Voyage au Kivu

       

VOYAGES SOLIDAIRES AU SUD KIVU

DU 17 AU 30 JUILLET 2009

 Organisation du MOC WALLONIE PICARDE

Initiateur : Laurent VELGHE

 Récit proposé par : Franz Ansieau

Décembre 2009

 

Introduction

 Pourquoi un voyage au Kivu et en particulier à Bukavu ?

 Pourquoi vouloir retourner dans cette région broyée faussement déclarée d’ailleurs au bord de la reprise par des rebelles ? Pourquoi retourner dans une ville que nous avons connue dans toute sa splendeur en fin des années cinquante et qui forcément ne nous présentera plus du tout le même aspect ?

Je pense qu’il y a autant de réponses que de participants. Aussi ne puis-je parler que de mes motivations.

Tout d’abord, une pulsion inextinguible me poussait à un retour aux sources.

Ayant terminé les 4 dernières années d’humanités au collège de Bukavu formé par ces jésuites formidables qui abattaient un travail fou en Afrique, je brûlais d’envie de fêter mes 50 ans de diplôme sur place.

1959 -2009 Ò un demi-siècle ! Quelle merveilleuse occasion ! Un second but me taraudait  l’esprit : aller voir (sur place) si tout ce que nos médias nous déversent sur la pomme reflète les réalités locales et ce que pense le citoyen qui comme vous et moi doit affronter la vie avec les moyens du bord.

Et la nostalgie dans tout cela ?

Il est clair que cet élément sous-entendait un tantinet mes sentiments. 

Toutefois cette nostalgie restant à dose homéopathique, ne vint jamais engluer les impressions et les situations vécues sur place.

Bien sûr se retrouver face ou dans la maison où vous avez vécu quelques belles années de votre vie vous remue le cœur et les émotions vous submergent, mais l’accueil et la gentillesse de ceux qui vous reçoivent, vous permettent de vivre ces moments en douceur…

 Enfin, trêve de bavardage, abordons le récit de ce voyage. Vous y constaterez que ces motivations énoncées ci-avant s’y retrouvent entrelacées en fonction des situations vécues…

 

Vendredi 17 juillet 2009 : Le grand départ

Suivant les suggestions de Laurent, la plupart des participants furent présents entre 07 h 15 et 07 h 30 à Zaventem. Accueillis par Daniel, secrétaire fédéral du MOC  Wallonie Picardie qui s’assurera que tout était en ordre, nous fûmes ainsi dans les premiers à passer au guichet à bagages et enregistrements ; le contrôle de police effectué, nous débutâmes le voyage par l’absorption d’un petit croissant et une tasse de café…

10h second passage police puis fouille, godasses comprises, avant d’en arriver à la « GATE 68» prévue pour Bujumbura.

 Jean Marie « cool » a son habitude en profitera pour s’offrir une caméra et du coup, avec son petit groupe (Jean Louis et Joseph) arriva à peu près tout juste pour l’heure indiquée sur le « boording pass ».

 10h40 : embarquement ! On se place sans trop d’effort, l’A 330 étant plus confortable que le Boeing. Les sièges un peu plus larges et plus espacés flattaient mon arthrose qui me laissa en paix !

 Décollage : 11 h 40 ! : Les 10 h de vol permirent à plusieurs d’entre nous de faire plus ample connaissance.

 J’appris ainsi que Joseph Van Belle, notre patriarche (83 ans), avait été élève au collège en 1942-43-44 ! Ses parents habitaient tout au bout de NGUBA prés de la frontière de SHANGUGU…

 Bernadette, la seule dame du groupe, fut de 1970 à 1974, professeur au collège et à l’école belge de Bukavu. Son mari a été prof de gym au collège durant la même époque…

 Des éléments importants s’installèrent rapidement entre tous les participants : « la bonne humeur et la bonne entente ». Surpris quelque peu au début, ceux qui ne connaissaient pas Jean-Marie apprirent rapidement à interpréter son humour perforant et à lui renvoyer la balle.

 Jérôme, notre cadet, encadré par ses 2 tontons Alain et Xavier DELVILLE se laissait embarquer dans l’ambiance locale et était impatient de découvrir où sa maman « Bernadette », avait vécu. 

 Enfin, Jean-Louis, second membre de l’équipe n’ayant jamais mis les pieds au Congo faisait comme les Anglais: « WAIT AND SEE ! »

 Le reste de l’équipe : Alain et Xavier DELVILLE, Jean Marie LIBBRECHT et moi, restions dans l’expectative de ce que nous allions retrouver.

 A toute équipe, il faut un leader. Le nôtre nous attendait à Bujumbura. Avant le départ, lors de quelques réunions préparatoires et au travers des kyrielles de courriels échangés, nous avions déjà perçu ses qualités d’organisateur! Sur place, nous découvrîmes un leader hors pair, à la fois papa gâteau pour son groupe, ferme dans son organisation mais sachant s’adapter sur le champ à toute situation. Né à KASONGO, ancien d’Afrique donc, il est chargé du projet « Voyages solidaires » MOC-HO.

 Grâce à son calme, son art du conciliabule et sa patience face à la mentalité  « marseillaise » des KIVUTIENS, tous les problèmes furent résolus en douceur… Son nom: Laurent VELGHE!

 Enfin, l’atterrissage eut lieu sans problème et à 19 h 36. Nous attendions devant les tourniquets pour récupérer nos bagages.

Il fallut un « certain » temps; nous le mîmes à profit pour retrouver Laurent et son partenaire congolais Jean Pierre BASHENGEZI qui déployèrent leurs talents d’organisateurs efficaces et dévoués. Finalement, tout le monde retrouva ses « bilokos » et la sortie de l’aéroport se fit sans stress. Les véhicules taxis de la firme « La Colombe » nous attendaient et nous amenèrent à la mission KIRIRI, qui jouxte l’université du Burundi. Tous attendaient, les sœurs pour nous indiquer les chambres et les pères pour nous convier à un excellent repas. Nous y bûmes nos premières « PRIMUS » 72cc bien fraîches ! Premières retrouvailles sérieuses : ce goût amer et légèrement corsé caractéristique de cette bière.

Enfin, après ce bon repas, un petit briefing nous réunit pour tracer le profil du lendemain puis nous retrouvâmes nos chambres pour y passer une première nuit sous les tropiques.

 

Samedi 18 juillet 2009 :

 La route BUJUMBURA – UVIRA – KAMANYOLA - NYA NGEZI - BUKAVU

 Après une bonne nuit de repos, tout notre petit monde se retrouva au petit déjeuner de 8h00 - Odeurs de café et de thé du Kivu, confitures et fruits locaux … rien ne manquait. Nous retrouvions des saveurs lointaines.

 09 h 00: le départ est donné. Les voitures « La Colombe » nous embarquent vers la frontière par des routes  « asphaltées » (les dernières avant longtemps !).

Vers 09 h 30, après être passés sur le pont enjambant la « grande Ruzizi », nous arrivâmes à KAVIMVIRA, poste frontière… Laurent et notre partenaire congolais s’occupèrent des formalités pendant que nous commentions un premier fait de bon augure: un groupe d’hippopotames aperçu dans la Ruzizi ! 

10 h 25: Lever de barrière, sortie du Burundi et « no man s’land » pour en arriver vers 10 h 30 à l’entrée du Congo.

 Première constatation: fin de l’asphalte. Deuxième constatation : dès l’arrivée au poste congolais nous retrouvons l’esprit gouailleur du Congolais en la personne d’un douanier parlant un français impeccable et voulant fraterniser…

Passage par le service de police, puis la vérification du service sanitaire et après une bonne demi-heure, nous foulions enfin le sol congolais tout en fonçant (à du 30 km/h maximum) entre trous et nids de poules (en fait de poules, elles doivent avoir la même stature qu’un ptérodactyle… !).

 L’arrivée à UVIRA se fit vers 11 h 30 et après avoir rendu les taxis « La Colombe » à leurs employeurs, nous répartîmes les bagages dans les 4X4 mis à notre disposition.

 La température et la poussière aidant, la soif tenaillait déjà plusieurs d’entre nous et il fut décidé d’aller prendre un verre au restaurant « La chandelle » situé 2 rues plus loin.

Nous nous y rendîmes à pied et les premiers tours caméras de furent donnés! Une fête familiale avec chants avait lieu sur place. Nous ne résistâmes point. Caméras et appareils photos entrèrent en action… et cela nous valut nos premières tracasseries car l’ANR (Agence Nationale de Renseignements) s’inquiétait de voir cette ribambelle de blancs prendre des photos… Après une bonne heure perdue en palabres (nous avions toutes les autorisations signées de la direction de l’ANR de Bukavu) Jean Pierre et Laurent parvinrent à convaincre ces dignes représentants de la défense territoriale de nos intentions pacifiques.

 Enfin, revenons à notre soif et à cette charmante guinguette  « La chandelle » où nous pûmes déguster de fraîches PRIMUS, MUTZIG et autres boissons glacées telles que coca, limonade et autres soft…

Bref: après ces dégustations le vrai départ fut donné et après l’épisode « ANR », nous attaquâmes la route UVIRA-KAMANYOLA.

 Première avalanche de souvenirs! La chaîne de montagnes à notre gauche et la plaine de la RUZIZI à notre droite sont maintenant réalités ! Si, bien sûr, la quantité de maisons construites le long de la route a augmenté de façon vertigineuse, il n’en reste pas moins qu’à l’arrière plan, rien n’a beaucoup changé. Les euphorbes géantes sont bien plantées dans le décor. La route asphaltée a survécu à pas mal d’endroits ce qui nous permet de tenir une moyenne honorable dans un premier temps.

 Au km 47, passage de la rivière RUNINGO puis au Km 57, le patelin de KABUNAMBO s’est hyper-développé et ne fait plus qu’un avec SANGE, réputée pour ses michopos! (brochettes de chèvre!).

Plus loin on passe la rivière LURERIZI au km 72,5, un pont portique de 12 m enjambe la rivière. A divers endroits on est surpris par le tracé assez rectiligne de cette route qui ondule au sommet des petites collines. Un peu plus loin on passe la rivière LUTSHIMA et on laisse ensuite à notre gauche la route de LEMERA (point de départ d’une expédition effectuée par une équipe scoute de Bukavu aux vacances de Noël 1957). Après avoir franchi la LUVUBU nous arrivons au poste de LUVUNGI hyper peuplé qui s’étend de gauche à droite de la route. L’ancien poste de LUVUNGI a aussi beaucoup gonflé mais l’hôtel restaurant Bellevue a disparu du paysage. Au km 97,5 la rivière LUVIMVI est franchie mais 800 m plus loin, plus aucune trace de ce fameux hôtel « Les Bambous » et de sa célèbre piscine… Par contre, une démographie galopante y a provoqué une marée de cases, maison de torchis et autres.

 Petite anecdote : sur cette belle route de KAMANYOLA se trouve un grand monument érigé à la gloire de MOBUTU. Gardé par l’armée, qui n’a pas pu empêcher le vol de la grande effigie du maréchal, il est maintenant interdit de s’y arrêter et de photographier (allez savoir…), vive donc les appareils discrets qui de l’intérieur des véhicules permirent d’avoir tout de même un souvenir !

Après avoir dépassé KAMANYOLA et à quelques km de BUGARAMA, ville frontalière située au Ruanda tout proche, nous bifurquons vers la gauche et nous nous dirigeons en montant de manière progressive vers le début de l’escarpement qui commence effectivement 12 km plus loin. (Les Congolais, malgré la difficulté, préfèrent ce parcours car par l’autre route, passant plusieurs fois du Ruanda au Congo, ils subissent divers ennuis et tracasseries à chaque passage de frontière.) Enfin, nous y voilà à cet escarpement dont on a tant vanté les beautés ! Long de 19 km, il ne comporte plus ses dix sections à sens unique des années 50. L’élargissement de la route permet actuellement le passage dans les deux sens. Finies donc ces balises hissées le long d’une potence tandis que résonnait le tam-tam fait d’une vieille touque… Par contre, la splendeur du paysage, les précipices vertigineux et la route taillée à flanc de montagne : tout est là ! On reste sans voix devant les méandres sauvages que la RUZIZI vous offre en courant tel un torrent au fond des gorges profondes. Le guide du tourisme de 1958 mentionne je cite : « Ce tronçon routier possède toutes les caractéristiques des cols alpins et pyrénéens ».

On choisit un endroit pour pique-niquer. Il était autour de 15h00 mais personne ne s’en plaignit tellement le parcours était captivant. Bien sûr, nous avions quitté la grand’ route aux parties plus ou moins potables dans la plaine et nous sentions cruellement dans nos chairs les terribles chaos dus à l’état infernal des routes du KIVU. L’arrêt pique-nique fut accueilli avec joie, non seulement pour nos estomacs mais aussi et surtout pour nos colonnes vertébrales et articulations douloureuses.

Comme nous avions tout de même un certain retard dû entre autre au contrôle de l’ANR, nos responsables insistèrent pour que nous ne traînions pas afin d’arriver à une heure raisonnable à BUKAVU, d’autant qu’au retour, il était prévu que l’on prenne son temps pour les photos et pour les arrêts divers de « contemplation » des paysages…

L’état des routes et les grimpettes assez ardues diminuèrent encore notre moyenne horaire ; la poussière rentrait partout. A certains endroits pas question de dépasser le 10km/heure. Enfin tout de même vers 17h30 nous avions franchi les 19 km d’escarpement. Il nous fallait passer par NYA NGEZI puis bifurquer vers BUKAVU. La route toujours aussi chaotique, mais avec moins de grimpettes, nous permit d’avancer plus vite et nous eûmes droit à un coucher de soleil sur le territoire de NYA NGEZI !

En fait, cet escarpement appelé « de KAMANYOLA » par les uns ou de « NYA NGEZI » par d’autres durant les années 50, s’appelle en fait l’escarpement de N’GOMO. L’heure avançant, nous refîmes connaissance avec ce court crépuscule particulier aux nuits tropicales et en 20 minutes, la nuit noire nous enveloppait. Nous abordâmes bientôt le territoire de BUKAVU par le quartier de PANZI. C’est à ce moment que nous avons commencé à comprendre très sérieusement les termes « expansion démographique galopante ».

En effet, nous fûmes pris dans une circulation indescriptible. Les immanquables files de piétons chargés ou non de colis les plus divers rivalisaient d’astuce avec un flot incessant de véhicules les plus hétéroclites : voitures, camions, camionnettes, pick-up, bicyclettes avec ou sans phares (au choix), caracolant d’un côté à l’autre de la route pour éviter de tomber dans les trous et nids de poules (d’autruches je devrais dire…) le tout s’interpellant sans heurt, bloquant la circulation par une panne intempestive… Tout cela est accompagné d’un phénomène récent : une marée interminable de motos chinoises virevoltantes comme une nuée de moustiques. Et pourtant malgré cet imbroglio monstre, tout le monde reste calme et prend son mal en patience. La moitié du tiers du quart de cela chez nous et c’est la bagarre monumentale entre tous les conducteurs ! Chapeau à nos chauffeurs respectifs qui calmement mais sûrement passèrent sans anicroche à travers cette marée humaine.

En bas, nous arrivâmes enfin au rond point de la KAWA ! Immense, celui-ci n’a plus rien de comparable avec celui que nous avons connu. Grand comme le square MONTGOMERY, il grouille de monde et de véhicules à toute heure du jour comme de nuit. Ce rond point porte actuellement le nom de « Place de l’Indépendance ».

Enfin, après avoir traversé BUKAVU by night, nous arrivâmes au collège vers les 20h00. On nous attendait et la dernière grille restée ouverte se referma bientôt et l’on nous dirigea vers nos chambres.

 Quelle amertume toutefois à la découverte de celles-ci… Si comme avant, la douche et l’armoire étaient présentes, leur état nous laissa perplexes. Les ressorts des lits en surprirent plus d’un. Pas de miroir d’évier, pas de bouchon d’éviers, pas d’eau mais tout de même un peu de lumière. Je n’ai pas dit « électricité » car en fait, il n’y avait aucune prise de courant dans les chambres. Fatigués et fourbus par nos 7 heures de route et de cavalcade, nous étions impatient de manger un morceau et de boire un coup. Un des réfectoires nous accueillit et restauration fut faite. Un court débriefing termina la soirée et bien sagement nous gagnâmes nos chambres. Vu l’état du sommier, je piquai un second matelas dans une chambre restée libre afin d’empêcher le lit de se replier comme une clarinette et je bricolai un oreiller avec un coussin pneumatique et quelques essuie-mains. Et puis hop … dans les bras de Morphée sasa hivi !

  

Dimanche 19 juillet 2009 : Visite du Collège !

 Respectant les consignes, le lever fut fait à 07h30. Première constatation : pas d’eau, plus d’électricité. Qu’à cela ne tienne, des chaudrons d’eau de réserve nous attendaient dans la salle des toilettes avec quelques seaux pour l’emporter en chambre. Pas de problèmes donc si ce n’est que le manque de bouchons d’évier nous fit puiser dans notre imagination pour pallier à ce petit problème ! Ce fut donc alors une corrida pour trouver de petits récipients. Enfin, on y arriva et c’est rasé de frais mais à l’aveuglette (puisque les miroirs avaient été emportés par des prédécesseurs sans doute) que j’arrivai au petit déjeuner.

Je n’étais pas le premier mais pas le dernier non plus. Malgré la saison sèche, le soleil montrait son nez à travers les nuages gris traditionnels mais pas trop nombreux. Je remarquai à la mine réservée de ceux qui étaient déjà là qu’un petit problème se posait. En fait, il n’y avait que quelques tranches de pain pour 9 personnes mais en plus, personne ne put déterminer le contenu des deux espèces de thermos présents sur la table. S’agissait-il de café, de thé, d’un mélange des deux ou du fond de cuve du percolateur après nettoyage ! Au fur et à mesure de son arrivée, chacun passa le test avec autant d’insuccès que le précédent. C’est la première fois que je rencontrais ce problème, pourtant j’en ai fait des camps chez les scouts et à l’armée ! Enfin, on aura quelque chose de piquant à raconter en rentrant...

On déjeuna tant bien que mal et pour boire on puisa dans notre réserve d’eau bouchonnée.

Un premier briefing conclu que nous ne pouvions rester au collège dans ces conditions aussi précaires. Le coup de grâce fut donné quand, rentrant dans nos chambres nous trouvâmes celles-ci inondées suite à la casse d’une canalisation d’amenée d’eau. Il fut donc décidé de changer de crèmerie et de rejoindre la Procure (initialement prévue pour nous loger) centre de logement de l’évêché équipé pour recevoir des voyageurs dans de bonnes conditions.

 ref, le programme prévoyait une visite complète du collège et on s’y tint. Vers 10h00, nous commençâmes par la chapelle. Toujours aussi sobre mais lumineuse et appelant au recueillement, on l’a parcourue avec un vif intérêt. Les Stations n’avaient pas changé et plusieurs restèrent pensifs devant les confessionnaux du fond (domaine du père COLLIN) qui nous rappelaient bien des choses.

 De là, nous passâmes à la grande terrasse située au-dessus de la préfecture et d’où l’élève désigné venait sonner le gong qui rythmait le cours de nos journées. D’aucuns furent émus en repassant devant une classe, une salle d’études, les labos de physique et chimie… Notre amie Bernadette se retrouva sur l’estrade d’une des classes où elle avait donné cours durant les années 70.

Jean-Marie retrouva la salle qu’il avait souvent fréquentée lors de ses heures de retenue… J’ai retrouvé le banc dans le fond de la salle d’études où je planquais le livre « le Comte de Monte Cristo » que je dévorais à l’étude du soir jusqu’au moment où je me suis fait surprendre par le pion.

Instant émouvant quand notre patriarche Joseph Van Belle écrivit un petit mot sur le tableau de la classe de maternelle qu’avait fréquentée à l’époque Bernadette DELVILLE, maman de Jérôme qui nous accompagnait et qui se trempait ainsi dans l’ambiance que sa maman avait connue toute petite fin des années 50.

Nous pûmes constater que notre collège avait vachement vieilli, surtout en façade, et qu’il avait beaucoup souffert du tremblement de terre d’il y a quelques mois. En contrepartie, nous avons pu admirer l’énergie développée pour faire disparaître les traces du séisme.

La tour de la bibliothèque est entièrement refaite. Celle des maternelles est en cours de réhabilitation et l’accès à cette tour sera bientôt terminé. Venant de la ville, les parents pourront par une route en arc de cercle déposer leurs enfants devant l’entrée en toute sécurité et repartir facilement sans perturber la circulation.

Retour aux sources aussi avec la visite de la salle des fêtes et la salle de gymnastique ; que de souvenirs culturels quand on pense aux nombres incalculables de spectacles de haut niveau qui eurent lieu ici !

Je perdis un pari fait avec Jean Marie LIBBRECHT à propos justement d’espaces culturels. En effet, je prétendais que l’emplacement de la salle verte était au rez-de-chaussée et jouxtait la salle de spectacle. Je ne me trompais qu’à moitié car si cette salle verte jouxtait bien la salle de théâtre, c’était par le premier étage… Enfin, pari perdu, Jean Marie aura sa bouteille de champagne ! Cette salle verte devait son nom aux splendides tentures vertes qui la décoraient sur tous les murs du plafond au sol. Elles ont malheureusement disparu. Cette salle était réservée aux rhétos et poésies pour recevoir leurs homologues féminins du pensionnat lors de manifestations culturelles et les jésuites nous faisant confiance, nous n’eûmes aucune contrainte et nous sentions absolument libres. A d’autres moments, moins gais ceux-là, nous y passions les examens oraux qui nous préparèrent à ceux que nous devions présenter en fin de rhéto.

Revenant sur la patinoire, nous pûmes constater que les balustrades avaient été rénovées et ce grâce à l’intervention en grande partie de l’association des anciens élèves du collège Alfajiri qui, à BUKAVU et à travers le monde, a récolté des fonds auprès de ses membres, les anciens diplômés, pour venir en aide au collège. Je rappelle que les anciens d’avant 60 participent aussi à la réhabilitation de leur collège par des actions menées au départ de la Belgique (dons, achat de dvd racontant l’histoire du collège de 1950 à 1959 …).

Un dernier coup d’œil sur la dernière cour intérieure qui, toujours fut interdite aux collégiens car c’était une réserve de légumes et fruits frais et nous terminâmes cette visite nostalgique du collège auquel nous tenions tant. Que de souvenirs pour chacun, que d’anecdotes remontant à la mémoire… !

Nous avons alors découvert les nouveautés ! Il est clair qu’en 50 ans bien des choses ont évolué. Ici aussi on n’échappe pas à la règle, tout d’abord l’équipement audiovisuel a suivi son temps. Bien que cela coûte très cher, quelques salles audio-visuelles ont été installées. Ce que nous avons connu comme salle de jeu des grands internes est devenue « salle informatique » où l’on peut apprendre toutes les notions de base et surfer bien sûr sur le net ! Nous avons été ravis de voir que la modernité de notre collège ne laissait pas à désirer ! (note : Lors de son ouverture ce fut un de nos accompagnateurs, Jean Jacques Ba Murhandikire, qui prit les commandes de cette salle jusqu’en 2005.)

Enfin, il fallut encore avancer dans la journée, laquelle nous réserva encore bien des surprises.

 Nous sortîmes du collège comme pour aller au beach mais nous bifurquâmes vers l’ancienne maison d’Alain et Xavier. Celle-ci est occupée actuellement par un archevêque anglican et sa famille. En plein office dominical, celui-ci ne put recevoir les DELVILLE, mais les personnes présentes dans la maison les invitèrent à repasser dans l’après-midi vers 16h00.

L’avant-midi étant quant à lui bien avancé, l’unanimité se fit parmi le petit groupe et nous nous dirigeâmes un peu plus bas que l’ancienne maison Duchâteau où se niche un hôtel moderne, bien caché mais très accueillant : l’hôtel HORIZON. Nous fûmes très heureusement surpris de découvrir un établissement d’une telle qualité et dont les prix n’étaient pas excessifs ! Sa PRIMUS bien fraîche eut vite fait de satisfaire nos gosiers assoiffés. Plus tard, d’autres endroits eurent l’opportunité de nous séduire de manière similaire.

Pour 13h00, nous fûmes de retour au réfectoire du collège. Nous eûmes l’occasion d’échanger nos impressions de l’avant midi et de … patienter jusque 14h30 pour enfin passer à table. Décidément notre cher collège n’est pas préparé à recevoir des visiteurs (nous y reviendrons plus tard). Entretemps, le père deWilde, cousin de Jean Marie, était venu nous rendre visite. Moment émouvant s’il en est car plusieurs d’entre nous (dont Jean Marie) ne l’avait plus vu depuis 50 ans !

Je glisserai rapidement sur le dîner pour en arriver à un événement particulier qui survint ce jour-là. En effet, plusieurs d’entre nous furent invités à une cérémonie d’adieu en hommage au père GALLEZ qui rentrait définitivement en Belgique après une carrière de près d’un demi-siècle de dévouement aux étudiants du collège. Etaient présents les membres responsables de l’association des anciens du collège accompagnés d’autres membres actifs. C’est là qu’une grande joie me fut donnée car j’y retrouvai Léopold AÏSSI, premier congolais « full black » dirions-nous, a avoir fréquenté les cours au collège en 1955. Les premiers Congolais mulâtres avaient été admis en 1948 et beaucoup d’anciens les connaissent : il s’agissait des frères FABRIZI. Revenons à notre ami Léopold qui tout aussi ému que moi, me rappela nos rencontres chez les scouts, il me rappela aussi que je lui avais appris à l’époque les premiers accords de guitare et qu’une des chansons que j’interprétais aux feux de camp était « le Soudard » de Jacques Verrières. Il en fredonna les premières mesures… Nous fûmes empreints tous deux d’une émotion indescriptible.

Nous eûmes droit bien sûr aux divers discours rappelant combien fut grande l’action du Père GALLEZ durant son passage au collège. Une belle photo fut prise pour le souvenir sur les escaliers de la première cour ! Le verre de l’amitié fut servi et une fois de plus la traditionnelle bouteille de PRIMUS circula. Le temps passant très vite, il fallut se séparer car une partie d’entre nous devait descendre au beach, l’autre se rendre chez l’archevêque anglican et nous avions déjà un solide retard… Les traditions congolaises nous avaient rattrapés !

Nous voilà donc partis plein d’entrain pour retrouver ce beach mais là, la surprise fut moins bonne… Tout le long du chemin tracé à l’époque par le bulldozer fin 1955 et qui courait entre les quelques maisons de professeurs, ce ne sont plus que constructions sauvages, immeubles à plusieurs étages qui tiennent par miracle je crois au flanc de la colline. Le parking aménagé en 58 près des installations bétonnées pour que les parents aient plus de facilité pour venir nous rechercher n’existe plus et à sa place : des maisons… Le collège est d’ailleurs en procès avec bon nombre d’occupants de ces constructions sauvages mais, corruption aidant… Je n’ose penser quel bazar ce doit être lorsque la saison des pluies arrose tout cela ! Le plongeoir est toujours là mais bien sûr, les planches, les tôles ondulées et tout ce qui était métallique, tout cela a disparu depuis belle lurette. Dommage, mais heureusement, il reste la beauté du lac qui adoucit l’amertume que l’on ressent lorsque l’on retrouve de tels endroits saccagés ainsi. Les appareils ont bien fonctionné mais cette fois pour témoigner de ce qu’est l’anarchie des constructions sauvages jumelée à un urbanisme totalement incohérent et inefficace.

17h30 : retour au collège de l’équipe beach et de l’équipe DELVILLE qui de son côté fut reçue de manière inoubliable dans leur ancienne maison occupée par l’archevêque.

18h00 : les bagages rebouclés c’est à la fois soulagés mais avec un brin d’amertume que nous allons prendre nos nouveaux quartiers à la Procure des Missions qui se trouve être sur le terrain qui vit la création du collège en 1938 sur le dessus de la KAWA avant qu’il ne soit construit à l’endroit qu’on lui connaît aujourd’hui depuis 41-42 : la colline LUSHOZE, juste avant N’GUBA.

On m’attribue la chambre 4. Oh surprise, j’ai une salle de bain avec toilette incorporée, un lit de qualité surmonté d’une moustiquaire bleue. Une table, une chaise, un fauteuil et une armoire penderie complètent l’ameublement. La prise de courant servit immédiatement pour la recharge de toutes les batteries. Après ablutions agréables, je me rendis au splendide souper qui nous attendait. Pommes frites, frites, salades diverses, foufou, viande en sauce… tout fit farine au bon moulin. Inutile de vous dire que la PRIMUS, la MUTZIG et l’eau bouteille étanchèrent nos soifs. Les échanges sur les événements de la journée fusèrent de toute part, le tout arrosé de l’humour caustique de notre Jean-Marie en pleine forme. Le chef calma nos ardeurs par un briefing bien structuré et vers 21h30 chacun regagna sa tanière ayant enregistré les consignes : lever 07h30, déjeuner 08h30, départ 09h30 !

 

Lundi 20 juillet 2009 : Visite nostalgique

 Le timing fut respecté, nous fûmes tous prêts, Joseph en tête, pour une nouvelle équipée. Si la veille la journée fut consacrée à la visite du collège et ses environs immédiats, celle-ci était prévue pour visiter BUKAVU et retrouver les diverses avenues et maisons où nous avions vécu. Le départ se fit à la congolaise, c'est-à-dire un peu plus tard que prévu mais dans la bonne humeur…

Le repassage par le rond point de la Kawa, par le carrefour de l’ancienne poste puis l’enfilade de l’avenue principale fut l’occasion d’entendre fuser des réflexions diverses du type : Ah, l’ancien cinéma, là la maison d’untel, ici, l’ancien magasin « Bel Article » des van de Werve…etc.

Notre première halte fut au parking de la cure. De là, à pied, nous fîmes le tour par le bas pour nous retrouver au pied de la double route montant à la cathédrale. Là, coup de cœur devant les cyprès qui plantés en 1955 (avec 45 cm de haut), dépassaient maintenant les 10 m de hauteur. Le parterre central couvert de canas de toutes les couleurs est toujours là mais sans les canas.

La montée vers la cathédrale se fit comme un pèlerinage. Repeinte depuis peu, elle n’a pas trop souffert du séisme survenu il y a quelques mois. Toute la gamme des émotions nous étreignit lorsque nous entrâmes dans l’édifice toujours aussi grandiose et une multitude de souvenirs nous revint à l’esprit : fêtes scoutes, messes de Noël et Pâques, communions solennelles, confirmations, Fêtes - Dieu et messes classiques du dimanche qui se partageaient avec celles du collège ! Les appareils crépitèrent à nouveau.

Remontés dans les 4x4, nous prîmes l’avenue conduisant à la résidence du Gouverneur car, dans cette rue avait habité la famille de l’ingénieur VERBOVEN, directeur de l’OCA qui construisit les villages de KATUTU  et de BAGIRA. J’avais promis d’y passer et de ramener des photos de leur ancienne maison aux derniers membres de la famille.

Nous y reçûmes un accueil chaleureux et le hasard faisant bien les choses, le propriétaire de la maison était justement un parent d’un de nos partenaires congolais. J’ai pu faire tout le tour de la maison à mon aise puis, invité à rentrer, je l’ai retrouvée particulièrement bien entretenue ; je ne lésinai point sur les photos !

De là, nous sommes allés revoir la dernière maison où nous avions vécu. Là aussi, l’accueil fut excellent et la visite agréable. Poussant plus loin, nous retrouvâmes une des maisons où Jean-Marie avait logé mais complètement remaniée. De l’avenue du Prince Régent (en 60), nous plongeâmes vers l’avenue du PLATEAU ; nous arrivâmes au petit carrefour sur le coin duquel se situe la grosse maison où ont habité les Vanderick, au rez-de-chaussée et à l’étage, Mr Snyders, notre prof d’anglais. Tournant à droite, nous longeâmes cette avenue du PLATEAU toujours aussi ravinée et nous retrouvâmes à gauche au n°34, la première maison où j’ai habité en janvier 56. Manque de bol, il n’y avait personne ! Juste en face se trouvait la magnifique villa qu’occupèrent les LIBBRECHT. Après palabre avec la gardienne de maison et coup de gsm avec le propriétaire actuel, on pu rentrer et la visiter sous toutes les coutures. Elle venait d’être rachetée et les travaux de réhabilitation allaient commencer sous peu. Nous prîmes à l’aise toutes les photos que nous voulûmes et j’en profitai pour monter à la tour attenante à la maison et d’en haut y prendre des photos de ma maison et celles de droite, occupées à l’époque par les familles JADOT et BUYTAERT, tous deux professeurs en section préparatoire. A l’époque, cette maison était la seule dans tout BUKAVU à posséder une tour avec patio de détente au sommet. Par précaution, nous étions passés au bureau de l’ANR (Agence Nationale de Renseignement) pour bien montrer nos autorisations de photographier.

La chance nous sourit moins à l’avenue CHANTAL où nous n’avons pas retrouvé la dernière maison où Jean-Marie habita. Les heures passant vite il fallut se rendre au rendez-vous pique-nique prévu à la « Botte ». Nous le fîmes en prenant le chemin des écoliers et passant par chez VAMARO, puis par l’avenue du MANIÉMA où nous pûmes constater que la vallée de la MUKUGWE et les collines la bordant étaient dépourvues de toute végétation car, partout sauf à l’emplacement de l’ancien terrain de foot ce ne sont que maisons et cases réparties de manière anarchique. Quand je parlais de terrain de foot, il fallait comprendre : esplanade de terre rouge avec deux goals en tubes peints en blancs… Plus un seul brin d’herbe sur ces collines si verdoyantes précédemment, rien que de la poussière rouge de saison sèche.

Enfin, nous repartîmes pour la « Botte » où l’on nous débarqua devant un hôtel en construction mais dont le rez-de-chaussée avait déjà ses cuisines opérationnelles ce qui fit que sur une belle pelouse, à un mètre à peine du lac, nous avons dégusté la cuisine congolaise sous des tonnelles rouges dignes du Club Med’ ! Gentille surprise que nous avaient réservée Laurent et ses partenaires locaux.

Nous nous trouvions à côté du club sportif de la Botte, si célèbre en son temps… trop peut être car le sieur KABILA fils a mis la main dessus et en fit sa résidence pour quand il daigne venir à BUKAVU. Que voulez-vous, on n’est pas « seigneur » pour rien…

Après cet excellent repas, nous repartîmes vers le bout de la presqu’île  puis « pédibus cum jambis » on se mit à la recherche de la maison où vécurent Willy CLAESSENS et ses parents.

Willy nous avait fourni un document pompé sur « google earth », nous pûmes donc trouver la villa plus aisément. Là aussi, on nous accueillit gentiment et nous eûmes l’occasion de constater que la réhabilitation de la façade avant et ses abords était bien faite et présentait un aspect très correct. Espérons que prochainement les propriétaires mettront autant d’ardeur à réhabiliter l’arrière.

 e là, nous remontâmes vers « la Flamme » au centre de la cité administrative où nous fûmes reçus par le directeur du cabinet du gouverneur, lui aussi, partenaire actif des « mutuelles de santé ». Son accueil fut impeccable et chaleureux, nous eûmes de bons échanges d’idées sur les difficultés locales sans langue de bois et aussi sur les signes d’espoir qui émergent de partout grâce au dynamisme des Sud-KIVUTIENS ainsi que des efforts effectués par la population pour revivre normalement après les conflits qui l’ont affectée.

Grâce à lui nous avons pu prendre toute une série de photos de l’endroit malgré la présence de la police et de l’armée.

Après avoir pris congé de notre ami, nous nous dégourdîmes les jambes par une promenade sur l’avenue descendant de la Flamme, là où en 1956, fut organisée cette fameuse course  de caisses à savons !

A 17h00, nous remontâmes bien sagement dans les 4x4 et rentrâmes au bercail nous débarbouiller. Le dîner fut avancé à 19h00 car à 20h30 nous eûmes une conférence-débat sur la situation géopolitique du KIVU face à la prédation de ses voisins immédiats et celles des multinationales. Le conférencier, le père Didier de FAILLY, spécialiste en la matière, nous montra où se trouvaient les véritables enjeux du pays face à la corruption et au pouvoir de l’argent… Il plaida ouvertement, arguments à l’appui, contre les manigances d’un Louis Michel qui souhaiterait partitionner le Congo (diviser pour régner : toujours d’actualité…).

L’heure tournant, nous rentrâmes chacun dans nos chambres pour y passer une bonne nuit, le lendemain étant une journée bien chargée aussi.

 

Mardi 21 juillet 2009  Visites spéciales

 Lever 06h30, déjeuner 07h00 et départ 08h30 : tel fut le timing de ce jour de fête nationale belge au matin. Eau et électricité étant au rendez-vous, tout allait bien !

Aujourd’hui commençaient les visites plus spécifiques. Nous commençâmes par la visite au BDOM (Bureau diocésain des œuvres médicales) et la découverte des activités de Maria MASSON et son équipe dynamique, extrêmement motivée et surtout compétente. Ses laboratoires sont proches de la Procure et de l’Université Catholique de BUKAVU (UCB). Nous n’avons eu que la route à traverser pour lui rendre visite. Les ateliers fabriquent des emballages pharmaceutiques, des flacons et pochettes à plasma en tout genre. Malgré les entourloupes pas très propres des multinationales pharmaceutiques toujours aidées par le FMI qui les soutient, Maria Masson et son équipe font face avec courage et enthousiasme. Ce sont des entreprises locales de ce type, non inféodées aux politiciens, qu’il faut aider contre les prédateurs internationaux et la corruption locale.

Après une bonne heure de visites et de rencontres, nous prîmes la route de BAGIRA où le bourgmestre adjoint, nous reçut très cordialement. Après les présentations d’usage et échanges de vues quant au développement local, nous fûmes invités à nous promener à l’aise dans la commune. C’est ainsi que nous avons retrouvé la première maison bâtie par l’OCA (Office des Constructions Africaines) en 1954. Une plaque signalétique est d’ailleurs scellée dans la façade. Je rappelle que le directeur de l’OCA à l’époque était Monsieur Louis VERBOVEN, ingénieur diplômé de l’université de Gand et dont j’avais revisité la maison la veille.

Evidemment, depuis 1954 la population ayant plus que quintuplé, les maisons créées par l’OCA sont maintenant minoritaires parmi la marée des constructions actuelles.

Les déplacements ne nous effrayant point, nous reprîmes les 4x4 pour filer vers COFONIA à la maison de retraite des pères jésuites, au bout de la presqu’île de NYA LUKEMBA. Là, j’eus l’occasion inespérée de retrouver bien cachée derrière de grandes palissades de protection, la maison de Mme Ghislaine Ortmans, ex-épouse de Mr DIERCKX, maman de Ghislaine et Christian, lequel Christian fut élève dans la classe de mon père en 58-59. Malgré le rabotage immanquable de la parcelle par des constructions sauvages, l’ensemble de la maison est resté en bon état et j’ai pu photographier l’édifice à loisir !

Après ce coup de chance, nous poussâmes plus loin jusqu’à COFONIA, actuel centre AMANI. Endroit de rêve et de calme s’il en est ! C’est le havre de paix où viennent continuellement se ressourcer prêtres et religieuses. C’est d’ailleurs là qu’est « caserné » notre cher Père de Wilde que nous avions eu l’occasion de voir au collège avant-hier. Nous pûmes gouter pleinement de la paix et de la beauté de cette pointe de NYA LUKEMBA très bien entretenue par les jésuites. Quelle flore, quels points de vue vers les autres presqu’îles de Bukavu et sur le Ruanda ! Cerise sur le gâteau, nous pûmes même voir correctement, grâce au zoom de la caméra, la maison où Joseph Van Belle  séjourna avec ses parents en 1943-44. Elle est située sur le bout de la presqu’île de face « N’GUBA » pas loin du pont sous lequel prend naissance la RUZIZI qui déverse le KIVU dans le TANGANYKA. Ce pont marque aussi la frontière avec le RUANDA. Après cette promenade rafraîchissante, nous reprîmes le chemin de la procure pour y déguster un excellent dîner.

Après celui-ci, un petit repos nous fit le plus grand bien et vers 16h00, ce fut le départ pour un super bain de foule dans le village de KADUTU, commune homologue de celle de BAGIRA.

Arrivés au pied de l’église, nous fîmes le tour de la place pour le souvenir car plusieurs d’entre nous avaient participé à l’inauguration de cette église nouvellement construite en 1958. Conduits par Gustave, Gaudens, Jean Pierre et Jean Jacques, nous parvînmes vers le dessus de la cité à travers un dédale de ruelles, entre les cases et maisonnettes, entourés d’une foule d’enfants qui clamaient leur joie de manière intense.

Nous circulâmes pendant une heure dans ce labyrinthe de passages avec pour seule réelle difficulté le manque d’huile de nos articulations ! Les enfants hurlaient de joie et se marraient bien lorsqu’on faisait repasser les images sur l’écran de nos caméras et qu’ils pouvaient alors instantanément se revoir. Il fallut bien se résigner à terminer la visite de KATUTU. Les 4x4 nous attendaient pour continuer vers le Plateau, endroit d’où l’on peut admirer tout BUKAVU de la Botte au Ruanda surtout si le temps est clair. Et là, re-belote : une marée d’enfants nous entoura et ne nous lâcha plus. Au Plateau, se trouve aussi la grande école technique et professionnelle des Frères Maristes où mon frère avait débuté avant de revenir en Belgique en 1959.

Les bâtiments sont toujours bien plantés avec de grands espaces entre les blocs des différents ateliers et classes. En dessous de nous, plus bas sur la colline, le lycée WIMA, anciennement « le Pensionnat des Filles », trônait dans son écrin de verdure et se dressait aussi pimpant qu’au premier jour ! On n’en croyait pas nos yeux. Il avait été repeint et bien entretenu depuis mon voyage précédent en 1989.

Le temps passait vite et nous dûmes redescendre car nous étions invités à diner en ville ce soir-là au restaurant de « Mama KINJA ». Situé à deux pas du collège, il nous proposa un repas varié comprenant du poisson et de la moambe aux arachides et non à l’huile de palme… Vers 21h00 nous revîmes nos chambres avec plaisir afin de nous reposer d’une journée bien remplie et nous requinquer pour celle du lendemain !

 

Mercredi 22 juillet 2009 : les environs de BUKAVU !

 Cette fois le style de visite change. Nous partons pour les centres qui entourent BUKAVU. Déjà à 1430 mètres au niveau du lac, nous grimpons progressivement vers les hauteurs. Nous prenons la route de KASONGO en passant à CHIDAHO qui niche à 2093 m d’après le GPS de Laurent. Une petite brume y flotte encore… Nous nous dirigeons alors vers WALUNGU en passant par MUGOGO. Je retrouve l’hôpital toujours opérationnel, pas du tout détruit comme on l’avait raconté dans nos médias mais ayant subit le poids des ans. Lors de mon passage en 1989, pas mal d’endroits étaient encore frais et pimpants. Avec l’érosion du temps, le manque cruel de subsides, les guerres et le manque de matériaux, je trouve que l’hôpital s’est bien battu pour rester en état. Malheureusement on voit qu’ils manquent de tout et l’administration ne lève évidemment pas le petit doigt pour arranger quoi que ce soit. De nouveau, c’est grâce au courage des travailleurs locaux et des initiatives privées que les choses tournent et que des soins sont assurés… !

De retour à MUGOGO où nous sommes attendus à la cure, nous prenons un pique-nique agréable et un peu de repos dans d’excellents fauteuils car une nouvelle expérience nous attend !

 MUGOGO est devenu un centre important d’échange, à la croisée de différents chemins, et son marché énorme reflète l’importance du lieu. Guidés par nos partenaires, nous nous y promenons durant une petite heure et nous nous frayons un chemin à travers un dédale d’échoppes au sein d’une foule bigarrée et imposante. A chaque étal, l’accueil est franc et sincère ; ces gens sont enchantés de nous voir là. C’est assez ahurissant de voir tout ce qui se vend ici en pleine montagne ! En plus des légumes de toutes les variétés, on y trouve toute la panoplie des articles de quincaillerie, des produits de beauté vendus en minis-flacons pour être à la portée de toutes les bourses, des outils en tout genre, des clous de tous types, des stands de coiffure pour hommes, pour dames,  des conserves, la viande de bêtes fraîchement abattues, du pain, des tissus… tout quoi !

On reste pensif devant ce genre d’événement : que serait alors le développement de ce pays si les routes étaient correctes ? Ce serait un véritable paradis commercial pour les citoyens et non pour quelques privilégiés comme c’est le cas maintenant. Cette expérience de bain de foule est incontournable si l’on veut sentir battre le pouls de cette population.

 Très heureux de ces moments particuliers, nous remontons dans les véhicules et nous partons pour la région de KABARE afin d’y visiter le centre agricole (plantation et élevage) que Jean- Pierre, un de nos partenaires et  fils du Mwami de KABARE, a mis sur pied.

 Un accueil aussi surprenant qu’émouvant nous surprend dès la descente des 4x4 dans le petit hameau où se niche la propriété. Le vieil instituteur du village avait appris à chanter et à danser à ses petits élèves et ceux-ci nous accueillirent avec leur répertoire de chants et de danses rythmés au son de tamtams manipulés avec dextérité par d’autres enfants. Des félicitations sont données à l’instit’ et ses élèves. Nous fûmes invités alors à faire le tour du propriétaire. On apprécia particulièrement la vue sur la chute d’eau non négligeable qui est située dans la propriété et à propos de laquelle Jean-Pierre envisage sérieusement l’aménagement en vue de l’installation d’une petite centrale électrique.

Nous poursuivons la visite par la porcherie qui nous surprit par sa propreté irréprochable. Les porcs, contrairement aux clichés traditionnels évoluaient dans des endroits tout ce qui y a de plus « clean » et sans les odeurs caractéristiques d’auges pataugées en tous sens. On aurait dit leurs soies peignées comme à un concours agricole ! Les appareils crépitèrent encore. Les bassins préparés pour la viticulture étaient curés et prêts pour leur prochaine saison. Seul un petit dernier contenait encore de l’eau pour la grande joie des canards du coin qui engraissent au fil de semaines…

 Enfin, l’heure avançait et inexorablement, nous dûmes quitter ce lieu magnifique pour regagner la Procure à BUKAVU. Ablutions terminées et souper dégusté, chacun regagna sa chambre pour préparer une petite valise car,  nous partions le lendemain pour un périple de deux jours à l’île IDJWI. Lever souhaité : 05h00 !

 

Jeudi 23 juillet 2009,

05h00 « Hurry up ! » ; ablutions, vérification du petit bagage puis déjeuner. Cela nous permit d’arriver au port de BUKAVU peu après 07h00 et de nous installer à bord de la vedette non sans mal car dans un premier temps nous fûmes séparés en deux groupes l’un à l’avant, l’autre à l’arrière. Le groupe arrière dont je faisais partie avec Bernadette et Xavier entre autre était broyé dans une marée de personnes entassées sur la plage arrière de cette vedette sans plus aucune place assise et en déséquilibre permanent. Comme les Congolais ne voyagent jamais sans des tonnes de bagages, nous étions tout bonnement submergés et au bord de la crise d’arthrose aiguë… Après 5 minutes la situation devenait intenable mais heureusement, Gustave, revenu de la proue, nous fit débarquer et réembarquer à l’avant où des sièges étaient même prévus ! Ouf nous échappions au « voltaren ». Au vent, les KW furent les bienvenus en ce début de matinée pour couper le petit vent froid venant du large…

Le départ eut lieu à 07h30 comme prévu. Nous regardions BUKAVU s’éloigner dans la brume matinale. On ne tarda point à admirer la beauté des rives aussi bien congolaises que ruandaises. Nous laissâmes loin derrière la célèbre Île aux Lapins, et louvoyâmes parmi de petites îles qui étaient les unes autant que les autres de magnifiques écrins de verdure en saison des pluies mais qui aujourd’hui en saison sèche présentent un aspect roussâtre non moins attrayant.

Nous constatons aussi un trafic important sur ce lac : pirogues à moteur ou non, bateaux de pêche à balanciers pour le « Ndakala », vedettes, péniches, … tout se trouve sur le lac KIVU. Presque deux heures de croisières furent nécessaires pour aborder    l’île IDJWI à l’embarcadère de MONVU. Comme d’habitude, une foule haute en couleur s’entrecroisait, une multitude de marchands de fruits et légumes attendaient le client… Les célèbres ananas de l’île IDJWI y tiennent toujours la vedette. Nous débarquâmes et après une petite marche de dix minutes, nous parvînmes au guesthouse de la mission. On y déposa les sacs et de suite, nous allâmes visiter l’hôpital de l’endroit pendant que les sœurs nous préparaient un solide déjeuner.

Alors qu’ils sont isolés sur cette île, nous sommes surpris de voir le travail merveilleux accompli par le personnel dévoué de l’hôpital et nous constatons le sérieux avec lequel les fonds récoltés servent à améliorer les situations locales. De nouveaux locaux fraîchement terminés sont prêts à recevoir les équipements médicaux. Des contrôles permanents permettent l’augmentation de la « qualité dans l’entreprise » comme on dit chez nous maintenant ! Nous avons pu lire des exemplaires de ces protocoles d’évaluation rédigés consciencieusement. Après une bonne heure de découvertes (labos, locaux divers) nous fûmes invités à regagner le guesthouse pour nous y restaurer. Une nouvelle fois les sœurs nous régalèrent avec les moyens locaux et un temps de relaxation s’en suivit. Certains en profitèrent pour piquer un petit roupillon dans les fauteuils douillets de la pièce d’entrée, d’autres préférèrent la causette sous la paillotte aménagée au bord du lac situé à quelques mètres seulement. Bien bleu sous un ciel sans nuage (cela arrive aussi en saison sèche !) le lac nous apportait un peu de fraîcheur.

Vers 14h45, nous vîmes venir sous l’vent à nous (non pas une frégate comme dans la chanson) une pirogue à moteur qui devait nous emmener tous pour un périple d’une bonne heure, vers le domaine de KASHOFU géré par la congrégation des Sœurs de la Compagnie de  Marie.

Par rapport à la vedette du matin, les impressions furent assez différentes sur cette coquille de noix mais elles n’en furent pas moins très agréables car, nous étions plus proches de l’eau. A nouveau : des paysages de rêves, des eaux calmes, le ronron du moteur et le clapotis de l’eau sur la coque, tout se ligua contre la résistance de notre Laurent national qui se laissa bercer dans les bras de MORPHEE.

Nous pénétrâmes enfin dans une magnifique baie aux criques sauvages et splendides et débarquâmes au beach de KASHOFU. Une fois le plancher des vaches retrouvé, il fallut grimper sec avec les bagages pour arriver dans la plantation attenante à l’école et l’on put admirer les célèbres ananas de l’île. Un peu plus loin, devant la résidence des sœurs, nous attendaient deux personnalités de l’endroit : sœur Christine, congolaise au cœur d’or et sœur Adéla, au tempérament de chef d’entreprise et gérant de main de maître tout le domaine de KASHOFU.

Cette petite dame, pas plus haute que trois pommes, a la poigne de 10 hommes !

Sa voix caractéristique et son accent espagnol en imposent. Sa détermination sans bornes n’a d’égale que sa gentillesse, sa foi et son souci du bien des autres.

Après notre installation dans un bloc assez coquet réservé aux visiteurs, nous lui emboîtâmes le pas pour une visite guidée de son institution. Enseignement technique, professionnel et général, rien ne la rebute ! Les uniformes pour tous les petits élèves sont déjà prévus pour la rentrée. Les classes sont d’une propreté et dans un ordre impeccable. Les constructions en cours sont suivies de près afin que ce soit opérationnel en temps voulu. Le domaine est vaste et bien entretenu malgré les moyens limités de l’endroit. Sans beaucoup de moyens, elle parvient encore à payer ses professeurs (que l’état oublie souvent). Pour y arriver, elle a trimé pendant des mois mais a enfin trouvé une formule de savon assez agréable au toucher qu’elle fabrique artisanalement et qu’elle vend au gens de l’île. Don Bosco peut dormir tranquille, il a fait des émules à IDJWI !

Les installations sanitaires des visiteurs sont quelques peu spartiates mais propres (wc à pédales et douche à eau bien fraîche, le tout à la bougie ou à la lampe torche). Elles ne nous effrayèrent point, anciens scouts que nous étions tous ! On se débrouilla et c’est frais dispos que nous nous présentâmes au repas du soir. Succulent repas que celui-là ! Avocats suaves et ananas délicieux en quantité, confiture locale à profusion, des plats bien chauds, un café aux arômes délicats et du thé parfumé : ce fut Byzance… Et par-dessus tout cela (disait Gilbert Bécaud) de la joie et de la bonne humeur ponctuées par le rire éclatant de sœur Adéla.

Après cette excellente soirée passée dans cette grande convivialité, nous regagnâmes nos chambres car le lendemain : lever à 05h40 ! Petite remarque : chacun fit sa provision de savons et sœur Adéla y fit son beurre…

 

Vendredi 24-07-2009

Après un excellent petit déjeuner bien plaqué de confiture et le réconfort d’un café délicieux, nous fîmes nos adieux à sœur Christine et sœur Adéla et redescendîmes vers l’embarcadère ou notre piroguier nous attendait déjà soucieux de partir tôt pour éviter la formation de vagues.

L’embarquement se fit allègrement et parés de nos gilets de sauvetage « rouge vif » nous entamâmes la traversée du lac vers KATANA.

Le pilote avait vu juste : vu l’heure matinale, il n’y avait pas de vagues ; l’expression « mer d’huile » prenait tout son sens. Une bonne heure et demie de croisière nous attendait en partie dans une brume pas trop épaisse puis sous un ciel gris typique de la saison sèche. Comme la veille, nous croisâmes pas mal de barges, pirogues et embarcations de tous genres…, les uns équipés pour la pêche, les autres pour des transports les plus divers : de la banane au sable de carrière, des personnes au fret le plus bizarre. Le temps frais justifia le port d’un survêtement en début de matinée.

Petit à petit nous avancions et KATANA se profila à l’horizon. Jean-Marie qui était resté à Bukavu pour un petit problème de santé vint nous rejoindre au mini-port sur le territoire de la FOMULAC. Seul avec le chauffeur et sans bagage, il a tressauté sur la route à qui mieux mieux le véhicule n’étant pas rempli. Enfin, après débarquement, on fit nos adieux au pilote et nous marchâmes vers le dessus de la colline où se trouvent l’hôpital de KATANA et les bâtiments de la FOMULAC qui abritent aussi une savonnerie.

Ici changement radical par rapport à celle de sœur Adéla : pas de savon fait main mais bien une installation ultra moderne grâce à l’intervention de « Louvain coopération et développement ». Nous avons pu constater ici aussi que les dons de cette association étaient bien utilisés. Cette énorme propriété de la FOMULAC comprend non seulement la savonnerie mais aussi et surtout un grand institut d’enseignement médical (IEM) ainsi qu’un hôpital important.

Un peu plus loin, sur le territoire de MUGERI, on put visiter le petit séminaire dont les bâtiments impeccables témoignent d’une occupation intelligente. Au fond, dans une parcelle aménagée se trouvent des tombes dont celle du père DEVLOO, cinéaste qui signa et réalisa le film parlant « Tche tche » relatant la vie du Collège Notre Dame de la Victoire en 1963. Plus loin en brousse, nous pûmes nous recueillir sur la tombe de nombreux pères qui vécurent au Sud KIVU et notamment une qui me tenait à cœur : celle du père Emile JANSEN qui fut notre éminent professeur de rhétorique, décédé en 1985 à 67 ans !

Nous redescendîmes sur KAVUMU pour faire quelques courses relatives à notre pique-nique puis nous montâmes jusque M’BAYO pour y visiter l’usine à thé qui trône au milieu de plantations. Des légions de « génies » mécaniques et électriques veillent sur ces ouvriers qui, convaincus de leur métier, font tourner cette usine avec les moyens du bord ! (Il est clair que AIB-Vinçotte ne doit pas passer par là !). L’ingéniosité de ces gars leur permet de compenser le manque de matériel moderne et de faire tourner un matériel qui date encore je crois de notre temps ! Il est dommage que les prix écrasés que leur imposent les grossistes étrangers des pays « voisins » les coincent dans leur développement et les empêchent de se moderniser…

Une fois de plus il est à déplorer que les entreprises congolaises soient inféodées aux prédateurs internationaux. Si la volonté politique existait, ce thé sortirait complètement manufacturé et prêt à la consommation locale en quantité valable… Nous reçûmes chacun en souvenir de la visite un paquet de thé et nous prîmes congé.

Notre pique-nique fut pris dans une magnifique propriété faisant partie du complexe de l’usine. Après un peu de repos, nous reprîmes la route pour nous diriger vers l’entrée du Parc National du KAHUZI-BIEGA afin d’aller nous recueillir sur la tombe d’Adrien DESCRIJVER, cofondateur du dit parc, défenseur très actif de la présence des gorilles dans la région et excellent pilote. Décédé d’un incident cardiaque à 50 ans, Adrien qui fut notre collègue au collège dans les années 50, fut aussi un grand ami de Bernadette et de son mari dans les années 70.

Sa tombe est située à l’entrée du Parc National. La présence de quelques bandes armées dans le parc entraîna forcément la coordination de l’armée et de la gendarmerie sur place pour assurer un minimum de sécurité. Après nous être présentés aux autorités nous pûmes sans aucun problème, malgré la tension palpable, nous rendre sur sa tombe.

Après cet arrêt commémoratif, nous revînmes sur la route que les anciens appelaient la « route de Stan » (actuellement « KISANGANI) puis nous repiquant sur la route de GOMA-BUKAVU, nous pûmes goûter du tronçon fraîchement rénové et asphalté par les Chinois jusqu’à BUKAVU. Un problème réapparut aussitôt : la tendance à rouler trop vite car les chauffeurs, lassés du traitement infernal des routes de montagnes se défoulaient allègrement ! Au km 18, Bernadette nous indiqua l’endroit d’une ancienne plage qui durant des années 70 servait de lieu de villégiature aux BUKAVIENS.

Tout a une fin et ce magnifique périple de 2 jours se termina par de bonnes ablutions dans les installations de la Procure. Vers 19h30, un souper toujours aussi bon nous attendait ainsi que la Primus bien fraîche…

 

Samedi 25-07-2009

Dernier jour à BUKAVU »

Déjeuner 08h00 ! Cool… nous voulions que ce dernier jour à BUKAVU soit relax mais que chacun y trouve son compte afin de ne pas quitter la ville avec un arrière goût de trop peu…

Ce fut un pari réussi pour moi tout au moins mais, j’ai bien vu dans le regard des autres en fin de journée que tous étaient ravis.

Je commençai la journée en retournant à 09h30 au 34 avenue du Plateau. Mes espoirs furent comblés, non seulement il y avait quelqu’un mais on me permit de faire le tour de la maison de prendre toutes les photos que je voulais aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. Cette visite confirma l’impression que j’avais eue de la tour de la villa LIBBRECHT. La restauration était excellente et cette maison connaissait vraiment une seconde vie. Bien sûr, l’explosion démographique avait provoqué le morcellement de la parcelle où mon frère et moi jouions avec notre berger allemand et quelques mètres derrière la chambre de mes parents s’élevait un mur de plusieurs mètres de haut. La barza avait disparu au profit d’un agrandissement du living mais en finale, on peut dire que face aux contraintes rencontrées, les propriétaires s’en sont sortis avec excellence !

Un peu plus loin, je retrouvai la maison occupée à l’époque par la famille Gilon. J’y fus reçu par une religieuse très sympathique, enchantée de notre visite et qui nous fit faire le tour de la propriété restée impeccable et bien entretenue. A côté, la maison habitée par la famille Laurent était en pleine reconstruction, on y ajoutait même un étage.

J’exultais, mes objectifs étaient atteints. Je demandai alors qu’on me dépose au collège qui se trouvait à deux pas où j’avais rendez-vous avec le père de FAILLY qui put me faire accéder aux archives de notre fameuse revue « Orientation ». Durant une heure et demie je photographiai les couvertures et les éphémérides de tous les exemplaires présents dans les grosses fardes de protection. Quand on sait qu’Orientation vit le jour en 49-50, à raison de 5 à 6 par an, cela fit un fameux paquet de photos (vive le digital !). Je n’avais pas malheureusement le temps de prendre tous les articles mais je garde l’espoir que quelqu’un prendra la relève et mettra sur CD ou  DVD ce patrimoine intellectuel émanant d’équipes de jeunes très motivés. Durant cette prise de photos, nous eûmes droit à l’arrivée et au départ de l’énorme hélicoptère de l’ONU qui pollua l’atmosphère un certain temps. Etant donné le coefficient important d’inutilité de ces Onusiens on se demande encore le pourquoi de ce gaspillage de kérosène…

 Vers 12h30, rejoint par la moitié de l’équipe, nous partîmes vers un endroit idyllique. En fait, nous nous étions bien promis de ne pas quitter BUKAVU sans avoir rendu visite à notre ami Marc MOREAU, ancien collégien lui aussi et propriétaire d’un superbe hôtel de charme « The ORCHIDS » qu’il créa avec feu son frère il y a plus ou moins 20 ans. Son établissement, repris au répertoire mondial des hôtels de charme, est d’une beauté ahurissante. Il nous réserva un accueil des plus cordiaux. Il nous fit servir d’abord un bon rafraîchissement et nous pûmes apprécier entre autre ce jus de maracujas, pur produit local ! Il nous fit alors visiter son petit paradis. Le mot n’est pas assez fort, je vous l’assure. Son hôtel de qualité supérieure jouxte le beach du collège et est niché sur le flanc de la colline de NYA LUKEMBA, à l’endroit où frère Jules remisait sa barque légendaire … La propriété descend bien sûr jusqu’au lac et possède toutes les commodités rendant inopérantes les pannes d’électricité et d’approvisionnement en eau. En effet, il dispose de sa propre station de pompage et de filtration des eaux du lac, des groupes électrogènes de qualité commutant rapidement en cas de délestages (fréquents) de la centrale et d’un système d’antennes « internet » (système WIFI) qu’il compte étendre à toute la superficie du jardin d’agrément afin que la clientèle puisse surfer au bord du lac non seulement sur l’eau mais aussi sur internet ! Un véritable hôtel 5 étoiles à BUKAVU, on peut l’affirmer. Les chambres tout confort sont ultra modernes, les paillottes, les chemins de promenade à travers une végétation à vous couper le souffle n’attendent que le visiteur.

Très heureux de notre visite, Marc nous invita tous à dîner et nous fit préparer du tilapia (sans arêtes svp !!!) avec une sauce provençale succulente. Il put ainsi échanger une quantité appréciable de souvenirs avec la plupart d’entre nous car il avait connu dans ses aînés ceux  que Joseph (83 ans) avait connus et parmi ses cadets, ceux que nous avions connus. Que d’émotions durant ces agapes mon Dieu !

Malheureusement, les aiguilles tournent et il fallut se quitter car une halte avant 16 heures était prévue au magasin LIKEMBE pour achat de souvenirs d’origine valable. Pendant que durèrent les adieux avec Marc, j’en profitai pour photographier la carte des boissons, les prix des chambres et les prix des plats ; je lui promis de faire sa pub en Belgique et je ne m’en cache pas.

On fila donc vers le centre ville au LIKEMBE et là : razzia sur la schnouf ! Bien achalandé, ce magasin permit a chacun de trouver ce qu’il cherchait ; merci aux organisateurs.

Une dernière étape nous attendait : Gustave nous invitait à prendre l’apéro chez lui. Nous fîmes ainsi connaissance avec sa grande et belle famille. Nous passâmes un excellent moment et nous eûmes la surprise d’être rejoints par Elysée, notre adjoint au gouverneur, dans la plantation duquel nous devions passer le lendemain ! Vin, whisky, bière, softs et « kalangas », tout nous fut proposé et servi. Echanges chaleureux entre gens de bonne volonté ; voila comment je qualifierais cette soirée.

IMG_8877b

 20h30 ! Inexorablement, l’horloge tourne et la procure nous attendait pour le repas. Nous prîmes congé de notre hôte et de sa famille et nous embarquâmes dans les 4x4 avec un événement particulier : l’apparition d’une petite pluie mais soutenue en plein milieu de la saison sèche : « la pluie des vaches » disions-nous dans le temps. Les véhicules étaient débarrassés de leur gangue de poussière et les routes, arrosées par cette pluie pas assez importante garderaient la poussière au sol sans formation de poto-poto, terme utilisé pour désigner la boue locale très glissante.

Après un souper bienvenu, nous retournâmes en chambre préparer nos sacs car demain nous quittions Bukavu définitivement ! 23h15, extinction de mes feux. Je passais ma dernière nuit sous la belle moustiquaire bleue à laquelle je commençais à m’habituer.

 

 Dimanche 26 juillet 2009

 Il pleut ! Le ciel est gris, triste sans doute de nous voir partir, mais ça y est ! Le moment est venu de quitter Bukavu. Un dernier petit déjeuner à la Procure et l’embarquement se fait. La séparation avec la ville demanda toutefois un certain temps car, après avoir pris la route de MUGOGO, nous nous arrêtâmes sur les hauteurs un peu au-dessus du pensionnat. Bukavu s’étendant à nos pieds et entourés de grappe de gamins tous aussi sympas les uns que les autres, nous attendîmes une bonne demi-heure le dernier 4x4, passé en ville faire quelques achats pour le repas de midi et les besoins de la route. Nous eûmes ainsi l’occasion de glaner  nos dernières photos aux limites de Bukavu.

 Note : La pluie de la veille et celle du matin ne furent que passagères mais eurent le mérite de plaquer la poussière au sol. Ce 26 juillet fut le seul jour où nous n’arrivâmes pas « rouges » en fin de journée.

Partis pour de bon, nous repassâmes sans nous arrêter à MUGOGO et bifurquâmes vers KAKONO. Nous sommes repassés à côté de ces immenses champs de légumes qui s’étendent à perte de vue dans cette plaine protégée par de hautes montagnes. Les routes bien larges mais toujours aussi douloureuses étaient traversées à de nombreux endroits de rivières enjambées par des ponts formés de troncs d’arbres simplement juxtaposés. Au chauffeur à bien viser…

 IMG_8931b

 Vers 11h00, nous franchîmes l’entrée du domaine d’Elysée, plantation sise à KAKONO. Celle-ci est gérée principalement par son épouse car ses fonctions administratives lui prennent beaucoup de temps et le retiennent d’ailleurs ce jour à GOMA. Félicité nous accueillit donc très gentiment et en excellente maîtresse de maison, nous proposa un rafraîchissement avant de nous inviter à faire le tour de l’exploitation.

Etables impeccables, parcelles cultivées, d’autres en friche, légumes d’un côté, fraisiers de l’autre, plantes médicinales, Aloë Vera…, on ne savait pas où donner des yeux. Même si les délimitations des parcelles ne faisaient penser en rien aux jardins français tirés au cordeau,  on ne pouvait qu’admirer la volonté avec laquelle ces gens se démenaient pour réaliser un projet concret dans cette nature généreuse du KIVU. D’autres parcelles attendaient d’être retravaillées car ayant donné le fruit de leur récolte peu avant. Il est rassurant de constater le courage et la volonté de ces Congolais qui veulent mettre en valeur leur terre si fertile.

 IMG_8950b

Après le tour du propriétaire, nous fûmes invités à passer à table. Un bon vin d’Afrique du Sud amena une petite variante à la PRIMUS sans toutefois la détrôner. Des prunes du Japon vinrent agrémenter la fin du repas copieux et agréable. Certains d’entre nous se payèrent le luxe d’une petite sieste dans ces fauteuils type « Louis caisse » que nous avions connus « in illo tempore » et qui sont encore bien présents aujourd’hui. Ces fauteuils ont le double avantage d’être relaxant et d’avoir deux bras larges, plats et horizontaux, permettant d’accueillir nos verres de rafraîchissement.

 IMG_8990b

Comme toutes les bonnes choses ont une fin, nous fîmes nos adieux à notre hôtesse et après l’avoir grandement remerciée de son accueil inoubliable nous prîmes la route.

Pour rejoindre NYA NGEZI, nous eûmes la surprise de découvrir un escarpement de toute beauté dont j’ignorais l’existence : celui de MUKUNAMWA. Ce fut une succession non stop de paysages splendides formés de montagnes abruptes et de précipices vertigineux. Des choses surprenantes s’y trouvaient telles ces maisons accrochées à flanc de montagne et uniquement atteignables par des chemins de chèvres. Parfois au fond de ces précipices on apercevait de petites exploitations ; quel travail pour amener le fruit de leur labeur à la route ! Les appareils et caméras chauffèrent encore…                                                                 

Le soleil était réapparu depuis KAKONO et tapait sec. Vers la fin de cet escarpement, le village de LUGOWA s’offrit à nos yeux dans le fin fond d’une vallée. Un peu plus tard, ce fut le paysage classique d’une plaine à haute altitude qui nous apparut quand on arriva sur le territoire de NYA NGEZI. L’arrivée s’y fit par la colline « LUKANANDA » au sommet de laquelle, un calvaire a été dressé ainsi qu’une reproduction de la grotte de MASSABIELLE à LOURDES. Une anecdote nous concernant est à rappeler ici.

 « Il y a 52 ans, les scouts noirs et blancs eurent un projet commun : la construction d’une grande croix au sommet de cette colline lors d’un camp effectué pas très loin de là et ce, le vendredi saint 1957. Nous escaladâmes cette colline ensemble nous relayant sans cesse tout en transportant ces troncs sur nos épaules, le plus souvent à genoux à cause de la pente élevée. Notre hantise était de voir le ou les troncs repartir vers le bas suite à un faux mouvement, tout en blessant les scouts sur leur passage. Arrivés sans accident au sommet, les genoux râpés bien sûr, nous construisîmes cette croix avec les outils et boulons emportés et à 15h00 précises, le père SOMERS put entamer la cérémonie adéquate. Léopold AÏSSI, présent lors de cette aventure me rappela le fait aussi.

Mais depuis, les choses ont bien changé ! Le mausolée construit au sommet comporte toujours une grande croix mais en béton cette fois ; l’escalade au sommet se fait maintenant par un escalier de 180 marches avec accès direct  à une esplanade de recueillement où des bancs attendent les gens face à la grotte dont l’ouverture pour la Vierge fut taillée en forme de la carte du CONGO ! A l’arrière de cette grotte se trouve la tombe du père van der HAEGEN, premier missionnaire décédé dans la région en 1906. Après avoir fait convenablement le tour du site, nous gagnâmes l’école des Frères Maristes où nous étions attendus. Installés dans nos chambres, nous pûmes nous débarbouiller à la chandelle et nous nous retrouvâmes à la table du souper.

Après celui-ci, Alain (notre père jésuite) nous proposa en toute simplicité une messe en ce dimanche soir. Elle restera un grand souvenir pour les participants.

 Après l’office, les conversations reprirent mais la fatigue aidant, chacun regagna sa chambre pour y passer une bonne nuit !

 

Lundi 27 juillet 2009

À  NYA NGEZI l’électricité fait souvent défaut, mais par contre, l’eau y est en abondance. Du coup on y voit l’arrosage quasi permanent de parcelles verdoyantes ! J’eus tout le temps de méditer sur ce sujet entre ma chambre et la salle de déjeuner.

Excellent café, confiture locale succulente, du bon pain, que faut-il de plus pour nous mettre en train !

Après un dernier regard pour se souvenir des Frères assassinés par les sbires de KAGAME en 1996, nous saluâmes nos hôtes et partîmes vers notre premier objectif de la journée : la visite d’une briqueterie. C’est avec admiration que nous vîmes les ouvriers travailler avec une dextérité affermie la terre à brique. L’élaboration du ou des fours nous fut expliquée. Un autre sujet d’ébahissement fut pour nous le transport à dos de femme et d’hommes des briques cuites vers leur lieu de stockage avant départ en camion vers les différents centres qui ont commandé ces briques. Nous pûmes juger à quel point ces travaux de portages de briques sont lourds et ardus et pourtant, quantité de femmes y participent pour se faire un peu d’argent : 200 francs congolais pour 100 briques amenées à la route ! Beaucoup d’échanges eurent lieu entre les travailleurs, leurs responsables et nous.

Il est déjà 09h00 ; go !

Nous nous dirigeâmes vers le début de l’escarpement célèbre de NGOMO, connu plutôt avant 60 sous le nom d’ancien escarpement de KAMANYOLA. Si à l’aller nous avions pu l’apprécier une première fois, au retour c’est le déguster que nous fîmes puisque son parcours était prévu « à l’aise » afin de se laisser subjuguer par la beauté farouche de ses montagnes et précipices qui s’entrelacent à l’infini. On ne savait pas où fixer le regard tellement la beauté des lieux nous donnait le vertige. Les 19 kms furent parcourus à allure réduite avec arrêts fréquents afin de laisser crépiter à fond appareils et caméras…

Quels précipices mon Dieu, nous en avions des frissons surtout quand notre doyen Joseph jouait au cabri trop près du bord ! Quelle énergie ce Joseph !

De formidables et grandioses, les paysages devinrent sublimes dès que la RUZIZI fit son apparition. Notre ami Gustave nous montra l’endroit où le CONGO envisage d’installer la centrale hydroélectrique « RUZIZI 3 ». Il nous expliqua que cela ne plaisait pas aux « turbulents voisins » car entièrement aux mains des Congolais, ils ne pourraient avoir la main mise sur l’énergie et ennuyer les Congolais comme ils le font maintenant…

Enfin, après 19 kms de bonheur visuel mais de souffrances dorsales, nous atteignîmes la fin de l’escarpement et vîmes au loin BUGARAMA qui s’étendait de l’autre côté de la frontière.

De petite bourgade en 1960, BUGARAMA est devenue un centre s’étendant à perte de vue sur le côté est de la RUZIZI jusqu’au poste frontière. Il en va de même vers KAMANYOLA étendu lui aussi à perte de vue mais où, avec la meilleure volonté du monde, nous ne pûmes retrouver la trace de notre fameux hôtel avec piscine et restaurant « Les Bambous » et qui voyait défiler nombre de Bukaviens les samedis et dimanches.

Avec cette aura que lui apporta le fait d’armes de MOBUTU, KAMANYOLA est devenue une énorme cité. Elle s’étend carrément jusqu’au pont sur la LUVIMVI qui était situé à plus ou moins 800 mètres de l’hôtel des « Bambous » complètement disparu et à la place duquel des flots de petites maisons ont été construites.

On reprit la route et nous arrivâmes à SANGE, réputée pour ses michopos, brochettes de chèvre cuites au barbecue. C’est succulent pour celui que le goût de chèvre ne dérange pas. Comme nous n’étions plus qu’à une bonne heure d’UVIRA, et que la route était en bon état, la majorité opta pour un pique-nique au resto  «La Chandelle » dont nous avions un bon souvenir.

On continua donc. La longue route s’étirait droit devant nous comme un ruban de couturière qui se perd au loin.

De part et d’autre, des nouvelles habitations sortent de terre et cela grouille de monde ! Le moindre lit de rivière sert de station de lavage pour 4x4 et camions en tous genres…

Et puis ce furent ces fameuses sources d’eaux chaudes peu avant UVIRA où dans le plus simple appareil quelques personnes n’hésitaient pas à se laver…Par décence, nous restâmes du côté des hommes…

Déjà en fait sur le territoire d’UVIRA, nous venions de dépasser le « Village d’enfants SOS Uvira ». On passa au-dessus de la rivière RUNINGO et puis de la KILIBA. Laissant à notre gauche la route de KAVIMVIRA et la frontière burundaise, nous entrâmes franchement dans l’agglomération d’UVIRA.

Suite à un petit twist dans l’organisation, nous allâmes nous installer directement à l’hôtel du Lac. Là, malgré la modernité apparente de cet hôtel, les fléaux locaux reprenaient le dessus : pas d’eau, pas d’électricité…etc.

Enfin, optimisme de rigueur, nous partîmes vers le bar « Les Chandelles ». Malheureusement pour nous, c’était son jour de fermeture, mais notre partenaire Jean-Pierre se démena et parvint à nous trouver boissons et nourriture.

Pour suivre le programme de la journée, nous fûmes reçus au port de KALUNDU par la direction et son équipe dynamique. On put visiter les quais, les installations portuaires et les bureaux. Ici aussi, l’accueil fut chaleureux et les explications données à profusion.

De là, nous partîmes rendre visite à l’association « Les enfants d’UVIRA », soutenue fortement par plusieurs participants du premier groupe.

Moments émouvants où l’on se rend compte de la soif d’apprendre de ces jeunes ! Dans le local surpeuplé, ces enfants et jeunes gens travaillaient dans un calme étonnant que bien des professeurs belges ne connaissent plus même avec des classes de 10… Et nous étions en période de vacances !

Après ces visites intéressantes, nous regagnâmes nos chambres pour ablutions plus que nécessaires. Et là, nous arrivons pour entendre « Y a pas d’eau patron ! ». Ce fut à nouveau l’empire de la débrouille : bassin d’eau, lampes de poche, bougies… On se dépêcha avant la tombée de la nuit. Après une heure, tout le monde se présenta tout à fait rafistolé et habillé de frais ! On nous invita à passer à l’arrière du bâtiment, au resto en plein air. Là, il fallut attendre un tantinet car, comme ce n’est pas là qu’on devait loger, l’intendance fut prise de court. Grâce à l’opiniâtreté de notre ami Jean Pierre et au dévouement de deux serveuses de l’hôtel, nous eûmes droit à un excellent souper où l’on retrouva ces fameuses « michopos ». Des boissons bien fraîches désaltérèrent l’assemblée et quelques solides coupures de courant vinrent la pigmenter … puis dodo !

Mardi 28 juillet 2009 : Dernier jour sur le sol congolais !

Le lever prévu pour 07h00 fut respecté et à 08h00, le déjeuner fut apprécié. Vers 09h30, les véhicules de « la Colombe » chargés, nous fîmes nos adieux à UVIRA et prîmes la route de KAVIMVIRA pour passer la frontière. Et là, au poste même nous eûmes la surprise de voir revenir de BUJUMBURA tout un convoi bourré d’anciens étudiants du collège qui rentraient sur BUKAVU après avoir assisté au colloque international des anciens diplômés des collèges jésuites à travers le monde et qui s’était tenu à BUJUMBURA. Parmi eux, je retrouvai Léopold AÏSSI que j’avais vu 9 jours avant au collège lors du cocktail d’adieu au père GALLEZ. Heureuses retrouvailles, échange de propos, enfin le bonheur de se retrouver ! Du coup les formalités administratives dont s’occupaient nos partenaires congolais nous semblèrent rapides tellement nous papotions allègrement.

Il fallut se séparer et le convoi des anciens s’éloigna…

A notre tour nous reprîmes la route mais pas pour longtemps car sur le pont de la « GRANDE RUZIZI » nous vîmes que les hippopotames musardaient encore au même endroit qu’en passant 10 jours plutôt. On s’arrêta pour une séance photos. C’est là que les vrais zooms servent…

Après réembarquement, nous longeâmes le TANGANIKA pour nous arrêter le long de celui-ci au « CALOO GRILL ». Endroit paradisiaque avec paillotes, bars, restaurants, le tout le long d’une plage de sable fin digne de celle de Nice…Le pied quoi !!!

Il était alors midi… Les apéros ne tardèrent point ; la douceur d’un gin – maracudja  rivalisa avec celle d’autres breuvages tout aussi séduisants.

 
Je pris une brochette de bœuf au poivre. Quel endroit merveilleux pour la relaxation… Xavier ne résista point et piqua une tête dans le lac et en ressortit tout ragaillardi ! Notre ami Laurent avait vraiment bien choisi… merci Chef ! Si ce pays pouvait multiplier ce genre d’endroit, cela ferait du bien pour le tourisme !

La seule ombre à ce tableau idyllique fut la cage retenant captive un chimpanzé rendu agressif par son manque de liberté.

Après cet excellent repas, on continua vers KIRIRI, centre des pères jésuites où nous avions logé en arrivant ; le souhait d’une bonne sieste nous tenaillait. Seuls, Jean-Marie et Jean-Louis, chargés de mission, partirent à la recherche de la maison où l’épouse de Jean Marie avait passé sa jeunesse. Ils la trouvèrent et à nouveau furent enchantés de l’accueil reçu.

Vers les 17h30, reposés et rafraîchis, nous fîmes le tour de l’université attenante. Celle-ci est en fait l’ancien collège interracial que nous avions bien connu lors de sa construction dans les années 50.

Note : Ce collège fut « piqué » aux pères Jésuites par l’état BURUNDAIS et maintenant qu’il est dans un état « proche de l’Ohio », ce gouvernement ayant des états d’âme, voudrait le leur restituer, à charge bien sûr à nos bons pères de le réhabiliter à leurs frais et de rafistoler tout ce qui a été démoli… Comme c’est gentil !

On peut constater en faisant le tour de cette immense propriété que ce fut une splendeur tant qu’elle fut entretenue… Elle a gardé toute sa majesté mais encaisse le poids des années. La propriété actuelle des pères jésuites (KIRIRI) jouxte l’université mais fut entretenue à tout moment : la différence est décoiffante… Soyons gentils !

Cette visite fut effectuée au pas de course le soir tombant très vite. Il faisait bien noir quand nous réintégrâmes KIRIRI où l’on nous attendait pour notre dernier souper sur le sol africain. Le père recteur avait fait mettre les petits plats dans les grands et accompagnant une équipe de jésuites rentrant en Belgique dans le même avion que nous, nous appréciâmes le bon vin et la bonne table que nous avaient préparée les sœurs de la mission.

22h00, au pieu ! On visiterait mieux l’unif demain…

 

Mercredi 29 juillet 2009 : dernier jour sur le sol africain !

 Lever 06h40, déjeuner à08h00 !

Comme promis le père Gallez nous fit faire le tour « en plein jour » cette fois de l’université et si déjà la veille nous avions pu apprécier la majesté du site, nous pûmes constater que l’architecture était d’avant-garde pour l’époque de sa construction et que maintenant encore, malgré le poids des ans, cela époustoufle encore tout architecte ou ingénieur qui se respecte. En effet, l’architecte qui conçut les bâtiments s’est basé sur l’idée de la flèche de l’expo 58 à Bruxelles ! Ce style se voit surtout dans la grande chapelle et laisse pantois le visiteur… Comment cela tient-il ? … et pourtant ça tient toujours sans problème.

Après cette visite, une dernière excursion nous attendait. Les véhicules nous conduisirent à « MUGERE », lieu où Stanley et Livingstone se quittèrent le 25 novembre 1871 !!

Située à un endroit privilégié, la stèle commémorant l’événement surplombe tout un paysage superbe au milieu duquel coule une rivière assez large qui part se jeter dans le TANGANYKA un peu plus loin. Présentant bon nombre de bancs de sable puisque nous sommes en saison sèche, elle doit certainement être tumultueuse lors des pluies ; les berges ravinées à souhait le prouvent.

Un dernier regard à ce magnifique panorama, une dernière photo et notre dernière randonnée s’achève…

On repartit alors pour un dernier passage devant la cathédrale et de là, on nous conduisit vers un énorme marché couvert car certains d’entre nous souhaitaient faire quelques derniers achats et prendre un dernier bain de foule… ils furent exaucés !

L’heure tournant, nous ressortîmes de la ville pour nous diriger le long du TANGANYKA vers l’hôtel restaurant : UBUNTU. Superbe propriété d’un genre différent du CALAO GRILL d’hier mais égal si pas un tantinet supérieur en qualité. Un seul dommage, l’hôtel est séparé du lac par la grande route à gros trafic menant à la capitale…Trèves de considération, nous y dégustâmes d’excellents apéritifs tout en attendant l’arrivée de Xavier et de Jean-Marie lequel malheureusement avait été dérangé toute la nuit et avait préféré récupérer durant la matinée en compagnie de Xavier.

Ils arrivèrent bientôt mais cela paraissait ne pas être la grande forme.

Sous de magnifiques tonnelles nous eûmes droit à un dîner de grande qualité. Nous eûmes aussi le plaisir de voir déambuler entre les tables quelques grues couronnées en toute liberté. Ces magnifiques oiseaux venaient nous solliciter d’un peu de pain.

Etant sur le bord du TANGANYKA, nous prîmes du SANTARA aux crevettes. Ce poisson se différencie des tilapias et capitaines  en ayant déjà moins d’arêtes et une chair plus tendre. Notre pauvre Jean-Marie, mal en point n’y toucha point.

14h00, il n’y a rien à faire, le temps avance et il fallut songer sérieusement au départ. Adios farniente et embarquement pour rejoindre KIRIRI afin d’y boucler nos bagages et faire nos adieux aux pères.

Craignant l’overbooking, Laurent souhaita que nous fussions à l’aéroport vers 15h30.

Malgré son avant midi de repos, la prise d’imodium et de motilium, Jean-Marie s’affaiblissait de plus en plus et le service médical alerté, le pris en charge et l’emmena à l’hôpital afin d’y être suivi, sa déshydratation étant trop forte. Bien soigné à l’hôpital et choyé par les jésuites, Jean-Marie accompagné de son beau frère (autorisé à l’accompagner) regagnèrent Bruxelles deux jours plus tard. Quant à nous, nous avons suivi pas à pas toutes les péripéties dues aux formalités. Quelques sueurs froides nous coulèrent dans le dos quand on s’aperçut que Joseph avait passé trop vite un contrôle et qu’il lui manquait donc un papier ! Devant son grand âge, les agents réalisèrent qu’il ne s’agissait pas d’une quelconque fraude  et tout rentra dans l’ordre. Un second incident fit grimper la tension lorsqu’on s’aperçut que la carte d’embarquement de Xavier avait tout simplement disparu ! En fait, elle était restée collée derrière une autre, mais il fallut un certain temps pour s’en rendre compte.

Une fois les bagages passés et les formalités terminées, nous passâmes dans la grande salle d’attente et comme son nom l’indique… nous attendîmes l’arrivée de notre avion. Si grâce à notre arrivée à 15h30 nous avons évité l’overbooking, nous dûmes patienter de 16h30 à 20h30 avant de voir atterrir notre avion.

Heureusement il y avait encore des rafraîchissements au bar et des magasins de souvenirs ; il y avait même un mini supermarché bien achalandé et enfin, un « tax free shop » mais pas bon marché du tout ! Durant ces quelques heures, nous pûmes commencer à échanger nos impressions, nous rappeler certaines situations et évoquer l’un ou l’autre moment particulier.

Nous venions de passer 12 jours ensemble dans la joie, sans heurts, mêlant nos impressions, nos émotions et nos fatigues… et nous étions en train de passer nos derniers moments de communauté. Je ne saurai jamais assez remercier toute l’équipe du bonheur que j’ai éprouvé en vivant avec elle cette aventure.

Que ce soit Laurent avec sa grande compétence et son calme rassurant, nos amis congolais au dévouement remarquable et les autres membres participants toujours souriants et de bonne humeur ; tous ont contribué à faire de ce périple un voyage inoubliable et remarquable. Et puis, tout se passa très vite malgré les attentes successives… On fit la file pour sortir du « guest house », une autre pour monter dans l’avion et là nous fûmes dispersés à travers le zinc comme nous ne l’avions pas été à l’aller. Enfin, il fallait commencer à s’habituer à ne plus être côte à côte. De toute façon, la nuit nous attendait et ce qui devait arriver arriva. Dès le repas terminé, je m’endormis et ce n’est pas le bruit des réacteurs qui m’en empêcha ! Le confort des sièges, me faisait déjà oublier mon arthrose…

Après quelques heures de sommeil, je revins au jour un peu avant 06h00. On servait les petits déjeuners !

La dernière heure de vol passa malgré tout assez vite, un dernier tour auprès des copains, un dernier petit mot et l’affichage « attachez vos ceintures » s’alluma. Les roues prirent contact avec le sol à 07h17… L’aventure se terminait.

Bagages récupérés, police d’aéroport satisfaite et douane passée (allégrement, je dois dire…), les portes automatiques nous laissaient passer dans le hall d’arrivée où les diverses familles attendaient. Et là… après un dernier au revoir et s’être bien promis de rester en contact, chacun partit vers sa destinée. Grâce à internet, aux gsm et à la poste, c’est promesse tenue : plusieurs d’entre nous se sont déjà revus et ce n’est pas fini puisque prochainement une grande rencontre réunira les deux groupes qui partirent en juillet.

   

En guise de conclusions

Deux voies s’offrent à moi en fin de rédaction de ce récit, l’une est un flot de remerciements, l’autre un flot de souhaits et d’espoir.

Merci à toi Laurent qui organisa de main de maître ce voyage et qui sut à tout moment nous écouter, nous rassurer et nous diriger.

Merci à vous, Gustave, Gaudens, Jean Pierre et Jean Jacques, qui chacun à sa manière contribua à rendre ce périple intéressant, enrichissant et souvent émouvant. Merci de nous avoir permis de sentir battre le cœur des Sud-KIVUTIENS, de palper la volonté farouche de ces personnes qui broyées par plusieurs guerres successives qu’ils n’ont jamais demandées, se relèvent et repartent d’un bon pied.

Merci d’avoir pu constater que les KIVUTIENS prenaient conscience de leur savoir faire, de leur personnalité et qu’il était temps qu’ils décident eux-mêmes de leur sort en éradiquant progressivement tous les parasites internationaux qui sont venus les dépouiller et non améliorer leur sort (comme le prétend Mme BRAECKMAN dans un de ses derniers articles).

Merci d’avoir pu vérifier l’œuvre immense que les congrégations religieuses continuent à accomplir sur place, n’en déplaise à tous ceux qui distillent chez nous l’idée que l’Eglise n’a fait qu’engendrer discriminations et dissensions.

Merci d’avoir compris que l’initiative privée est le ferment qui permettra au peuple de progresser.

Le fait d’avoir pu me rendre sur place dans ces conditions m’a aussi permis de voir les choses de l’intérieur et de constater ce que je soupçonnais depuis longtemps : nos médias nous tirent en bouteille et nous font avaler n’importe quoi !

Merci au MOC d’avoir pensé avec les mutuelles chrétiennes de Tournai à fonder sur place cette dynamique de mutuelle et de voyages solidaires.

Face à tout ce que nous avons vu, je ne puis que souhaiter « bon vent » à nos amis Kivutiens.

Je souhaite qu’un peu à la fois, mais sûrement, ils sortent du marasme de la corruption dont le couvercle toujours présent commence à se fendiller par-ci par-là grâce à la fermeté de certains citoyens honnêtes.

Je souhaite évidemment que le nombre de ceux-ci continue à croître.

Je souhaite aussi qu’une volonté farouche leur permette de reconstruire cette magnifique région qui a tant à rendre à ses habitants et à proposer aux visiteurs.

Je souhaite instamment que certains voisins, soudoyés par des multinationales sans scrupules, cessent de harceler et de mijoter des coups tordus envers cette région merveilleuse du Kivu.

Enfin, je souhaite qu’une paix durable donne l’opportunité à nos amis de se développer à leur guise et de prouver leur capacité à gérer leur sort.

Je terminerai en remerciant la Providence de m’avoir donné l’occasion à près de 70 ans de faire ce magnifique voyage. Si Dieu me prête vie et santé, j’espère pouvoir retourner encore une fois revoir cette si belle région.

Je dédie tout particulièrement ce récit aux membres de l’équipe à savoir :

Delville Alain, Delville Xavier, DESMANET Louis Jean, DESSY Jérôme, LIBBRECHT Jean Marie, STICHELBOUT Bernadette, VAN BELLE Joseph ; à notre organisateur : Laurent VELGHE et à nos amis accompagnateurs congolais : BAGALWA MURHANDIKIRE Jean-Jacques, BASHENGEZI Jean Pierre, LUNJWIRE Gustave, MAHESHE GAUDENS, ainsi qu’à Elysée adjoint au gouverneur et son épouse Félicité.

Ing Franz Ansieau MSc - Retraité - Diplôme de Rhéto 59 au Collège Notre Dame de la Victoire à Bukavu

  

Addendum

 

Carte 1 : de BUJUMBURA à l’île IDJWY

  

 

Carte 2 : Périples autour de BUKAVU