12 - Les anciens racontent
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Voici quelques brèves anecdotes que des anciens m'ont racontées lors de différents courriels.
Avec leur accord complet, je les reprends ici, en conservant le plus possible leur authenticité originale. (A.Bonsang.)

Wessel Van Leeuwen

Wessel est resté dix ans au collège de 1946 (en deuxième année) à 1955 (vijfde moderne). Wessel est d'origine hollandaise et protestante. Comme je l'ai peu connu et qu'il m'a écrit d'Afrique du Sud où il vit présentement, je le laisse se présenter lui-même :

"Ma carrière scolaire commença en 45 avec une année au pensionnat. Puis ce furent les Frères Maristes au Collège pour les primaires. Frère Pierre surtout. Il était petit et avait une barbe noire. (Voir photo 214 classe de huitième préparatoire 49-50, je suis le dernier à droite au 3e rang) Puis ce sera la section flamande, en moderne, avec le gentil Père Boon.

En 5ème Moderne, toujours section flamande, j'eus le malheur d'avoir un prof sans aucune autorité. On brûlait des lacets en classe, plaçait des sauterelles dans notre banc et elles  sautaient ensuite par le trou de l'encrier. Ce professeur s'est également égaré dans le Kahuzi et entendait partout des "olifanten". Mr Frans Holemans . avait par contre une belle femme.. Elle nous a appris à danser sur musique pour la pièce "Tyl Uylenspiegel" ! Alois Wouters, Hugo Braet, Robert Mortier and co. ainsi que "yours truly" commencions la pièce par une scène d'une peinture montrant des joyeux lurons à table, avec un des figurants avec trois jambes. Tableau bien connu d'un primitif flamand dont le nom m'échappe (Alzheimer?).

Le malheur est que j'ai doublé ma 5ème et pour faire bonne mesure je ratai également au deuxième essai.(la deuxième fois je n'avais pas mes 60% pour le catéchisme. n'étant pas catholique, pour moi cela ne comptait pas! Mais cela comptait pour les jésuites !) Ceci dit, n'étant pas catholique on me refusa de devenir louveteau et scout.

Je suis alors allé aux Pays Bas. J'ai terminé la M.U.L.O. puis retour en 58. Suis alors rentré en 3ème à l'Athénée et depuis 60, je suis ici dans un petit village près de Cape Town."

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Quelques anecdotes racontées par Wessel :

 

1 - Deuxième année sous la préfecture..

Sous la préfecture, il y avait quatre baies qui abritaient quatre locaux  Une des 4 baies en dessous de la préfecture servait comme classe...J'ai fait ma première année des primaires au pensionnat. Ma deuxième primaire au collège,  c.a.d. en Septembre 1946, se fit dans un de ces locaux.  Je ne me rappelle plus laquelle des 4 baies était ma classe. Cependant ce dont je me rappelle très bien c'est qu'en rentrant on devait montrer ses mains à Mme Crève-Cœur. Chaque doigt sale recevait une tape avec la règle et cela faisait mal...Ce n'est pas aujourd'hui que ceci serait permis...

 

2 - Retour par électrochoc

Le préau du côté des grands... Quand celui-ci était en construction, sauf erreur vers 50-51, alors qu'on installait deux magnifiques abreuvoirs circulaires en acier entre les WC au fond et les pissotoirs sur les côtés et alors que l'installation électrique n'était pas encore tout-à- fait achevée, il suffisait de joindre deux fils pour que la lumière s'allume dans le préau. Il se fait qu'un soir je saignais fort du nez et ayant reçu la permission de quitter l'étude, je descendis les escaliers (l'étude à côté de la chapelle), je rejoignis le préau en bas de la patinoire et joignis les deux fils. Ce que j'ignorais c'est qu'un bougre avait dénudé les fils. En voulant les joindre j'eus un fameux choc électrique et me retrouvai une milliseconde plus tard devant la porte de l'étude. Efficace méthode pour arrêter le flot du sang, tu m'avoueras?

                       

3 - Ne confondons pas pain pas cuit et mokati muzuri

Dans les années 45, 46.. , le collège achetait son pain chez Watteuw, un boulanger qui avait sa boulangerie près de la prison. Le pain de Watteuw était très bon. Mais, comme le nombre d'internes augmentait, le collège décida de cuire son propre pain. Et il se fait que la cuisson n'était pas toujours bien terminée et donc le pain pas assez cuit à l'intérieur. La mie ressemblait à de la pâte à moitié cuite. On sautait donc sur les croûtes, puis les petites tranches . Près des croûtes... Heureusement les choses finiront par s'arranger et les pain par se cuire complètement...

4 - Cupidon, le baryton

Te rappelles-tu que Cupidon (le goalkeeper Antoine Cuypers), des fois au salut du dimanche soir, ou même des fois durant la messe, se mettait à chanter : sa voix grave avait une telle puissance qu'il surpassait tout le monde?

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5 - Typhus

Guy Masfrankx mourra du typhus après une expédition au Kahuzi. Il aurait bu de l'eau d'une source qui lui aurait procuré ces microbes.

 

6 - Le fameux CER

Le C.E.R. en face du collège, on l'appelait le Collège des Élèves Renvoyés!

 

7 - Bagnole sur la patinoire

Je ne sais pas si tu te rappelles qu'un beau jour, en 1954 je crois, un parent vint visiter son fils et stationna sa Citroën 2 CV au bas de l'escalier qui mène à la préfecture. Étant des gamins pleins d'idées, quatre d'entre nous (je n'étais pas un des 4!) soulevèrent la 2CV et la plantèrent sur la patinoire près de la porte de la préfecture réservée aux parents (La porte du milieu était réservée aux curés et professeurs, celle du coté de la grande salle aux élèves). Imperturbable, le parent voyant sa voiture ainsi stationnée devant la porte du préfet sur la patinoire, ouvrit la porte de sa Citroën, mit la CV en marche, descendit les escaliers tout à son aise et quitta le collège. On en avait le souffle coupé...

 

8 - "Encore des patates ?" - "Merci, ma sœur !"

Les internes qui avaient une sœur au pensionnat pouvaient aller visiter leurs sœurs le Dimanche. Au début, c'est à dire durant les premières années, on y allait à pied, et nous prenions le dîner au pensionnat. Par après comme le nombre augmenta, nous y allions en camion et revenions avant midi.

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9 - La belle radio

Comme tu le sais, chaque année il y avait au collège la journée des jeux de Saint-Louis (sortes de concours olympiques). Les curés avaient trouvé un bon système pour nous faire participer : nous recevions des tickets qui nous permettaient de participer à une tombola que l'on tirait le soir. (Voir aussi les explications d'André au Chapitre 10, section O)  Le premier de chaque épreuve recevait, disons, dix ticket de tombola, le deuxième cinq et le troisième disons un. Toujours est-il qu'une année, j'avais bien couru, sauté, crié et je ne sais quoi, me donnant beaucoup de tickets de tombola. Or, le tout grand prix était très alléchant : une radio Phillips qui pouvait jouer sur batterie ou à l'électricité. Je la vois encore : elle était noire et mesurait plus ou moins vingt cm sur quinze. Elle avait un bouton à gauche pour allumer et augmenter le volume et un autre à droite pour chercher le poste (même s'il y avait plus de sifflements que de musique en ce temps-là). J'insiste aussi à te rappeler que le tout dernier prix était une allumette brûlée. (NDLR: ici, notre ami Wessel exagère un peu) Or donc, il se fait que le pauvre (ou veinard) Hilaire Boucquey s'était cassé la jambe à la première épreuve avec pour résultat que celui ci n'avait pas su gagner un seul ticket pour les beaux lots de la tombola. Je me rappelle encore comme hier que Hilaire et moi étions en route vers le tirage qui devait avoir lieu dans la grande salle (NDLR: ou plutôt la salle de récré de chaque division). Plus ou moins à mi-chemin entre la préfecture et la grande salle, le Père Boon nous dépassa et se retourna. Il se rappela tout-à-coup que le pauvre Hilaire traînait sa patte cassée et emplâtrée vers la grande salle et qu'il n'avait aucun billet de tombola.. Prenant alors pitié pour le pauvre Hilaire, le père Boon lui donna le dernier ticket qu'il avait en main. Devine qui gagna la radio... - Oui: Monsieur, Hilaire Boucquey en personne et en plâtre ! et qui reçut l'allumette brûlée? - Eh bien là, tu as tort! Je n'ai même pas gagné l'allumette brûlée et j'étais furieux. Je me suis plaint auprès du père Boon qui me consola de la manière suivante: "Wessel, toi, tu as eu le plaisir de participer et de gagner aux épreuves et de gagner tous ces billets. Hilaire n'a pu que regarder les autres s'amuser. Il est maintenant récompensé. (Et moi alors étais-je puni ?) La loterie ne m'a encore jamais souri. Ah si ! une fois. J'ai gagné un prix: une bouteille de Whisky. Mais tu dois savoir que je suis un "Teetotaller" (je déteste l'alcool!)....

Wessel

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Jean Moutarde

Ceux qui l'ont connu ne peuvent l'oublier. (Voir photo 211, le plus grand à l'arrière gauche..) Moi personnellement, je ne l'ai connu que deux ans et demi au collège de 49 à 52. En fait,  j'ai plus appris à le connaître en 50-51 parce que nous étions dans la même division, mais lui était en modernes, moi en latines, lui en 5e, moi en 6e, lui était sans doute le plus grand, j'étais un des plus petits. Il était premier de classe, je l'étais aussi, c'est bien notre seule ressemblance, car si en outre j'étais plutôt discipliné et obéissant, il était, lui, l'exemple de l'ado un peu rebelle, remuant, bavard, blagueur mais renfermé. Souvent puni et vivant dans son monde de gadgets, de bouts d'épingles, de tournevis et de ficelles.. Son pupitre ressemblait plus à un établi qu'à un bureau et il n'était pas rare que nous entendions scier ou gratter quelque part au fond de l'étude. C'était Jean Moutarde, le réparateur de toutes les montres et stylos de la division. Il souffrait d'un nystagmus aux yeux. Ce qui lui donnait une tête qui semblait vaciller sur le cou et un regard de travers, dans une attitude qui ressemblait à du mépris quand il nous regardait. Mais Jean était très serviable et avait un coeur d'or. Il dit lui-même aujourd'hui (février 2007) : "Comme je te disais mon regard de travers et ma tête qui va de gauche à droite rebutent pas mal de personnes mais quand ils me connaissent c'est tout différent, car comme le chante Laurent Voulzy : j'ai le cœur grenadine." Effectivement j'ai plus appris à bien le connaître par les courriels que nous nous échangeons d'un continent à l'autre après un silence de plus de cinquante ans... Et vive l'informatique ! Jean a été au collège de septembre 45 à Pâques 52, il avait sept soeurs, il allait donc souvent au pensionnat, quand il n'était pas en retenue...

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Anecdotes racontées par Jean Moutarde :


1 - "Moutarde, dénonce-toi !"

J'ai une mémoire d'éléphant, mais je ne suis absolument pas physionomiste. Mais je me suis souvenu d'une péripétie de nos moments turbulents. Te souviens-tu que lorsqu'on avait fait un coup, le Pif et le surveillant nous mettaient en rang et ils attendaient que quelqu'un se dénonce, très souvent c'était moi l'auteur et je me dénonçais tout de suite, d'ailleurs le Pif le voyait déjà dans mon regard, car je ne sais pas mentir! Une fois personne ne se dénonçait (et dans ces cas là ils me disaient tous : Moutarde dénonce toi, car il y en avait peu qui m'appelaient Jean) et cette fois-là, toi le plus sage de la section, comme cela durait longtemps, tu t'es présenté et le surveillant a répondu : "Ce n'est pas vous, car "Bonsang ne saurait mentir"! en reprenant une tirade de je ne sais où!

Tu me rappelles l'épisode des bavardages dans les rangs et les rangs bloqués, Là aussi les bavards devaient se dénoncer, mais quand c'était un coup de l'après midi (comme par exemple quand on cassait une fenêtre du local des louveteaux en jouant au foot ) hé bien nous étions mis en un rang face au surveillant ou au pif et ce jusqu'à connaissance des coupables. Il faut dire qu'il y en avait qui visaient exprès ces fenêtres, je me rappelle que pour finir ils avaient mis des treillis pour protéger les vitres.

 

2 - Croac, croac, croac..

Je vais te raconter une anecdote avec Fossile, je ne sais pas si tu étais déjà là, mais tu te souviens que Fossile, quand il prenait son bréviaire ou autre chose dans son pupitre à l'étude, il ne levait jamais le couvercle, car cela déclenchait instantanément un chahut. Alors il ouvrait son pupitre en faisant glisser la planche en la pliant par le milieu, puis il prenait ce dont il avait besoin en tâtonnant à l'aveuglette pour continuer à surveiller l'étude et ceux qui le guettaient. Or un jour, sur un "chiche" avec des copains, quand j'avais été à hôpital avec un groupe pour une visite quelconque, je m'étais écarté près de la Kahawa (ruisseau qui descendait de l'hôpital et qui était plus gros à hauteur du terrain de foot qui a pris son nom) et j'y avais  prélevé trois crabes que plus tard, rentré au collège, j'avais été placer dans son pupitre.

Le soir, comme ces crabes tentaient de s'échapper et que cela craquait dans son pupitre, le Père Fossile a, comme à l'habitude, soulevé sa planche pliée en deux et quand il a mis sa main, un crabe s'y est agrippé ! Surpris, il a lâché sa planche dans un grand fracas et il est devenu pâle comme un linge. Il a directement su que c'était moi, car j'étais au fond de la salle d'étude et les copains du pari se sont retournés et m'ont regardé en rigolant. Cela s'est terminé par quelques jours de cachot et là ... Fossile s'en donnait à cœur joie, je devais écrire 1000 lignes par jour, trente pages...

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Michel André (Marabout) raconte Jean Moutarde

J'ai deux souvenirs de notre ami Jean, le surdoué.

Panne de vengeance

 Un jour qu'il s'était fait -évidemment- mettre à la porte de l'étude par Fossile (De Crombrugge.. que j'ai retrouvé comme collègue à Bukavu en 1962 alors que je débarquais comme prof. Il était en réalité extrêmement gentil, fier de retrouver d'anciens élèves! Mais il était resté Fossile, tout blanc de cheveux et paraissant si vieux et si fragile!) Donc, notre ami Jean se fait donc mettre à la porte de l'étude après avoir, vers 17h45 -il avait déjà terminé ses devoirs et étudié toutes ses leçons- ouvert son banc (ce qui n'était pas autorisé) et commencé à trifouiller bruyamment dans ses trésors. Au moment où Fossile lui enjoint de sortir, Jean prend une boîte métallique remplie de mitraille et la renverse dans son banc, ce qui produit un fracas épouvantable et fait se retourner et murmurer toutes les têtes. Alors, Jean se lève, déplie lentement le couvercle de son banc et le laisse retomber, cela claque comme un coup de fusil et déchaîne l'hilarité. Quelques minutes plus tard, et pour un certain temps, le courant était coupé... Jean connaissait les circuits électriques d'une bonne partie du collège. (Cliquez sur l'image 271 pour la découvrir en grand)

 

La clenche électrique
C'est l'heure où, après l'étude du soir, on entre au dortoir pour aller se coucher. Notre ami Jean avait encore fait quelque bêtise (?) et il s'était enfermé dans sa chambre, ayant bloqué la porte avec son lit (?) (puisque nous n'avions pas la clé de nos chambres!). Sommé plusieurs fois de sortir, il refuse autant de fois. Évidemment, les éclats de voix nous avaient fait entrouvrir nos portes et, spectateurs inconditionnels, nous tentions de voir ce qui se passait. A un moment donné, le surveillant qui n'en pouvait plus de rage et d'humiliation, veut saisir la clenche de la porte... et soudain pousse un grand cri et fait un énorme bond en arrière. Notre ami Jean avait mis le courant sur la clenche...
C'est peut-être à cause de cela qu'il a dû, à notre grand regret, quitter le collège. (NDLR: Il faut savoir que Jean écopa, à cette triste occasion, de quatre jour de cachot avec trente pages à remplir chaque jour (soit environ 700 lignes)!.. Il écrira à ce propos : "J'écrivais parfois plus grand pour gagner quelques lignes sur une page, j'avais même essayé de coller deux porte-plume ensemble mais je n'arrivais jamais à faire une ligne complète avec les deux plumes touchant le papier en même temps et puis aussi quand on trempait la plume (les plumes), c'était difficile d'égoutter et je faisais des pâtés." Donc, pour essayer de gagner du temps et des pages, Jean avait imaginé - ce n'était jamais l'imagination qui lui faisait défaut - de jumeler deux porte-plume pour les utiliser en tandem. Mais il raconte qu'il n'est jamais parvenu à écrire plus d'une ligne (ce qui veut dire deux lignes, si vous me suivez bien) avec cet appareil de sa composition, car il fallait constamment maintenir les deux plumes sur la page, ce qui n'était pas une sinécure. Et de plus, tremper les deux plumes à la fois dans l'encrier exigeait un encrier à grande ouverture et obligeait à une gymnastique qui se soldait trop souvent par de gros pâtés... dixit l'intéressé.)

Enfin voici une autre anecdote de ce "brigand", telle que lui-même, Jean Moutarde, me l'a racontée par courriel ce 18 nov 07, soit 55 ans après les faits. Il y a bien prescription ! (A.B.)

Squelette, phosphore et pâmoison !

En cours de chimie un élève avait "piqué" quelques centilitres d'huile phosphorescente, et comme le surveillant du dortoir que j'avais failli électrocuter (voir anecdote précédente) était très peureux dans le noir et se baladait toujours avec sa lampe torche... C'était un père de taille moyenne, cheveux foncés avec des lunettes et toujours le nez vers le sol. Et ce n'est que la porte de sa chambre bien refermée qu'il allumait sa lampe de plafond.
Bref deux ou trois élèves voulaient lui jouer un tour, ils avaient découpé un squelette (à peu près un mètre cinquante de haut) en papiers collés et l'avaient enduit de cette huile phosphorescente, mais quand tu allumais une torche dessus cela devait faire un effet bSuf. Il leur fallait quelqu'un pour aller le suspendre au plafonnier, et ils se sont rabattus sur moi, car les retenues et cachot j'étais habitué. Donc j'attends le moment où il sort pour aller lire son bréviaire dans une salle, (il y avait deux salles où se réunissaient les Jésuites après le couvre feu de 21h, une salle servait aux discussions, l'autre à la méditation et à la lecture du bréviaire) je me faufile dans la chambre je dévisse un peu l'ampoule pour qu'elle ne s'allume pas. Nous étions aux aguets et quand on l'a entendu revenir, il a refermé sa porte. On a entendu le clic de l'interrupteur puis un grand cri et un boum carabiné... Pardi! En tombant il avait dû heurter quelque chose, ces alcôves n'étaient pas très grandes. Comme pendant une minute rien ne se passait, nous avons été voir: Il était assommé! On a vite enlevé le squelette et revissé l'ampoule, on a fait un peu de chahut pour qu'un autre surveillant se pointe, tout le dortoir était réveillé, mais ils avaient peur de sortir de leur chambre. Pour finir tout le dortoir était là, et c'est un Père Jésuite qui est arrivé. On lui a expliqué qu'on avait entendu un grand boum dans la chambre du surveillant et qu'on l'avait trouvé évanoui. Ce dernier a parlé d'un fantôme... Un fantôme !? Pour sûr, il délirait. Il avait dû avoir une fameuse commotion en tombant, le pauvre !.. Il n'y a jamais eu d'explication à cette hallucination.
Je ne me rappelle pas trop des copains dans le coup, mais je pense qu'Axel Bothma devait en être. Je pense aussi qu'ils étaient 4 ou 5 plus moi. Je n'ai jamais assisté à leurs réunions pour préparer ce joli coup, mais nous étions bien trois pour le finaliser.

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Anecdotes de Dany Léonard (8e prép.52-53)

NDLR: Dany (voir photo 215 ) est un ancien qui n'est resté que deux ans au collège, mais qui a le souvenir encore vivace. La vie ne l'a pas épargné puisqu'il a perdu la vue, mais son moral semble au beau fixe. Nous le remercions très sincèrement pour les quelques extraits de son témoignage racontés de manière humoristique et bien vivante.

 

"Je vous parle d'un temps

"Que les moins de vingt ans

"Ne peuvent pas connaître .."(Aznavour)

Souvenir, souvenir, que t'ai-je donc fait ?

 

Mon sobriquet de « petit gros » date du pensionnat des sœurs d'Astrida. Le frère aîné des Paquay, m'avait apostrophé en m'appelant "Eh, toi, petit gros!" et moi je lui avais répondu quelque chose comme "Oui, grand paquet?". J'étais un « bleu » et je n'étais pas autorisé à ce genre de réponse, vis-à-vis d'un ancien. J'ai donc dû faire mon « mea culpa » et à partir de ce jour je ne me suis plus appelé Daniel Léonard, mais « petit gros ». Mes souvenirs seront donc ceux de Petit Gros.

Et j'ai bien envie d'évoquer des anecdotes, plic-ploc, au gré de ma fantaisie.

 

Les caméléons

Comme souvent, il y avait des périodes, où l'on jouait à ceci plutôt qu'à cela. Et la période « caméléons » est assez inoubliable.

Les possesseurs de caméléons se promenaient comme de véritables fauconniers, le caméléon au poing. Nous partions à la chasse aux mouches, lorsque nous repérions une belle proie, nous tendions le bras vers elle et visions comme si nous avions un revolver. La future victime était condamnée d'avance.

Notre redoutable bête tirait plus vite que son ombre et plus juste que Lucky Luke. Notre cri de guerre était "après nous plus de mouches !"

Pendant la fermeture de la chasse, c'est-à-dire, quand nous étions à "l'étude", notre pistolet vivant, était déposé dans notre vivarium personnel, notre pupitre. Mais en classe pas question d'y amener notre monstre à cornes.

Derrière la haie qui nous séparait du potager des frères Maristes, il y avait un arbre "porte- caméléons", comme dans les meilleurs westerns, nous nous débarrassions de nos armes, avant d'aller prendre notre leçon de mathématique.

 

Petit problème de math..

Sachant que le train se déplace à 100 km à l'heure et qu'Annie qui va à Ninove en prenant un bain, dans un wagon de luxe, mais dont la baignoire coule et s'évapore...  La question est de savoir si la pipe du papa d'Annie sera éteinte avant que la baignoire ne soit vide et qu'Annie ne s'enrhume.

A tout problème il y a une solution. J'avais mis au point un système infaillible, qui méritait le prix Nobel, mais qui ne me valut que reproches et oreilles tirées. Mon idée était simple et efficace, jugez-en vous-même.

Il suffit de s'asseoir entre deux bons élèves, mais un rien corruptibles. À celui de droite, je demandais de résoudre les problèmes n° 1 et 2. Et en échange je lui donnais les réponses des n°  3 et 4. Et vice-versa (rien à voir avec versa dans le vice) pour le copain de gauche. Mes deux voisins étaient enchantés.. Et moi aussi. Je n'avais plus qu'à faire un "copier-coller"» au passage.

J'avais donc le temps de peaufiner ma basse-cour de cocottes en papier ou une ou deux escadrilles d'avions en papier plié. Persuadé qu'avec de tels dons, je trouverais sûrement un job avec mes cocottes en papier au ministère de l'agriculture ou avec mes avions au ministère de la guerre.

 

Tirs de barrages, en rage et en rouge..

Hélas l'enseignement et moi faisions déjà bande à part. La main velue du frère Jules écrasait sans vergogne et sans faire le détail mes poules et même les poussins. Suite à ce massacre atroce que je ne pus supporter, je me mis alors à tirer "à boulets rouges" sur le bon frère Jules.

Je mâchouillais des boulettes de papier que je trempais dans mon encrier rouge perso. Dans une sarbacane de papier, avec une adresse remarquable, je constellais le dos de mon ennemi d'un jour. Malheureusement une de mes étoiles devint une étoile filante et s'écrasa dans le cou de taureau du frère Jules.

Etant le seul à avoir une fiole d'encre rouge sur le banc, je fus rapidement découvert, l'astucieux frère Jules demanda à un "manche à balle" de compter les étoiles qu'il avait dans le dos. Je n'eus cependant pas l'audace d'entonner à ce moment là le célèbre "As-tu compté les étoiles, dans les astres radieux ?"

 

Trois retenues et tout le tremblement..

C'est donc sans aucune retenue que je reçus trois retenues et en prime une carte jaune.

Je crois que le juge suprême trouva que la sentence était trop élevée. Je vous en prends comme témoin.

A la troisième retenue, notre roi se mit à trembler sur son trône et faillit sortir de son cadre, qui lui était généralement attribué. Quelques statuettes saintes voulurent jouer les  filles de l'air et se mirent à vaciller sur leurs socles. Dans mon pupitre les billes claquèrent des dents et tentèrent une sortie massive.

Dans un premier temps le surveillant crut sans doute à une nouvelle facétie de "petit gros". Mais il fallu bien se rendre à l'évidence : la terre du Kivu tremblait. Le bon Dieu était-il en colère pour la trop grande sévérité du frère Jules ? Afin d'éviter la panique nous fûmes tous évacués vers le terrain de foot, au cas où ! Le frère Jules me pardonna, il était loin d'être rancunier, ni moi nom plus.

 

Attention : Frère jardinier, frère cordonnier.. !

Après les cours, nous allions reprendre nos reptiles à crête. Si par hasard il en manquait un, ce n'était pas grave nous le retrouvions un peu plus loin dans le potager, "Et si ce n'était lui, c'était donc son frère" dixit La Fontaine. Parfois c'était un frère Mariste et non un frère caméléon, qui nous trouvait. Le frère jardinier n'aimait pas que l'on marche dans ses plates bandes, il nous fallait repasser rapidement dans le trou de la haie.

Le dernier qui passait le Rubicon, avait parfois une marque de pneu dans le fond de culotte. Le frère Mariste cordonnier ressemelait les chaussures avec des pneus. J'ai gardé longtemps, non pas des marques, mais des sandales ressemelées, par cet as de la débrouille et du travail bien fait.

J'arrête ici cette évocation de petites anecdotes et je signe : Dany Léonard, alias "petit gros". Mon adresse courriel est  dany.leonard@skynet.be

 

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LÉOPOLD AÏSSI, le premier noir entré au collège en 1954-55
J'ai rencontré un grand homme.
Texte de Jean Maguru Chnyema le 16 avril 2007

 

 
Léopold n'a-t-il pas un peu l'air de Nelson Mandela ?

 Nguba, quartier Est de la ville de Bukavu. Un dimanche matin, lendemain d'une pluie torrentielle. Je quitte la voie principale et m'engage avec précaution sur la route secondaire qui pénètre dans le quartier, en contrebas. Quelques dizaines de mètres plus loin, convaincu d'être dans les parages selon les indications reçues, je me renseigne auprès d'un passant. Qui m'indique une maison, juste en face de moi. Deux maisons jumelées en fait. Sans trop savoir pourquoi, je toque à la porte de celle de gauche.
À l'intérieur, un chic sans tapage. Quelques secondes d'attente. La porte s'ouvre et stupeur, j'en vois sortir un homme robuste, de loin plus jeune que moi ! Je crois d'abord à une mauvaise plaisanterie. Zut, ce n'est pas la bonne porte& C'est donc l'autre. Nouvelle attente. Qui me paraît longue, tellement je suis excité à l'idée de faire enfin connaissance du premier Africain alfajirien. L'ordre qui règne dans les pièces me donne une première idée de l'homme.

 
La 6e Latine en 1957-1958 du RP Emile Somers: Léopold Aïssi est juste à côté du père cité, rang du milieu. Le mulâtre du premier rang est le cadet Fabrizzi.

 LES VICISSITUDES DE L'EXISTENCE

Il arrive. Présentations. Les premiers instants me perturbent. Je dois suivre les paroles de mon interlocuteur et, en même temps, découvrir l'homme. Je le trouve debout, présent et l'esprit vif pour quelqu'un ayant dépassé la soixantaine. Nous sommes tous deux dans l'embarras. Dans une heure, il doit voir le père recteur pour faire la restitution de la conférence qu'il a donné la veille aux élèves finalistes. Le thème ? " C'est la façon chrétienne de vivre sa profession. " En nous quittant sur ces entrefaites, je suis loin de m'imaginer que ce sujet va nous conduire à tout ce que nous voulions savoir.
Les pères mont choisi parce quil fallait l'expérience d'un professionnel de la santé et qui soit aussi un ancien élève du collège, me dira-t-il plus tard dans la soirée. C'était dans le cadre de la retraite de fin d'année scolaire pour les finalistes des humanités et à l'issue de laquelle ils auront à choisir la voie pour orienter leur avenir. J'ai évoqué par flash-back notre année à nous, 1962-1963, où nous étions en retraite et orientation. "
Et voilà qu'une page mémorable de l'histoire du collège nous est contée. Un cas qui, même s'il donne la juste place de l'incidence, sur les destinées, des contraintes de la vie, montre toutefois que la volonté, à travers la vocation reste le facteur qui détermine le plus l'itinéraire des individus. " Le premier de notre classe, Théodore Ntihinyurwa, choisira la médecine et il y est parvenu. Le deuxième, tout aussi intelligent, Fraterne Mushobekwa, opta pour le droit qu'il étudia en France lui aussi. Sa compétence et peut-être un brin de chance l'amèneront vers les sommets et il termina comme ministre. Le troisième embrassa lui aussi la médecine. Mais les vicissitudes de l'existence ne lui permirent pas d'aller jusqu'au bout de son objectif. Le quatrième, l'abbé Tata Pontien, n'eut pas de problème d'orientation puisque venant du Petit Séminaire, il a continué dans la même voie. Le cinquième c'était moi-même Léopold Aissi, qui avait choisi moi aussi la médecine. Nous avions eu de la chance car dans ces années de l'Indépendance, on octroyait une bourse à tous les élèves qui avaient obtenu plus de 65%. "

 
Léopold (2e en partant de la droite) en famille, avec ses frères venus lui présenter un bébé

 

PERSÉVÉRENCE ET ABNÉGATION
Je quittai donc Bukavu pour Louvain. J'y ai connu des obstacles académiques et autres. Je choisis donc un cycle plus court, celui de laborantin, qui ne s'étalerait que sur trois ans, de 1963 à 1966. Comme il y avait un labo à Bukavu, je rentrai au Congo, bien décidé à servir mon pays et ma province.
J'ai donc expliqué aux élèves la profession de laborantin, quelles études il faut faire pour l'exercer. J'ai répondu à toutes leurs questions et leur ai dit que je dirigeais une équipe de 11 techniciens. Je leur ai parlé de la persévérance de mes quarante ans de service. Tous les jours, je ne vois que les échantillons des urines, du sang, des selles. Laborantin, infirmier, ce sont des métiers dans les oubliettes. Mais c'était un choix : j'ai préféré une vie simple, calme, privée, pas celle où tu as de hautes responsabilités qui te privent de ta liberté. "
Nous revenons sur cette façon chrétienne de vivre sa profession et je veux savoir justement en quoi elle consiste pour le métier de laborantin. " Je leur ai d'abord dit qu'avant, je n'allais pas à la messe tous les matins, par manque de temps et à cause des problèmes. J'ai trouvé Dieu dans mon comportement de catholique, en ayant toujours le sourire, en étant accueillant et gentil à l'égard des malades. Tout cela n'a été possible que grâce à mon éducation catholique. Grâce au comportement puisé à l'esprit et à la formation chrétienne. Malgré la monotonie du travail quotidien, j'arrive le matin, je prélève le sang, je fais mon travail avec le même entrain. Il faut rester serein, ne pas se lasser. Je ne regrette pas ce sacrifice de ma vie. Même si je n'ai pas de biens, j'ai servi mon pays et la ville de Bukavu. "

 


Le maître laborantin à l'œuvre. Léopold lors d'une séance
de groupage sanguin au collège Alfajiri en mai 2005.

 

Nous abordons l'événement de 1954 et son inscription au collège. Difficile de ne pas évoquer la légende, qui a toujours voulu faire croire qu'un père du collège, de passage dans sa famille, l'avait trouvé ce jour-là à la maison puisque non-inscrit dans une école. Et qui, pris de pitié, avait voulu faire de lui le premier africain du collège. L'ancien réfute catégoriquement cette version.
LÉOPOLD, SOIS CORRECT AVEC LES ENFANTS DES BLANCS!
"C'était une initiative personnelle de mon père, Aïssi Pierre. Clerc, évolué, il avait reçu la médaille du mérite civique qui récompensait une vie de bonnes mœurs et de service. Il était à la MGL (Mines des Grands Lacs) puis était venu travailler à Bukavu. Il avait dit un jour : " Moi, j'aimerais qu'un de mes enfants aille étudier avec les Blancs. " On en parlait en famille. Dans la foulée, il écrivit une lettre au gouverneur Brasseur. Je ne sais trop pourquoi, il voulait que ce soit moi le petit, et non mes aînés. J'étais alors en 4e primaire à Sainte-Thérése, à l'actuelle emplacement de l'ISDR, comme tous les enfants des évolués".
" À notre grande surprise, le gouverneur répondit positivement ! Il le pria de faire toutes les formalités administratives. On vint donc inspecter chez nous à Kadutu, voir comment on mangeait, où je dormais. Peu après, il me dit : " Tu viendras avec moi, nous irons chez Monsieur Willemard (du Centre extra-coutumier de Kadutu, ndlr). Mon père m'emmena dans sa voiture. On alla voir aussi le frère mariste qui dirigeait l'école primaire du collège. Nouvelle inspection, cette fois avec monsieur Willemard en personne. On jugea que nous remplissions les conditions. Monsieur Willemard me dit : " Léopold, il faudra être correct avec les enfants des Blancs. "
" Le 6 septembre 1954 fut donc un grand jour pour tout le centre extra-coutumier de Kadutu. Le bus de la STA, qui jusqu'alors ne passait qu'au quartier industriel pour prendre les métis Fabrizzi et Herman, monta jusqu'à Kadutu pour moi tout seul. Ce fut un choc, oui. Surtout pour mes camarades de Sainte-Thérése. Leurs pères à eux n'avaient pas entrepris cette démarche. "

 

 
Le jour de mes 60 ans en septembre 2003

 

On peut se demander comment le collège vécut ce changement brusque et comment le nouveau venu fut accueilli dans un cadre aussi inédit pour lui.
" Je fus bien accueilli par tout le corps professoral, déjà averti. Il semble qu'on avait prévenu les élèves en leur disant de ne pas être agressifs avec moi. On m'appelait le Noir. Le frère Henri, professeur de 4e, était sympathique à mon égard. Les petits Blancs me taquinaient. "
UN ATTACHEMENT SANS FAILLE AU COLLÈGE
Comme on peut le deviner, la réussite et l'intégration de Léopold Aïssi poussa les autorités à changer de politique vis-à-vis des Noirs et donna des idées à toutes les familles des évolués africains.
" Un an après, une cinquantaine de mes anciens camarades de Sainte-Thérése sont venus me rejoindre au collège, parmi lesquels les trois frères Lukama : Alfred, mon collègue de classe, Marcellin, aujourd'hui général et Achille. "
À la traditionnelle question de savoir quels furent les souvenirs les plus marquants de son passage au collège, Léopold Aïssi n'hésite pas un seul instant.
" J'ai gardé beaucoup de souvenirs du collège. D'abord, le fait d'avoir été scout, d'avoir bénéficié de cette éducation parascolaire et de ce suivi. Ensuite, les nombreux amis. Je fus aussi un grand joueur de football, capitaine du Victory jusqu'à mon départ et j'ai fait du théâtre. "
Un témoin aussi privilégié d'une époque aussi particulière comme celle précédant l'Indépendance ne pouvait pas rester indifférent à tous ces bouleversements qui s'annonçaient dans un ciel jusque là serein.
" Dans ces années-là, on parlait beaucoup de ceux qui réclamaient l'Indépendance. Je n'ai toutefois pas noté de changement de comportement à notre égard. Le vent était venu de Léopoldville (Kinshasa) et de Stanleyville (Kisangani). À Louvain, par contre, les événements ayant suivi l'Indépendance avaient créé une certaine tension entre les communautés. "
Après ses études à Louvain, Léopold Aïssi enseigna pendant deux ans au collège auquel il était resté attaché, de 1966 à 1968.
" La première année, j'ai enseigné le cours de biologie en 5e et en 6e. j'avais demandé une permission au médecin inspecteur. "

À bientôt pour une suite.

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"Un peu de tout", correspondance de Stéfano Busin (au collège de 1948 à 1953)
souvenirs et anecdotes à partir de courriels en juin 2008 (et vive Internet)

Salut, André,
 
Et d’abord, merci pour ton courriel, qui m’a fait replonger dans notre site, que je n’ai pas encore exploré attentivement, mais qui me fait déjà réagir.
Et voici ces premières réactions : 

Surveillants :

- en 50-51, un surveillant des moyens « MP » comme Military Police (est-ce lui qu’on appelait aussi King-Kong?)

- vers 48, un surveillant des grands « Chungu » (casserole), chauve, barbu et très costaud. Un jour, je ne sais pourquoi, il veut mettre Ignace de Gruben à la porte. Ignace fait la sourde oreille. Chungu approche. Ignace était au dernier rang, près de la fenêtre. « de Gruben, à la porte ». Pas de réaction. Chungu empoigne Ignace et le banc auquel il se cramponne et tire le tout jusqu’à la barza.

 Profs :

-en 48-50, il y avait un autre van den Abbeele sj,  prof de 5ème latine « Moké »

De 50 à 53 (après, je ne sais) Van Der Wilt « Gaston » était titulaire de 1ère scientifique

Pas de 2ème et prof de chimie

RP Van de Vijver de 3ème et prof de physique

Geerts des économiques

 Maristes : 

- Le titulaire de 5ème moderne jusqu’en 49 : Frère Valère, robuste, ancien back dans l’armée. Il chaussait des bottines cloutées, grosse pointure. Quand quelqu’un faisait l’imbécile, debout sur l’estrade il levait sa jambe, exhibait sa semelle et disait : « Vous, mon pied ». Moreau a su ce que ça voulait dire concrètement. Le local de 5ème était au rez-de-chaussée, le premier à côté de la préfecture. Moreau, récidiviste, Valère s’en saisit par le collet (Moreau était plutôt freluquet), le tape au sol comme un ballon avant dégagement, le botte dans le derrière vers la porte ouverte et voici un magnifique vol plané, les quatre fers en avant. Le préfet Smets, un hasard qu’il passe par là, voit Moreau sortir en l’air, à hauteur de table et finir sur son derrière dans la barza. « Eh bien, là-bas, qu’est-ce qui se passe ici ? »

Élèves et surnoms:     

Encore des surnoms : « manivelle » et « magnéto » = les deux frères Van Den Heuvel, « fourchette » = Pierre Meessen,  « tico » = Alberto Fernando Tavares Pimenta Leitâo.

Enfin, « Cupidon » chronologiquement a été d’abord octroyé au footballeur Antoine Cuypers (raisons multiples : succès sportif,  forme de la bouche, Cupidon avait aussi des cheveux bouclés, un accroche-cœur, et ... une sœur

au pensionnat et enfin aussi par identité phonétique du début des deux noms Cuyp.. Cup) Ce n’est que plus tard, par homonymie que le surnom s’est naturellement transposé au Père Joseph, sj, prof de troisième latine par profession, aumônier de clan (Milan) par surcroît et jardinier par goût.

Et je vous livre en vrac : ... souvenirs et vieilles chansons!

-Les mulâtres ont été admis vers 48-49 (?) Ça s’est plutôt bien passé, même si l’un ou l’autre boy a d’abord  refusé de les servir  et que certains “blancs” n’ont pas manqué de les traiter de « nègres ».

-Toujours dans ces années-là, les élèves « pétaient des mégots ». Les cigarettes de la procure étaient des Avalon, le chocolat du dimanche que du Côte d'Or, au hasard des arrivages, au lait ou fondant, une barre pour une semaine.

- La construction d’une nouvelle aile, côté salle de jeu, a fourni l’occasion de filer en douce vers un bar de Nyalukemba, à 100m du Collège, y boire des bières. Boire un petit coup, c’est agréable !

- La rotonde. Tu te souviens que Smets, le préfet, passait de la musique à l'étude du dimanche. Dans le lot, il y avait des marches militaires. Je crois que c'est celle des parachutistes qui a été mise à contribution: (ou bien serait-ce l’air fameux entre tous : “Les Gaulois sont dans la plaine”..?)

"Nous allons à la Rotonde

boire un pot de bière blonde

s'en fichant de tout le monde

même de roll-mops qui nous gronde ..."

Tico, avait fait des paroles sur l'air de “Ma p’tite folie” :

"Nous voici les rhétos,

c'est nous les rhétos

nous les piqueurs de mégots-ots

on a d'la barbe

chez nous ça barde

car nous avons le sang chaud"

- Il y a eu au moins deux médailles d’or : un Jan Denie ( ?) vers 1947 et Ivan Lenotte (53). Une troisième s’ajoutera en 56: Christian Rémy

- « Orientation » fut re-créé en 48-49 par Makayabo et un groupe de makayabistes. Puis l’édition de six numéros par an commença vraiment en octobre ou novembre 1949

En 50-53, le comité comprenait Francis Dessaint, Fons Goossens, Paul Schoetter et moi-même. L’impression était assurée par “broeder” Joosen.

Maria de Bahia :

Je viens de lire ce que raconte André à propos de cette chanson. Et il me revient qu’effectivement elle était tellement “rangaine” que nous en avions fait une version swahili que voici :

Ay ay ay Maria

Kuja ku fanya kazi                                    viens travaille

Kuja ku shamba                                        viens dans les champs

Kuja ‘ndosha virazi                                  viens déterrer des patates

Fanya m’bio fanya ‘pesi sana                           fais vite, fais très vite

Maneno juhu a muramba                         car depuis la colline

Amemwita bwana.                                     ton mari t’appelle

Fanya mbio                                                        fais vite

Ondosha mingi                                         déterres-en beaucoup

Shamba m’suri ico fasi ya tingi-tingi.      Les champs convenables sont dans les marais

Scouts: 

Croegaert = Cerf Fougueux aumônier en tandem avec Sapajou chef de troupe (André Vermeire, dont le papa était commissaire de police à Bukavu), de 48 ou 49 à 51. Cette équipe succédait  au team Emiel Janssens + Panthère (frère aîné de Sapajou), vers 46, 47, 48. Deux Patrouilles de base : les Tigres et les Écureuils. Les Faucons viennent après, sous Paul Vleminckx = Epervier ¼ Paul Schoetter lui succède. Lorsqu’en 49, il y aura quatre patrouilles, ce seront :

- Les séniors: Faucons (CP: Paul Schoetter) forts en cuisine et les Écureuils (CP: Stefano Busin, Blaireau) plus forts en techniques et nature,

- Les juniors : Tigres (CP: Michel Tondeur, Spirou Belle-humeur, issu des Écureuils) et Hiboux (CP: Frankie Van der Vorst, issu également des Écureuils)       

La B.A. quotidienne.

Des scouts, ici (Belgique 2008 lorsque j’écris), m'ont dit qu'ils partaient vers je ne sais plus quel pays d'Afrique pour un projet humanitaire ou écologique. Et ça m'a ramené en surface une question de cette époque-là (1950): comment un scout peut-il  aider les autres s'il ne sait rien faire d'autre qu'aider une vieille dame à traverser la rue (exemple prototype de la BA)? La réponse peut se trouver dans l’importance qu’on accorde aux badges, par exemple. (Les différentes techniques de tenderfoot, de deuxième, puis première classe, et les badges de spécialité)

Mon totem :

André, tu m’appelles : “Cher Stefano,... cher blaireau”, et tu ajoutes : “Il doit y avoir un certain temps qu'on ne t'a plus appelé ainsi”. Cher blaireau, y a longtemps, en effet. Totem reçu à mon premier camp avec la troupe du collège, sous Emiel Janssen, je comprenais vaguement le français. De là à connaître "blaireau". Mais, il y avait le ptit Larousse. J'étais de la patrouille des tigres, patrouille qui se désintégrait à cette époque.

Encore des anecdotes :

- Salle de jeux: à l'ouverture, nous avions, tout à coup, un groupe musical, les "Star boys", sous la direction de Pierre Lejeune (ex tigre, lui aussi). (Voir aussi photo 611) Tous avaient des nœuds papillons. L'harmonica y tenait une grande place.

- La gym matinale était voulue par Bidon. Zaman n'était absolument pas pour, mais il a quand-même formé les moniteurs et choisi les exercices.

- Kahuzi au whisky !

Les rhétos 53, ont eu la permission spéciale de Bidon d'aller camper au sommet du Kahuzi: Jean Corten, Francis Dessaint, Fons Goossens, Marcel Vercaeren = Coussinet, Christian Dubois ??? et moi-même, avec des petites tentes de 2 personnes empruntées aux routiers (Cupidon sj). Dans la malle fournie par Prouvé sj, il y avait, oh surprise, une bouteille de whisky. Nous n'étions pas buveurs, mais, ambiance, humidité et froid nous ont initiés. Chaque fois qu'on croyait la bouteille vide ... y en avait encore. Fallait pas la jeter par dessus bord, sous peine qu'un gorille, avec une bosse sur le front, nous la ramène :  "c'est à vous, ça?".

Nous avons dormi à une centaine de mètres en contrebas du sommet. Le matin, de très bonne heure, nous y sommes montés pour le lever du soleil.  Van de Vijver sj aurait voulu une photo où le soleil aurait projeté l'ombre de la montagne dans les nuages. Réussi !

En montant, nous tombons sur un campement de riches avec des grandes tentes comme celles des camps scouts: le club de montagne de Bukavu (plus tard, Olivier Morel = Lapereau consciencieux, y fera la connaissance d'Anne-Marie Trussart, sa future femme). Nous nous disons: "on aurait eu ça...".

Là-dessus, un mec sort des tentes, nous regarde surpris et avec beaucoup de détermination vient droit vers nous, ou, plutôt, vers Fons. Fons pétait un mégot. Le gars: "Vous avez du feu ?" Ce camp avait tout, sauf du feu.

En descendant du Kahuzi, nous avons entendu une locomotive qui y montait. C'étaient des indigènes qui, tout en montant, soufflaient sur des braises qu'ils tenaient sur de la terre dans des feuilles de bananier: le feu pour les bwanas du club!

- Tu te souviens : “Quand pas d'eau: bain dans le lac”.  (Voir aussi chapitre 10, section f) Cette formulation me fait encore songer à une rangaine : "Quand moi faim, moi malin moi manger bana-anes, -  Quand moi soif, moi très soif, moi boire sucre de ca-anne!”.

Bon, assez pour ce soir, bien à toi,

Stefano / Blaireau

 

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