE STRAETEN avait organisé un « salon de Noël » mais, j'y reviendrai.

Le frère OYEN m'emmena donc vers la salle de jeux des externes située au dessus de la bibliothèque. J'allais enfin rencontrer les gars du coin ; mon pouls battait à tout rompre : les nouveaux, ici, comment les accueillaient-ils ? .

On entre et là, tout s'apaise, une fois les présentations faites, on m'expliqua le plus simplement du monde qu'on formait une grande famille et qu'on pouvait disposer de tout ce qui était présent dans la salle : jeux de dames, pingpong, échecs, bandes dessinées, dominos et livres, à condition de remettre les choses en place après usage.

Je profite du fait d'être à ce point de mon récit pour raccrocher les wagons avec le train mis en route par notre ami André qui quitta le collège en juillet 55 alors que je débarquai fin décembre 55 !

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« Orientation » béni sois tu !

C'est grâce justement à ce que je découvris dans cette salle de jeu que je peux me permettre aujourd'hui de combler cette période de quelques mois. Je m'explique.

Sur une table, bien en évidence, reposait une espèce de livre à couverture jaune et de fabrication artisanale. Je venais de tomber sur un exemplaire d' « Orientation » et je cite : « organe des élèves du collège Notre Dame de la Victoire , n°1, 7ème année Noël 1955 !.

Sa lecture m'a subjugué, à tel point que j'ai dévoré en un temps record les quelques exemplaires à disposition sur l'étagère.

Formidable, un journal trimestriel ou presque qui relatait dans des articles rédigés par des élèves et des profs les divers faits marquants du trimestre passé mais, aussi et surtout, ce périodique disposait d'une rubrique sensationnelle (et qui va me servir un demi siècle plus tard quasi jour pour jour après sa première lecture) : « le MOIS ».

En réalité cette partie commune à tous les Orientations reprenait « dates comprises » tous les événements survenus d'une parution à l'autre.

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L'avalanche d'infos !

C'est ainsi, cher lecteur, que je puis vous rappeler sans crainte de me tromper que la rentrée des internes eut lieu le 14 septembre et celle des externes, le 15. Et puis, suit quasi journellement l'énoncé de toutes les activités aussi bien culturelles qu'académiques, aussi bien ludiques que sportives ! À  la lecture de cette rubrique, on a de quoi être éberlué par la quantité ahurissante d'activités développées. Rendez-vous compte que je croyais arriver dans un coin perdu et que je me retrouve dans un système qui propose en 3 mois, plus d'activités que je n'en avais réalisé durant les trois premières années de mes humanités ! C'est une succession de conférences, de films, d'excursions, de causeries, de théâtre, de match de foot, de basket, de ciné-forum, de jeux de nuits et j'en passe .

Je puis donc vous rappeler la conférence « L'Afrique berceau de l'humanité » par le père Boni sj. le 19/09/55 ; le lendemain, 20, c'est le père JANSEN qui donne une conférence à la salle « Concordia ». Le 23, soirée Victor Hugo dans la même salle par Mr. LORION, consul général de France à Léo. L'énumération serait fastidieuse, rien que pour septembre, 10 dates sont mises en évidence, pour octobre 17, pour novembre 12, et pour décembre 10 !

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Jeunesses Musicales et football

On découvre ainsi que la première séance des JM eu lieu au ciné Palace le 16/10/55 et que le même jour, le Victory perdait de 0-4 devant le Sporting .

Bobbejans SCHOEPEN vint égayer le « vieux » Bukavu le 28/10.

C'est le 30/10 que les grands descendent à Usa pour le match Victory - UFC (1 - 1) et qu'au retour, le 31 eut lieu le terrible accident de camion où Jean Claude Marsigny (?) et son collègue RONSIJN furent durement touchés et conduits à du 140 km/h à l'hôpital de Bukavu par monsieur Morel. Un article de ce n° d'orientation commente l'événement ; il est signé André Cromphout.

La deuxième séance des JM eut lieu au collège le 6/11. Le 17, récital à la salle Concordia par Henri LEWKOWICZ au violon et Noémi SASLAVSKY (piano). Le 25, même endroit, « La pensée française durant les 10 dernières années » par Mr. MERLEAU-PONTY !.

Et ça continue : excursion le 27, succession de match, de cinémas, puis le 6/12 : arrivée spectaculaire de Saint Nicolas au beach de Shangugu ! Au soir, au collège, Mme Marie GEVERS nous faisait (re)découvrir Emile VEHAEREN ; le11/12, seconde rencontre inter - raciale sportive suivie d'une projection ; le 13, le Théâtre de l'Union Française (TUF) ; le 14 théâtre pour la division des petits, etc. etc.

Quel merveilleux outil que cet « Orientation », grâce à lui, notre ami André voit s'effectuer la jonction entre son départ et mon arrivée.

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Retour à la chronologie.

J'en reviens maintenant à cet après midi du 27/12/55. Après plusieurs heures d'échanges, de lectures, de jeux, je restai l'esprit assez perplexe. La quantité d'activités en plus des jours de classes normaux était élevée ; cela me donnait le vertige (et je n'avais pas encore découvert les ressources sportives du collège.).

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Un Frère, deux chiens, une barque .

Vers 16h00, je fis la connaissance du très sympathique frère Jules et de ses deux grands chiens : le berger allemand à l'oreille cassée Tarzan et le chien de brousse hyper costaud Nyota. Il me proposa de le suivre au lac pour sa promenade et baignade habituelle. Et là, rebelote, nouvelles découvertes, nouvelles aventures : tout d'abord le rituel du déplacement en barque puis séance de déshabillage en public grâce au grand essuie de bain qui servait de protection ! Venant de Boulaïa, ou chacun devait rester dans sa cabine pour ne point troubler les bonnes moeurs, ça change un peu, surtout qu'en plus un « frère » était de la partie. Vint ensuite les premiers mouvements de nage dans l'enclave réservées aux petits, puis les tentatives d'aller jusqu'au bout du plongeoir, sachant que la profondeur n'avait rien à voir avec les bassins de natation classiques. Enfin, comme cerise sur le gâteau, le frère Jules me proposa la traversée vers le plongeoir de la propriété du Gouverneur ! J'avoue que sachant nager depuis trop peu de temps, il me suggéra de prendre une de ces chambres à air de voiture qui servaient de bouée lors de nos ébats au beach. Et c'est ainsi que je fis autre chose qu'une ou deux longueurs de bassin ! ( Dans les jours qui suivirent, le frère Jules me fit abandonner la bouée ainsi qu'aux autres jeunes présents car il jugea que nous étions aptes à tenter l'expérience ). (photos 1110, 1111, 1112, 1122, 1129, 1143 )

Enfin, après avoir remisé la barque, la rentrée au collège se fit agréablement. Merci de tout cœur à ce cher frère Jules qui aida un grand nombre de jeunes, voire même de très jeunes, à vaincre leurs appréhensions des profondeurs ; rappelons nous la gentillesse avec laquelle il acceptait que un ou deux élèves de la section préparatoire s'accroche à son cou afin de nager à la « grande profondeur » ! Après 50 années, ces deux premiers jours sont restés gravés dans ma mémoire.

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L'externat.

S'il est vrai que notre ami André a goûté aux joies de l'internat, il est clair que j'ai apprécié, de mon côté, celles de l'externat. Revenons d'ailleurs au fait que je trouvais étonnant de voir tant d'externes présents durant des vacances dans leur collège.

Être externe à Bukavu, relève je crois d'une chance inouïe et d'une opportunité fantastique ! Non seulement, nous avions un collège agréable, des enseignants dévoués et des ecclésiastiques ouverts, mais en plus, nous bénéficiions des libertés (relatives) d'une ville éblouissante. Pour occuper ce petit monde, le collège organisait toute une série d'activités et c'est ainsi que tout comme Obélix tombé dans la marmite de potion magique, je suis tombé dans un collège bouillonnant aux activités centrées sur et pour « le jeune qui en veut » !

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Salon de Noël.

Jugez plutôt : l'article de l'orientation ( le n°2, 7ème année, mi-février 1956 ) « Noël chez les externes » rédigé par Marc VAN EYLL nous apprend que dès le premier jour des vacances les externes ré-envahissaient le collège because l'ouverture du « Salon de Noël ». La salle de jeux où j'ai débarqué le 27, fut prête grâce au R.P. VAN DER STRAETEN qui reçut l'aide de quelques bonnes volontés. Pingpong, jeux de société, lectures et à l'extérieur : tennis avec le championnat organisé par André van de WERVE qui battit en finale Pierre SAILLEZ. Au bassin, dès 10h00 : plongeoir pris d'assaut, concours de traversée. Le 30/12, séance « Quitte ou double » avec un monsieur LAPAGE en pleine forme et à nouveau Pierre SAILLEZ grand spécialiste du football. Le lendemain, grande course de patins à roulettes : 6 inscrits, 3 partants, mais pas mal d'admirateurs. Victoire de Didier van de WERVE cette fois .

Je marque un arrêt dans ces amusements pour me rappeler que le soir du 31 décembre, nous fûmes invités chez Mr. et Mme JADOT, tous deux collègues du paternel et futurs voisins. Là, je reçus l'autorisation tacite et définitive du père de fumer et après le repas, j'eus l'occasion de déguster mon premier whisky le fameux 'Black & White'  vendu chez MERMUYS ou à la coopérative. Exit 1955, vive 1956, cette année se terminait en beauté pour moi ; restait une étape décisive : la rentrée en 4ème moderne avec forcément la marée des internes et des externes... Mais, n'anticipons pas et revenons à nos moutons c'est à dire à l'article de Marc.

Le 3 janvier 'Soirée des Grands' avec la participation des profs. On y retrouve le père préfet : CROEGAERTS, Mr MORTIER, Mr GEERTS. Dégustation de cette chère 'PRIMUS' et production de brouillard de fumée 'belga' se prolongèrent jusqu'à 23h00.

Et le lendemain, le clou du salon : la course de bécanes !

On y apprend la mésaventure de Gustave FABRIZI dont la carrière de coureur se brisa net au premier tournant de l'avenue Chantal par une chute spectaculaire. On y admire un Charly LIBBRECHT affirmant nettement sa supériorité, ce qui lui valut de la part de l'auteur de l'article l'appellation de « virtuose de la pédale ». Les résultats furent révélateurs ; derrière lui on eut LUICKX (Lukusu) à 2'02'', de BERGEYCK à 2'21'', van de WERVE Didier (encore lui) à 2'27'' et son frère Robert à 4'23'' !.

Ce salon organisé je vous le rappelle par le père VAN DE STRAETEN et son équipe fut grandement apprécié.

Comment voulez-vous que jeune bleu, débarquant de mon petit coin de Belgique, je ne sois pas ébloui ? Le virus était inoculé, j'embrayai à fond dans le système.

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Démarrage du 2ème trimestre.

Le 5 janvier, le flux des internes fut continu et le soir, d'emblée le ton est donné : présentation par Jacques ERTAUD de 'L'aventure est sous la mer'.

Le lendemain, 6 janvier : rentrée effective en 4ème moderne avec Mr. WESTHOVENS comme titulaire. Les choses sérieuses commençaient.

Sérieuse, oui et non ; oui car avec le « Drelin, drelin. » de Mr MORTIER nous faisant goûter du 'Malade imaginaire', on entrait de plein pied dans son cours; non car avec Fleps (alias Freddy ANDRÉ) dans sa classe, comment garder son sérieux surtout quand ses imitations fusaient en 'stoemelink' pour que seuls les bancs proches l'entendent.

Et la corrida des activités jouxtant les cours reprit. Le 6, repus de tartes au riz des galettes des rois, certains téméraires firent face à la conférence de Mr. BOUCKAERT : 'Les bases physiologiques de la pensée'. Le 8, on nous proposa un documentaire sur la SABENA ; les 9, 10, 14 et 15 on redécouvrit le TUF dans diverses représentations dont celle du 15 'Le malade imaginaire' où nous eûmes droit à une variante de taille : Mr MOREAU avait réussi à faire remplacer les ballets des danseurs maures par ceux du corps du ballet indigène du collège Saint Paul. L'effet fut surprenant et leur succès foudroyant. Nos collègues congolais retournèrent auréolés de gloire ! Rappelez - vous d'ailleurs qu'à quasi toutes les représentations théâtrales, les grands du collège Saint Paul étaient invités et le balcon leur était réservé.

Et la sarabande de films, conférences, matches se succédèrent en non stop. Le « Vlaamse Tooneelkring » de Bukavu nous interpréta 'Onder een dak' le 22. Le 27, sortie des Rhétos à l'INEAC (institution connue à l'époque dans le monde entier pour la haute qualité de ses chercheurs et de leurs travaux), suivie d'un cinéforum ; le 28 jeu de nuit à la Michaudière et le 29, les équipes du collège s'illustrèrent dans divers matches de basket.

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Commandos sur RUZIZI !

Vinrent alors les 31/01 et 01/02/56, deux journées où les cours furent assez délaissés avec l'accord d'ailleurs des autorités ; en effet, nous eûmes droit au parachutage de commandos au lieu dit MOHARI ! Les paras belges venaient se coltiner avec les gars de Kamina. Nous assistâmes en direct à la prise du pont de la RUZIZI ; grenades, mitraillettes et jeep avec point 50, tout y était. Par la suite : défilé en ville, applaudissements pour les anciens du collège qui faisaient leurs services à Kamina et que beaucoup d'élèves reconnaissaient ( entre autres : CUPIDON, TONDEUR, VIENNE, MOTTEUX, PUFFET, DE CONINCK, VAN DER HAEGEN .)

Le lendemain, le saut des paras du DC3 dans le lac nous laissa émerveillés et le soir, la causerie du colonel VLAEMINCK sur les techniques de saut fut hautement appréciée. (photos scannées de pauvre qualité malheureusement : 1101 à 1106), origine des photos : orientation !

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Famille enfin au complet.

Entre temps, notre villa (1100) fut équipée et nous en prîmes possession quelques jours avant le 16 janvier, date à laquelle ma mère et mon frère nous rejoignirent. Mon frère découvrit à son tour le collège et retrouva rapidement un copain de notre région (1107).

Nous habitions Avenue du Plateau à N'GUBA ; toutes les rues de BUKAVU étaient baptisées 'Avenue' et c'est vrai que sous le soleil, malgré la terre battue, notre 'avenue' avait son petit cachet, pas trop large mais bordée de ce qu'on appelait là-bas des « chênes argentés ». (ph 1108-1109)

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LUCHOSE

La découverte des environs commençait à se faire aussi : N'GUBA, NYA LUKEMBA, les alentours du collège. Et à propos, vous souveniez vous que la colline sur laquelle est construit le collège s'appelle : LUCHOSE ! C'est grâce au film magnifique que notre ami Hubert HOSTE (?) entrepris de tourner en ce début 56 sur le collège que nous avons appris le fait. Notre ami Hubert s'était déjà rendu célèbre par son film « BUKAVU la riche ».

Avec la collaboration de professeurs, de surveillants et bien sûr des élèves, il tourna ce film d'une durée de plus ou moins 50 minutes sur la vie et les activités du collège. J'ai la grande joie de posséder un exemplaire de ce film grâce à la gentillesse de son épouse qui, après le décès d'Hubert, autorisa Alain DELVILLE s.j. (rhéto 59) à le copier sur K7 VHS et Alain me demanda de garder cette K7 source car il devait regagner son poste au collège et à la paroisse de N'GUBA avec comme curé ce cher père SOMERS que beaucoup apprécièrent en 6ème latine.

La bande sonore enregistrée sur bande magnétique séparée fut malheureusement perdue lors d'un retour d'Hubert en Belgique. Ce film commencé mi-février 56 fut achevé fin mai de la même année.

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La télévision à BUKAVU !

En février, le 8 pour être précis, à la salle des grands se concrétise une innovation : la « télévision », spectacle mis sur pied par une équipe de passionné ! Le succès fut tel que les grands se décidèrent à réitérer cela en réalisant quelques mois plus tard, après modifications, améliorations 'en zo voort'. la fameuse « Soirée du Tonnerre » qui resta gravée dans les mémoires comme l'un des sommets du music'hall bukaviens ! . Mais, chut, nous en reparlerons en temps voulu !

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Snap-shots.

Entre défilé de fanfare, excursion au KAHUZI, à KATANA, à DENDEZI, à NYA NGEZI et MIBERIZI, ben . la vie s'écoule sereinement et le carnet rose des profs se remplit car ce 14 février, une petite Anne (n°6) venait égayer le foyer de notre célèbre Gaston VAN DER WILT. (Comme quoi, les maths mènent à tout !).

Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas : ce 17/02 par exemple, par temps gris et triste, Mr . BRASSEUR, gouverneur de la province, faisait ses adieux au collège atteint par la limite d'âge.

Le 18, par contre, l'orchestre  du collège « Victory Orchestra ! » et ses 'Stars Boys' se distinguaient à KATUTU (CEC = Centre Extra Coutumier). C'est le premier orchestre européen à y jouer. Jean Marie Gilles s'y surpassa paraît-il. ! Et le lendemain, le Victory l'emportait contre le Sporting à Usa (1 à 0 ).

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Promenade à SHANGI (RUANDA)

Et pendant ce temps là. dixit Gilbert BÉCAUD, nous continuions à découvrir des endroits idylliques. Au Ruanda, par exemple, nous fûmes séduits à SHANGI, par la coquette plantation de café de Melle Laurence DACHELET, institutrice à la section maternelle du collège . (photo 1113 : dans la plantation de SHANGI, ma mère avec une petite pensionnaire du « pensionnat de la Sainte Famille » en week-end chez Melle DACHELET ; photo 1114, Laurence DACHELET, au volant de sa Taunus sur la route de SHANGI à Kamembe.).

Février se termine sur les chapeaux de roues : prise d'assaut de la confiserie GARY par les petits, conférence sur le parachutisme et l'université 'LOVANIUM', films, essai avec succès au lac de la vedette téléguidée du père LOMBARD ; on passe à 215 élèves en section préparatoire et le 29 février (oui, ce fut une année bisex. tile ! ouf j'ai failli faire la même bourde qu'un de nos ministres.) Guignol rapplique avec 'Bilulu, chasseur d'Afrique', ce qui nous valut d'entendre durant des semaines les petits (puis les autres) chanter : nina stembea pole, pole !

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Pirouette fâcheuse. et caisses à savon !

Mars démarre en force avec le bulldozer qui faillit « pinduler » au lac en voulant élargir la route menant au beach, avec en prime la dépanneuse, qui devait normalement le sortir de sa position périlleuse, tombant en panne à 10 m de celui-ci. (Et celle-là, ce n'est pas Hergé qui l'a inventée comme dans « Tintin au pays de L'or noir », c'est nous qui avons vraiment vécu le « allo !, c'est la dépanneuse qui est en panne !).

Passons rapidement le 3/3 avec la défaite des cadets du Victory pour nous focaliser sur la sortie tant attendue des ateliers du collège de la 1ère caisse à savon 'Jesabel' de Jean LEBRUN et Willy WAUTHIER. Le 4/3 par contre les « grands » du Victory ramènent la victoire sur l'UFC (4 à 3) [Et ouf ! cette fois, heureusement, sans accident sur la route du retour d'Usa.

Le 5, les rhétos et autres internes ont osé comparer leur sort à ceux du film 'Stalag 17' projeté à leur intention . (Ben voyons, qu'ils viennent faire un tour dans certaines institutions de la métropole de l'époque !). Le 11, grande expédition : les grands forment un commando de nageurs qui descendent la Ruzizi sur 16 km de PANZI à KITIMBA. Les moyens envahissent de leur côté NYANGEZI et les petits remontent avec ardeurs les méandres de la 'KAMANIOLA' !

Le soir, d'autres petits présentent « Marten de Haas » grâce au frère René et Mr. HEYMAN. Le grimage fut réalisé par Mr. BUISSERET .

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Arrivée du Nonce apostolique, culture et essai de formule 'C'.

Le 12, congé spécial en l'honneur de l'arrivée de Mgr. VAN STEENE, nonce apostolique ; merci Monseigneur ! Le lendemain, les cours ne furent pas beaucoup suivis car, comme à chaque occasion et pour cause : visite de Mgr VAN STEENE au collège d'ou : redéfilé en formation serrée sur la pelouse du terrain de foot face à la préfecture, refanfare, rediscours .. ! (Le tout, filmé par Hubert et donc immortalisé dans le film 'LUCHOSE' déjà cité.)

Se succèdent alors salon de peinture de l' Ecole de Paris (excusez du peu.), récital de Colette FRANTZ et Nicolas ASTRINIDIS, matches, jeunesses musicales et enfin, les premiers essais public le 18 mars des caisses à savon avec la fameuse Jésabel qui pique une pointe impressionnante de 42 km/h ; notons que carambolages et collision furent aussi du lot et nos amis THIRAN et DEVILLEZ s'en souviendront douloureusement ! On sait maintenant que le grand 'rallye' est prévu pour le 29 avril.

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Pâques 56

Le 24/03 départ en vacances ; mes premières vacances de Pâques ; de quoi tirer un premier bilan de ces trois mois passé à BUKAVU.

Ce premier trimestre, comme tous les autres par la suite, s'est passé à la vitesse de la lumière. Tout en nous assurant des cours de haut niveau avec des exigences strictes, le système appliqué au collège fut pour moi une merveille de développement. A côté de la rigueur inhérente aux études, les pères avaient le souci d'appliquer à fond le proverbe « Une âme saine dans un corps sain ». La succession d'activités aussi bien intellectuelles que sportives, effectuées à un tel rythme nous a profondément marqués. Il est clair que celui qui le voulait ne s'embêtait jamais. Je suis toujours resté persuadé qu'un tel collège est une bénédiction pour un adolescent. Après 3 mois seulement sur ce sol congolais, je percevais cette chance inouïe d'avoir quitté des établissements de haut niveau peut-être mais usant d'une discipline aveugle et répressive pour plonger dans un système à la discipline rigoureuse mais ouverte au dialogue et dans le respect des élèves.

J'ai pleinement apprécié ce souci permanent qu'avaient les pères et les frères de nous fournir des activités en tous genres. Qu'ils en soient remerciés !

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Ah les copains

Enfin, la vie continue, les vacances se déroulent en petites excursions familiales : KAVUMU avec les pizzas de l'Hôtel des gorilles, les eaux chaudes à KATANA, où mon frère se coupa la plante des pieds., le port de KAKONDO etc.

La découverte du voisinage immédiat se faisait aussi. En face de chez nous, la famille de Jean Marie LIBBRECHT évoluait dans une belle grosse villa, plus loin vers le collège, à un premier carrefour entre l'avenue du Plateau et la route by pass vers l'avenue du TANGANYKA, la maison des VANDERICK (Guido, Paul et Fransiscus dit Suske) ; plus bas, les van de WERVE (Didier, Robert .), plus loin les GILON (Yves, Luc, Jean Paul et Brigitte) avec comme voisin les LAURENT (Jean Pierre, Henri, Geneviève dite Poum, Francette .).

Continuant toujours vers le collège mais de l'autre côté, on trouvait la villa des GENIS (Monique et Jacques) qui avaient comme voisine une jolie dame qui oubliait souvent de fermer ses tentures. Et enfin , last but not least, au bout de l'avenue à gauche la villa des « SEGERS ». Madame SEGERS, professeur à la section préparatoire flamande, était donc collègue de mon père mais elle avait surtout plusieurs filles qui étaient assidûment courtisées par plusieurs collégiens. ! Les relations se nouent, des liens forts se tissent. Après un demi-siècle, des contacts étroits existent toujours entre certains d'entre nous.

Les jours s'écoulent ; nous avions fait l'acquisition d'un beau petit berger allemand femelle 'Dolly' ; nos malles arrivèrent enfin de Belgique avec leur lot de surprise : casses et traces de tentatives de vol notamment sur la caisse où se trouvait le beau vélo que mon père m'avait offert quelques mois avant notre départ. Dans l'ensemble, malgré tout le résultat du transport depuis Hornu (Hainaut) était assez positif. De plus, Jean Pierre LAURENT, me conseilla de m'adresser au marchand de vélo qui avait son atelier près du rond point de la Fontaine pas loin du collège.

Mon vélo fut bien réparé. Je ne sais plus son nom mais qu'il soit ici remercié car grâce à ce monsieur, mes grandes vacances 1956 furent remplies d'émotions et d'aventures. on y reviendra !

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Troisième trimestre

La rentrée des internes eut lieu le 15/04 avec comme d'habitude un film : Panique dans la rue. Le lendemain la rentrée effective avec les externes (aux pieds lourds) eut lieu.

Et la corrida reprit ! Le 17, un ciné forum évocateur : 'All about Eve' et le  18 'La vie de MOLIÈRE' nous remirent en ambiance d'études. Un documentaire sur le Danemark vint détendre le 20 et le 21 nos nerfs furent retendus par le match Victory - Collège Saint Paul  :4-4 ! Après ce match une réception amicale et prolongée eut lieu. Je profite de ce fait pour rappeler aux contempteurs de l'œuvre belge au Congo, que notre collège, qui avait commencé l'intégration des congolais métis depuis 48, avait le souci de la rencontre entre les communautés et que les échanges sportifs et culturels entre le collège de Barnabites et le nôtre ont vraiment été croissants dès 1955.

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Caisses à savon (n+1)

Causeries et films nous amenèrent alors à ce fameux dimanche 29 avril avant midi, jour du premier 'grand prix' des caisses à savon. Journée mémorable immortalisée par Hubert HOSTE (?) dans ce fameux film sur le collège. Quand on pense que pour cette occasion, avec la collaboration des autorités de la ville, la grande descente de la « Botte » (photo 1145 et 1146) fut réservée à cet événement ! Jean Claude MARSIGNY (?) fut le grand rapporteur de cet inoubliable organisation dans 'Orientation'.

« Sur 18 voitures nous narre-t-il, le collège en alignait 16. Les résultats furent les suivants :

Champion toutes catégories : Arved STRUDER en 40 ''

Champion toutes catégories en régional : son frère Eugène STRUDER

La demi-finale fut enlevée par DECRAYE, le quart de finale toutes catégories : NOTTE !

Et last but not least : classés en régional : LEBRUN, DUMONT et PUYPE.

En international : SCHOEMAKERS, THIRAN, DUMONT, LEROY, DEVILLEZ et GENIS ! » Ne me demandez pas ce que voulait dire régional, international . ; si parmi les lecteurs quelqu'un peut nous éclairer. merci !

L'après-midi, le Victory reprenait sa supériorité en marquant 2 - 0 contre le CFC !

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MAI, mois 'phare' de l'année 1956

Jugez plutôt .

Le 1er mai, le collège est champion du premier tournoi de basket à Bukavu. Le 2 Panayotis ZOTTOS (l'homme aux mollets poilus !) et Hubert HOSTE (?) sont reçus au Rotary club de Bukavu. Qui se souvient de Mme SCHARFDEVIDTS qui reçut les participants au « rallye des caisses à savon » pour un souper pantagruélique ?

Successions habituelles de films et récitals avec un événement particulier pour les intimes le 7 mai : projection en avant première du film LUCHOSE, documentaire sur la vie du collège, enfin terminé !

Une petite parenthèse dans cette turbulence de la vie collégienne pour vous signaler en ce mois de mai une promenade (famille ANSIEAU et famille JADOT) à la RUZIZI ; ce qui m'a permis d'avoir des archives particulières : quelques photos des chutes de la RUZIZI avant leur disparition par explosion pour les besoins hydro-électriques de Bukavu. (photos 1115, 1116, 1117).

Revenons au collège    dans le plus grand secret (ont-ils prétendu.) des acharnés nous concoctaient : la sensationnelle « Soirée du Tonnerre » du 12 mai 1956 !

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SOIRÉE  DU TONNERRE !

Rappelez vous, le 8 février passé, une 'première télévisée' vit le jour dans la salle des grands.

Forts de cette expérience très positive, les grands peaufinèrent un spectacle télévisé grandiose qui nous fut offert à 20h00.

Encadrement géant et voile de fine tulle donnèrent une excellente illusion d'écran TV de l'époque.

Claude JAUMIN nous rapporta cette soirée dans un article éblouissant de l'Orientation n°5, (7ème année - juillet 56). Le clou de la soirée, nous dit-il, fut la prestation des « Frères Jacques ». Fleps, alias Freddy ANDRÉ comme déjà signalé plus haut, nous époustoufla une fois de plus par ses imitations et Jean Marie GILLE fut intarissable. Quant à Mr. VAN DER WILT, il essayait vainement de faire goûter des "« maracoudjas bière ». Tous furent unanimes à reconnaître le dynamisme des collégiens et la qualité de cette soirée, jamais égalée dans le genre au collège !

Inexorablement, le temps s'écoule et le lendemain, se relevant de la guindaille, le Victory ne faiblit point devant le RKFC sous le score de 1 - 1 !

Le 16, nous fûmes charmés par le récital de José FRANCO à la salle Concordia.

Le congé trimestriel se pointe enfin le 19 pour le plus grand bonheur des moyens qui filent à l'île IDJWI. Pour les autres, le défoulement était au rendez-vous : tournoi de foot de BUKAVU les 20 et 21.

Les séances de ciné du collège ravirent différents publics le 27 avec Mlle Casse Cou et le 31 un solide documentaire sur « Arromanches » et la bataille « d'EL ALAMEIN » bourrèrent d'idées les adeptes de jeux de nuit.

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Juin 1956

Ce mois débute bien : le Victory s'affirme dans les victoires le 2/6 et le soir le ciné forum « Chiens perdus sans colliers » nous empoigna la gorge. Le 3 juin voit le grand succès de la pièce « MIDAS » jouée par le Vlaamse Tooneelkring de Bukavu et dont la régie parfaite fut assurée par notre spécialiste déjà cité : ce cher monsieur HEYMAN.

La culture a été sans arrêt un important pôle d'activités à Bukavu et je fus toujours séduit par cette succession intense de spectacles proposée autant par la communauté flamande que wallonne. J'ai aussi été agréablement surpris du respect mutuel et de la convivialité qui existait entre les deux communautés. J'étais loin, c'est vrai, des querelles belgo-belges linguistiques qui empoisonnaient (et empoisonnent encore) la Mère Patrie !

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Athénée et Sainte Famille .

Il faut tenir compte également que nous n'étions pas seuls à Bukavu ; l'athénée n'était pas en reste  et le pensionnat de la Sainte Famille non plus ! D'ailleurs, ce 9 juin 1956, pour le centième anniversaire de l'Institution de la Sainte Famille, nous eûmes droit, dans la belle salle de théâtre du collège, à une magnifique pièce de LABICHE : « La poudre aux yeux », superbement interprétée par les aînées du pensionnat.

En perte de vitesse (momentanée bien sûr ? ? ?), le Victory se fait enfoncer par l'Ecole Moyenne de NYA NGEZI le 10 juin. Et c'est l'athénée qui sauve l'honneur de Bukavu le même jour en battant le sporting d'Usa par 3 à 1 !

Ce mois de juin passe à la vitesse v-v' : conférence, remise des pris aux concurrents du rallye « caisse à savon » etc.

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Patinoire et patinage .et autres

Et pendant les heures libres, rappelez-vous qu'à cette époque, le père CLAES (Bilulu) réactiva le patinage et ses dérivés (hockey, courses, tibias endommagés et bras plâtrés.). Les jeux de Saint Louis du 21 juin furent percutants après le défilé traditionnel et le soir, un énorme « gorille » était mis à feu !

A partir du 22, le bruit de fond des barzas réapparaissent, disparus depuis quelques mois ! En effet, notre cher frère PROUVE  était rentré de congé : les « potferdeke » refleurissaient et les parfums de son calumet nous re-narguaient les narines.

Une séance spéciale des Jeunesses Musicales eut lieu et devant une salle comble, Mr. et Mme  VAN DER VORST nous présentaient leurs élèves : une année de patience et de dévouement reconnue à sa juste valeur et magnifiquement couronnée par ces prestations.

Le Victory II est champion de la saison et Mr. HEUS remet les médailles aux joueurs.

Le 30 juin , le congé fut mis à profit par les moyens pour une excursion aussi mémorable que mouvementée avec les 'trahisons' que pouvaient nous servir les mécaniques des camions de l'époque : disque d'embrayage en charpie dans un premier temps et freins brûlants dans un second. Pendant que les moyens se farcissent une dizaine de bornes 'pedibus cum jambis' les grands (s'entretuent) pardon, s'entrechoquent  au jeu de nuit organisé chez Mr. MICHAUX. Fusées, jeep, camions, tout y est !

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Juillet 1956

Arrive alors juillet ; les examens tirent sur la fin, mais nos esprits sont toujours autant titillés : Te Deum à la cathédrale et récital de Jean MONARQUE le 1/7.L'heure de la séparation sonna le 7/7 : le frère JOOSEN, imberbe et rayonnant nous quitte ; il avait encore travaillé jusque la veille au soir pour préparer l'impression d' « Orientation ».

Le 8, un concours de tir retint les acharnés ; d'autres ont apprécié le film « Le grand cirque de Moscou » tandis que le concours final de musique était présenté par les élèves de Mr. VAN DER VORST. Monsieur ROBERTFROIT, ancien pilote de la RAF, nous teint en haleine en nous faisant revivre la bataille d'Angleterre.

Enfin, le 12, on paie les factures de nos élucubrations ! C'est le grand jour de la proclamation des grands. J'y apprends que j'ai hérité d'un examen de passage en géographie. Dentifrice, enfin, le père VERHAEGEN, ne m'avait pas raté ! Pour l'anecdote : j'étais tombé dans la trappe m'expliqua-t-il, car il avait averti que répondre trop peu serait bien sûr sanctionné mais trop aussi ! N'ayant pas tenu compte de cette remarque, j'ai voulu faire comme nos politiciens, le noyer sous un flot d'informations supplémentaires et inutiles. J'en ai payé la facture et mon paternel n'a pas apprécié mais c'est une situation que je décrirai plus tard.

Une petite photo des barzas intérieures vous montre l'allure relax d'un employé congolais du collège regardant les élèves en partance pour les vacances (ph. 1118).

Avant de clôturer cette année académique, nos bons pères tenaient à immortaliser nos présences. Voilà pourquoi vous avez en photo 1119 la 4ème latine avec son titulaire Mr. MORTIER. La 1120 vous montre les signatures des participants. La 1121 vous montre la 4ème moderne et son titulaire Mr. WESTHOVENS. De gauche à droite et debout vous reconnaitrez sans doute :

Yvan COLLUMBIEN, André BOLLO, Guy VANGREMBERGHEN, Contosphyris EVANGELOS, Mr. WESTHOVENS, Albert QUINTENS (?), Jean Claude MARSIGNY  (?), Yvon B (?), René VAN DEN PLAS, Charles BORGERS.

Accroupis ou le genou en terre et de gauche à droite :

Franz ANSIEAU, Gérard DELHAYE, Jacques LEROY, THORTON, et le fameux imitateur et batteur du Victory Orchestra : Fleps parfois appelé Freddy ANDRÉ.

Une dernière excursion des grands aux « Bambous » est organisée le 13 et le 14, départ général ! C'est la rumba des DC3, de la vedette pour GOMA et des périples de retour en bagnoles aux quatre coins du Kivu, de l'Ituri, du Maniéma, etc. etc.

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Les « grandes vacances ».

Et nous, pendant ce temps là . ?

Tombant sous le couperet de la sacro-sainte administration, nous n'avons pas pu revenir en congé annuel en métropole comme les autres familles de profs car mon père s'était fait en quelque sorte avoir. En effet, démissionnant le 24 décembre 55 de son poste de directeur des Ecoles du Charbonnage du Grand Hornu, pour faire plaisir, il fut réengagé le 5 janvier 56 à Bukavu, d'où une interruption ! A cause de cette non continuité, pas de retour en Belgique ! Pour mon frère et moi, ce fut une chance et l'occasion de faire un tas de choses et d'en découvrir tout autant.

Grâce à cet incident , j'ai pu passer des moments inoubliables malgré les tracasseries de l'examen de géo. Je vous explique.

Plantons le décor comme dirait Pierre PERRET !

L'autorité paternelle décréta qu'avant de mettre un pied dehors, je devais d'abord réciter par coeur, par jour, 1 page du livre de géographie et répondre intelligemment et sans fioritures aux questions suggérées par cette page. Cela engendra des situations plutôt cocasses car le jour où une sortie familiale était prévue, je prenais tout mon temps (petite vengeance personnelle d'adolescent, grrr.) Par contre quand c'était pour filer avec les copains, ma mémoire mettait le turbo ! Il est vrai que c'est grâce à ces vacances (en plus des activités collégiennes) que j'ai pu apprécier les copains et forger de solides amitiés.

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Les bécanes.

Souvenez-vous de ma bécane arrivée tordue mais remise à neuf par le spécialiste en vélo.

Avec les LAURENT, GILON, van de WERVE, LUICKX, GENIS et autres copains, nous avions formé une bande de vélocipédistes que nous appelions pompeusement « escadrilles » (influence Buck Danny oblige). Les routes de Bukavu n'eurent bientôt plus de secret pour nous. Le moindre sentier de la Mukukwe, de la Kawa, mais aussi le long de la Ruzizi fut exploré.

Si les parents avaient su parfois où nous étions passés (surtout du côté Ruzizi) les vélos auraient été confisqués ! La descente au beach du collège était bien sûr devenue courante ; la remontée c'était une autre histoire. (beach du collège photos 1129 et 1147).

Combien d'automobilistes ne nous ont point vilipendés, lorsqu'en formation de tout genre, l' « escadrille » prenait toute la largeur de la route et que nous attendions que la nervosité des coups de klaxon atteigne un niveau tel qu'on sentait qu'il était temps qu'on déguerpisse !

L'asphalte des avenues du Prince Régent, Chantal et bien d'autres garde l'empreinte de nos genoux, coudes et paumes suite aux nombreux atterrissages forcés qui survenaient dès que l'autorité du chef d'escadrille s'effritait et que des sprints de forcenés se déroulaient.

 La terre des avenues non asphaltées absorba quant à elle le produit de nos écorchures sous l'œil quelque peu condescendant des autochtones qui devaient (avec raison) nous prendre pour des cinglés ! (photo 1123)

Eau oxygénée, mercurochrome et pansements divers nous attendaient journellement, mais quelle ambiance !

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Le tour de France ?

Quand la ferveur pour la bécane tombait quant à son utilisation intensive, on allait chez l'un l'autre envahir la villa. Je me souviens chez les Laurent, que nous avions détourné les règles d'un jeu de société pour simuler le tour de France par équipe. Cela nous a tenu en haleine pendant des jours. Jean Pierre LAURENT jouait déjà son petit patriarche alors qu'Henri, son frère intellectualisait toutes les procédures de jeu. Luc GILON, pour la forme et surtout pour enquiquiner son monde voulait toujours apporter une variante ou l'autre (encore maintenant d'ailleurs.) et son frère Jean Paul râlait au quart de tour. Au dessus de tout cela, fusait régulièrement le rire de Paul LUICKX (Lukusu) perpétuellement de bonne humeur. Didier van de WERVE s'esquintait à vouloir arriver le premier à chaque ballade en vélo. Que de bons moments, de conversations pseudo philosophiques propres aux adolescents sur tous les sujets possibles ; c'était le bon temps des joutes oratoires entre latinistes et matheux ! Que de plongeons dans le lac, que de promenades au grand air si agréable de Bukavu ! Merci en tout cas à tous ces copains, grâce à eux, je me sentais totalement intégré à cette jeunesse dite 'coloniale' de Bukavu. Quand je pense aux jugements abrupts et négatifs qui étaient faits en Belgique à l'égard des jeunes coloniaux, je ne pouvais que revoir ma copie de fond en comble. Non seulement les études étaient aussi sérieuses et poussées qu'en Belgique, mais il fallait aussi reconnaître que le nombre d'activités culturelles et physiques étaient de loin, plus soutenues. Nous étions des privilégiés !

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Kalimbi, vacances « constructives ».

Durant ces grandes vacances, il y eut une activité particulière à mettre en évidence, à laquelle toute une équipe d'externes participaient. En fait, le père Préfet CROEGAERT avait organisé à Kalimbi, un camp dans le but de construire une chapelle école ! Ce foutu examen de géographie m'en tint à l'écart, mais quelques figures de proue de l'époque firent preuve d'une énergie constructive débordante. Les photos 1124, 1125, 1126, 1127, et 1128 illustrent bien l'événement. On y voit Jean Doyen, VANKERKVOORDE (dit VéKa) et Jean Marie VAN DEN DRIESSCHE disserter sur la meilleure manière d'utiliser la scie. Quelle fierté nous lisons dans les sourires de nos bâtisseurs.

 Pourtant, en ces temps là, pas de climatisation, pas de véhicule 4x4 de luxe, pas de chambres froides. (beaucoup d'ONG actuelles feraient bien d'en tirer leçon !). Et nos gars ont rempli leur contrat (sans rentrer chaque soir dans l'hôtel climatisé prévu dans les contrats actuels.) ! Quelle aventure passionnante que de s'être rendu utile tout en passant des vacances !

Je crois que cela à marqué beaucoup de collégiens et que cette mise au service d'autrui nous a été inculquée durant nos humanités, car après la rhéto, bon nombre d'anciens ont participé à toutes sortes d'activités au service des autres.

Je pense notamment à l'équipe dans laquelle se trouvaient Guy LANGUY et SAERENS qui ont été « aux puces » avec les équipes de l'abbé Pierre ; je pense aussi à l'équipe qui entourait Marabout (Michel ANDRÉ) à Messincourt les semaines de Päques 60, 61 et 62 ; je pense aux compagnons bâtisseurs à Saint Denis en Brocqueroie près de Mons où Jean Doyen manipulait la bétonnière avec autant de ferveur que sa scie à KALIMBI pendant que Marabout (encore lui) faisait éclater des murs au marteau piqueur.

Le père Croegaert nous a raconté l'anecdote suivante, qui démontre que, déjà à cette époque,  nous avions de grands penseurs parmi nous : Le père Croegaert s'esquintait donc à réaliser un assemblage de menuiserie où se mélangeaient tenons et mortaises ; il remarqua que durant tout le long moment qu'il mit à faire ce boulot, un des frères KOZYREFF assistait à la scène le plus sérieusement du monde , les bras croisés, sans intervenir. L'assemblage terminé, le père vit avec horreur son oeuvre s'effondrer aussi sec.

A ce moment, notre ami KOZYREFF, sortant de son mutisme lui dit le plus doctement du monde : « c'est normal, c'est pas comme ça qu'il fallait faire. !». Le révérend père nous confessa qu'une lueur assassine s'échappa  de son regard !

Je ne sais plus s'il s'agit de Stéphane ou de Vladimir, mais ce jour-là, l'un des deux a risqué gros. ! Cher Stéphane et/ou Vladimir, pourriez-vous confirmer ou infirmer cette anecdote ;  puisque vous l'avez vécue en direct vous pourriez peut être nous apporter quelques commentaires.

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Et en ville ?

Pour ceux restés à BUKAVU, toutes les possibilités de sport leur étaient accessibles, mais pour nous, à N'GUBA, c'est surtout la nage au beach du collège et les cabrioles sur le célèbre plongeoir  à 3 niveaux qui nous attiraient, le tout bien sûr pour épater les filles. (Quand je suis retourné en 1989, les planches avaient été « soustraites » mais le plongeoir était toujours bien là !)

Ceux qui habitaient la Botte avaient bien sûr un centre nautique de haut style, yachting, ski nautique. tout y était.

Au collège, les courts de tennis étaient très prisés, la salle de jeux des externes évidemment accessible et la patinoire nous tendait les bras.

De mon côté, les fréquentes descentes au beach et les séances prolongées de natation me permettaient de m'affranchir. Après le frère Emile qui m'aida dès mon arrivée, un homme y fut pour beaucoup aussi et cet homme était Mr. ZAMAN notre prof de gym. Exigeant au cours et très compétent sur le terrain, ce monsieur plutôt taiseux nous permettait de l'accompagner à quelques uns pour de longues distances de natation. Calmement, sans s'énerver ni courir, il nous emmenait à plusieurs centaines de mètres de la berge, là ou les pêcheurs avaient placé leurs flotteurs (touques de pétrole renversées) pour repérer leurs filets. Quand on pense à la profondeur à ces endroits .! Mais, grâce au calme imperturbable de notre prof, nous nous sentions tous en parfaite sécurité et on se payait même le luxe de concourir à celui qui aurait le moins de cheveux mouillés en arrivant au bord, tellement la nage était « cool » comme on dit maintenant.

Merci Mr. ZAMAN !

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Le virus de la plongée.

Une autre conséquence des nombreuses heures passées au beach fut que j'y attrapai le virus de la plongée. J'eus l'occasion d'acheter en ville chez les van de WERVE, des palmes de couleur verte ; les matériaux de l'époque n'étaient pas encore au point et les crampes dues aux palmes se faisaient cruellement sentir. Sans ceinture de plomb, il fallait se borner à faire du 'schnorkel' comme on dit. Je me suis promis que je reviendrais un jour dans ce lac pour y effectuer une vraie plongée en scaphandre autonome et j'eus ce bonheur en 1989 à GOMA, car le directeur de l'hôtel KARIBU, (et situé sur la route de Sake, le long du lac) avait deux équipement et me permit de l'accompagner.

 A -15 mètres durant 1 heure, dans une eau délicieuse, quel pied mes amis.! Pour l'anecdote, l'organisation de cette plongée fit baver d'envie mes copains plongeurs de Belgique car tout le matériel, transporté par de boys jusqu'au bord de l'eau vous est placé par eux sur le dos au départ et enlevé au retour sans effort pour votre petite personne et en plus, cerise sur le gâteau, on vous tend le verre de whisky avec glaçons alors que vous avez encore presque les pieds dans l'eau !

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Revenons à BUKAVU.

Re-belotte pour les promenades autour du collège, avec vue sur le lac (photos 1130, 1131 et 1132) soulignées par les parterres de fleurs savamment entretenus par l'équipe des jardiniers sous l'œil attentif du père CUYPERS (appelé Cupidon). D'autres jours, c'était le folklore local qui nous attirait, ainsi ces danses bashis, une après-midi d'août à BAGIRA, village réalisé par l'OCA (Office des Constructions Africaines) (photos 1133, 1134, 1135 et 1136). Une excursion fascinante fut celle de NYA NGEZI d'où l'on retrouvait l'ancien escarpement pour descendre dans la « plaine » vers KAMANIOLA (photos 1137 et 1138).

Le mois de septembre se pointa et une dernière excursion de vacances aussi : la route du Biéga en famille (1139, 1141), l'escalade du sommet (1140) pour des courageux que nous avons croisés. Nous étions accompagnés de la famille JADOT lors de cette randonnée (02/09/56).

Le repassage de cet examen de géographie, surveillé et corrigé par le père COLIN, préfet des études, se fit sans problème et les préparatifs habituels de rentrée furent entrepris.

 

Exit 4ème moderne !                                                  L'année académique 1956-57 démarrait.

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